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Les déferlantes / Claudie Gallay

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La Hague. Une nature sauvage, une mer à perte de vue. Une mer intraitable et souveraine qui prend des vies et ne les rend pas en dépit de l’attente incessante et de l’espoir inaltérable que nourrissent certains villageois de voir leurs proches enfin revenir… Tel est l’univers austère et fascinant dans lequel évoluent les personnages des Déferlantes.

La narratrice1 n’est pas née là. Elle s’est réfugiée à la Hague sur le tard, emportant avec elle le souvenir de son amour récemment défunt. Ayant saisi une opportunité professionnelle dans ce havre, elle y dénombre, recense et observe les habitudes des oiseaux du terroir.

En dehors de son emploi, cette femme seule se laisse vivre à défaut de se laisser mourir. Refusant obstinément de cesser de souffrir de la perte de son compagnon, elle vivote et semble ne pas se repaître de son désespoir…

Je me suis collée par terre, les genoux remontés. Le dos au radiateur. Bientôt un an. Le temps passait sur toi. Lui aussi, il te rongeait. Je ne supportais plus ma peau. Ma peau sans tes mains. Mon corps sans ton poids. J’ai roulé mon pull contre mon ventre. J’en ai fait une boule. J’ai plaqué mon dos contre les rails brûlants du radiateur. Je sentais les marques. Les barreaux de ton lit, à la fin, pour que tu ne tombes pas.
Et cette autre marque sur ma joue, la boursoufflure rouge qui s’effaçait peu à peu. Ce vide de moi qui me faisait suer et gémir.
Et j’ai sué.
J’ai gémi aussi en grattant les ongles contre le mur. J’ai léché le sel  pour me rapprocher de ta peau.

… Jusqu’à l’arrivée de Lambert, un homme torturé qui, comme d’autres, garde rancœur contre la mer : devenu orphelin après que sa famille ait fait naufrage, Lambert est revenu à la Hague pour vendre la maison de ses parents et percer les mystères que recèle encore leur disparition…

La narratrice va accompagner Lambert dans sa quête et mettre au jour les secrets de tout un village. Un village qui, contre toute attente, conserve de navrants souvenirs et se mure dans un silence épais depuis des décennies…

Les Déferlantes, c’est donc la vie d’une bourgade et de ses habitants. Il y a Lili, la tenancière du café et sa vieille mère ; Théo, le père de Lili, qui vit isolé au sommet du village ; Nan, une dame âgée, considérée comme folle à force d’attendre au bord de l’eau que lui reviennent ses morts…

Les vagues avaient cédé. Le bord de la mer était recouvert d’une frange d’écume épaisse et jaune avec, un peu partout, des algues en paquets comme de longues chevelures qui auraient été vomies là.

La vieille Nan était sur la digue, les deux bras en croix sur le ventre, son crucifix à la main, elle faisait face au large. Elle portait son habit de tempête, une longue robe noire, un tissu épais, ceux qui la connaissaient disaient que l’on pouvait lire des mots cousus avec du fil noir. Des mots en fil. Et que ces mots racontaient son histoire.
L’histoire de Nan. (p. 25)

…et qui reconnait dans les traits de Lambert ceux d’un certain Michel ; il y a Raphaël le sculpteur et la oisive Morgane, frère et sœur jumeaux qui abritent la narratrice sous leur toit ; Max, un jeune homme un peu engourdi qui voue à Morgane une adoration intense, une gamine surnommée « La Cigogne », etc.

Autant de personnalités et de vies entremêlées dont on mesure mieux l’imbrication à mesure que progresse le récit… Petit à petit, l’écrivaine lève un coin du voile sur le passé de tous ces gens…
:avis:

Sans pour autant que Claudie Gallay n’en fasse des descriptions interminables, la mer est omniprésente dans ce roman. L’atmosphère des lieux est ciselée sans relâche et avec tant d’acuité que l’envie m’a prise de me rendre à La Hague pour y contempler le paysage… Rien que pour le décor, Les Déferlantes me paraît être un livre très approprié pour une lecture à la plage, mais elle l’est aussi pour où que ce soit, par temps maussade2.

