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[BD] Abélard / Renaud Dillies, Régis Hautière

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:8: . :9:

« On est bien, ici, hein? » (p. 6 [t. 1])

:resu:

[Tome 1]   Abélard, un petit oiseau, vit dans un marais où il fait bon vivre. Avec quelques amis, il joue aux cartes, pêche, joue du banjo et semble  secrètement rêver d’aventure… Abélard n’a jamais quitté son marais. Curieux, il s’interroge à propos de beaucoup de choses et tire chaque matin de son chapeau un petit papier où figure une pensée qui alimente ses questions et réflexions…

« Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » (p. 26 [t. 2])

Un jour, il croise un groupe de jeunes gens de passage au marais. Parmi eux, la belle Epilie fait instantanément battre son cœur. Pour lui déclarer sa flamme, Abélard entend décrocher la lune ou quelques étoiles et les lui offrir… Il quitte son marais et entreprend un voyage en Amérique pour recourir à l’usage de ces machines destinées à voler qui y ont été construites, s’il en croit les dernières nouvelles.

Sur son chemin, il fait de nombreuses rencontres, dont celle de Gaston, un ours maussade et bourru qui projette lui aussi de rejoindre l’Amérique…

[Tome 2]   Abélard est un piaf naïf, doux et philanthrope qui croit que les gens qui l’entourent sont, comme lui, bienveillants et désintéressés. Ce personnage incroyablement attachant va bientôt aller à la rencontre de la société et ouvrir les yeux sur sa rudesse, sa laideur et, parfois, sa cruauté…

« Le désespoir, c’est quand les belles promesses du futur deviennent des illusions du passé. » (p. 48 [t. 2])

:avis:

Je ne suis pas amatrice de bandes dessinées mais celle-ci s’est imposée à moi lors d’un rebond internautique hasardeux. Atterrie sur BD Gest’, j’ai découvert les premières planches de cette BD en deux tomes et j’ai aussitôt été fascinée par ses dessins et couleurs…

Les critiques lues ici et là n’ont ensuite fait que confirmer l’urgente envie de me procurer ce diptyque et de le découvrir à mon tour.

C’est chose faite… Et c’est un vrai coup de cœur !

Abélard est un conte philosophique d’une beauté et d’une justesse désarmantes… Il mêle naïveté et clairvoyance, tendresse et cruauté, espoir et désespoir, humour et tristesse. Bien que les dessins des auteurs soient chargés de douceur et d’ingénuité et qu’ils mettent en scène des animaux, cette bande dessinée n’est ni mièvre ni gentillette. Son message est d’ailleurs beaucoup trop dur que pour être remis, je crois, entre des mains enfantines.

Cette bande dessinée charrie une poésie et une magie qui m’ont émue aux larmes comme ça n’avait plus été le cas depuis bien longtemps…

Noukette qualifie à très juste titre ce diptyque de chef d’œuvre. Elle avance aussi qu’il y a un avant et un après Abélard, ce qui est on ne peut plus vrai : intelligente et sensible, cette BD reste en tête de façon obsédante en plus d’occasionner un cocktail de sentiments explosif… Je pense qu’elle ne quittera d’ailleurs pas mon esprit de sitôt, car je ne sors pas de cette lecture indemne : plus qu’une histoire de poussin parti en voyage, cette bande dessinée offre en effet une réflexion pertinente sur notre rapport au monde et à la vie.

Abélard m’a ébranlée comme je n’imaginais pas qu’une BD puisse le faire. Je suis subjuguée, troublée, fondue. Littéralement. Et avec la chair de poule…

Je parle peut-être mal de ce diptyque. Je n’ai qu’un amas de tripes à vous servir. Mais ce que j’ai à déclarer ne tient qu’à ça :

J’ai un nouvel Ami. Il s’appelle Abélard.
Je vous souhaite vraiment de le rencontrer.

t. 1 :SC: :BB:   –   t. 2 :SC: :BB:

Magnus / Sylvie Germain

:5:

« Comment ne pas suspecter tout jusqu’à soi-même quand on a distillé en vous tant de mensonges? » (p. 142)

:resu:

Franz-Georg a cinq ans et la mémoire vide de tout. Le seul vestige de son passé s’appelle Magnus, il s’agit d’un petit ours en peluche amoché qui dégage une « imperceptible odeur de roussi et de larmes ».

L’enfant doit tout réapprendre : ses souvenirs, sa langue et les proches qui étaient les siens.

En ce presque milieu de 20e siècle, en Allemagne, Thea Dunkeltal, la mère, œuvre patiemment à la retransmission de cette mémoire perdue. Franz-Georg assimile avec candeur son enfance dorée, ignorant que la vie qu’on lui rapporte n’est en rien celle dont Magnus fut spectateur…1

En dehors de vécu révolu – celui qu’a renié sa mémoire, devenue vierge -, Franz-Georg pose également sur le monde qui l’entoure au présent un regard dénué de tout soupçon/interprétation…

« Clemens Dunkeltal est médecin, mais il n’a pas de clientèle privée et ne travaille pas dans un hôpital. L’endroit où il exerce son métier se situe non loin de leur village, mais Franz-Georg n’y est jamais allé. A son allure majestueuse, à son air grave, le docteur Dunkeltal doit être quelqu’un d’important – un magicien de la santé. Il reçoit des patients par milliers, dans son vaste asile de la lande, et tous souffrent certainement de maladies contagieuses puisqu’ils n’ont pas le droit de sortir. Franz-Georg se demande d’où peuvent bien venir ces foules de malades – de toute l’Europe, a dit un jour sa mère, avec une imperceptible moue d’orgueil et de dégoût confondus. L’enfant a cherché dans un atlas et est resté pantois – l’Europe est tellement vaste, les peuples si nombreux. » (p. 20)

Un soir, les parents de Franz-Georg sont appelés à fuir leur foyer précipitamment. L’enfant découvre alors l’horreur en bas de chez lui : des villages incendiés, anéantis.

Face aux paroles réconfortantes de sa mère, l’enfant, ingénu, ne désespère pas de connaître des jours meilleurs, mais bientôt, Thea, autrefois douce et attentionnée, se montre irritable et dure à l’instar de Clemens Dunkeltal, le père, qui n’a jamais cessé de porter sur son fils un regard inexplicablement sévère…

Le tableau se ternit d’autant lorsque Thea apprend la mort de son époux décimé à la guerre. Affaiblie, cette dernière confie Franz-Georg à son frère, Lothar, qu’elle tenait à distance et boudait depuis de nombreuses années.

Expatrié chez son oncle à Londres, Franz-Georg va devoir digérer bien vite le décès de sa mère, mais aussi d’autres terribles vérités à propos de ses origines et de son père, son « maître de la nuit » (p. 22) à qui il vouait jusque là une fascination débordante…

Pour s’arracher à ses fausses origines, à ce père désigné coupable de crimes de guerre, cet enfant devenu déjà grand – qui se fera par la suite appeler Adam, puis Magnus – va partir en voyage, à la rencontre du monde, de son passé et de son avenir.

Magnus est un roman initiatique où tente de progresser un être obsédé et dévoré par sa propre identité…
:avis:

Ce livre a pour moi été une déception. Plusieurs raisons ont concouru à me rendre cette lecture revêche :

- Le style de l’auteure : il est sans conteste brillant ; sa maîtrise du verbe est parfaitement gérée, … mais elle transpire. En effet, aucun mot semble n’avoir été laissé au hasard, le travail de l’écriture s’impose lourdement au détriment de tout le reste. J’ai l’impression d’avoir eu entre les mains une démonstration de virtuosité stylistique. Par conséquent, Franz-Georg/Adam/Magnus n’a pas pris forme. Il est resté un personnage inodore, irrémédiablement enfermé dans ses pages de papier…

- Les pauses intercalaires : Magnus est scindé en chapitres – dits fragments – qui sont eux-mêmes entrecoupés de courts poèmes/notules/séquences/… évoquant ou explicitant Magnus et/ou son monde. Je n’ai pas tant à reprocher à ces « césures » le fait qu’elles cassent le rythme du roman, mais plutôt leur absence d’intérêt. Elles m’ont donné l’impression de perdre mon temps, principalement quand il s’agissait de poésie. Faute de goût, manque de romantisme ou esprit trop terre à terre, les vers m’ennuient.

- Le genre du roman : je pense qu’on peut volontiers classer Magnus dans les romans initiatiques voire les contes philosophiques. Une fois pour toutes, je comprends que je suis réfractaire à ce type de littérature. Ce livre m’a vaguement rappelé L’alchimiste de Paulo Coelho, qui demeure pour moi une expérience passablement… pénible2.

En somme, Magnus est un roman dont je peux sans problème reconnaître la richesse, mais ce n’est absolument pas le genre de livre susceptible de me décocher une flèche en plein cœur…

Une lecture que j’aurais sans nul doute avortée si j’avais su qu’elle recelait une fin aussi dépourvue de rationalité/clarté.

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac, catégorie « prénom » (3/7).

  1. Je ne suis pas claire? Je vais l’être : Franz-Georg est un enfant adopté à qui on raconte d’innombrables salades. [SPOIL]D’ailleurs, ce pauvre gosse n’est pas Allemand, il est ISLANDAIS (ce qui ne veut pas dire que le lecteur a tôt ou tard le privilège d’apprendre quelle a été sa vie de 0 à 5 ans : on ne suit pas Dieu, on suit Franz-Georg de bout en bout, avec sa mémoire trouée et ses lancinantes interrogations ![/SPOIL] []
  2. C’est principalement la chute du roman qui me rappelle L’alchimiste. Il y est question d’une rencontre mystique dont l’interprétation me laisse tout à fait stupide, faute d’intelligibilité… []