Brillamment, l’auteure décrit l’univers des habitants de la Hague. Un monde de promiscuité qui induit une certaine indiscrétion comme dans certains voisinages. Et pourtant, bon nombre de personnages, dans le livre, sont taiseux et pétris de solitude…

Constitué de courts chapitres, de phrases concises, et de nombreux dialogues, ce bouquin respire… Il est léger, mais sa fluidité narrative et le scénario proposé me rappellent la plume d’Anna Gavalda : Gallay tient le lecteur en haleine (pour autant qu’il se soit fait à son style saccadé, un peu abrupt) et fait dans le « page-turner » avec une dose mesurée de détresse et de neurasthénie…

Sans toutefois éprouver un plaisir ravageur à la lecture du roman, je ne peux nier avoir été prise3 au piège – c’était le but du jeu – : même en m’agaçant de certains défauts inhérents au roman, je n’ai pas lâché l’ouvrage avant de trouver un point final, ce qui confirme l’efficacité de l’écriture de Claudie Gallay.  J’ai pourtant à reprocher à l’auteure une utilisation poussive du verbe « gueuler » et de l’adverbe « infiniment », qui m’ont systématiquement sauté aux yeux tout au long de ma lecture4.

Peu amatrice d’histoires enveloppées d’un mystère dense et constant dont on voit l’issue aboutir trop lentement (c’est le cas ici), j’ai achevé ce livre comme un paquet de petits beurres : pas parce que c’est drôlement bon, mais parce que ça se mange facilement, et qu’il avait été entamé…

Malgré tout, ce roman présente de chouettes extraits dont j’ai su parfois apprécier la légèreté et la poésie :

- L’équilibre, ça tient à presque rien…
Du pouce, il a accentué la cambrure du dos5.
- Si celui-là tient, j’en ferai un grandeur nature.
D’un mouvement de bras, il a englobé tout l’espace de l’atelier.
- Un funambule de deux mètres qui marchera bien droit !
La pointe du pied effleurait à peine le fil. L’ensemble était léger, très délicat.
- Ça ne pourra jamais tenir, j’ai dit.
- Ça pourra ! On tient bien, nous!
Il s’est reculé pour voir l’effet.
- On ne vit pas sur un fil…
Il s’est collé une gitane entre les lèvres.
- Tu es sûre de ça?
Pas sûre, non. (p. 81)

Au final, Les déferlantes est pour moi un roman appréciable, mais certainement pas indispensable.

  1. Son nom n’est jamais précisé. []
  2. Je me suis amusée de lire la description d’une tempête alors que la pluie tombait à flots et lézardait les vitres de « mon » bus… Comme une impression de vivre ce que je lisais. Étrange. []
  3. Oui, ça fait 5 verbes :D []
  4. Non, ce n’est pas rien. En 538 pages, ça fait beaucoup ! []
  5. Raphaël est ici en train de sculpter une statue. []

Julius Winsome / Gerard Donovan

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Julius Winsome, homme solitaire vivant dans un chalet en pleine forêt, n’a pour compagnie que ses livres et son chien. Lorsque cet ermite retrouve, à quelques mètres de chez lui, son chien blessé par balle et qu’il apprend, peu de temps avant son décès, que celui-ci a été tué à bout portant, Julius, désemparé et furieux, n’a plus qu’un but : retrouver l’assassin de son fidèle compagnon et lui faire payer son meurtre…
:avis:

Plusieurs lectrices sont tombées amoureuses de Julius Winsome « l’homme des bois », à commencer par Cathulu et Benebonnou.  J’ai pensé que je serais, moi aussi, très sensible à ce personnage / à cette histoire, trouvant l’idée du livre extrêmement séduisante, mais ce roman m’a laissée assez froide. Le récit m’a effectivement paru un peu « plat » : je m’attendais à du relief, à quelque chose de poignant, de puissant, qui donne envie de rager, de pleurer, de remettre ses tripes, hélas, je suis restée à ma place de lectrice, et ne suis parvenue à décoller… Peut-être mon impassibilité tient-elle de la primauté de l’histoire – des actes que pose Julius Winsome – sur la psychologie (un peu terne ou trop nuancée?) du personnage?

Une lecture vraisemblablement originale (je peux le croire), pas désagréable et fluide, mais qui ne m’a malheureusement pas conquise…

No et moi / Delphine de Vigan

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Lou Bertignac a 13 ans et un QI de 160, ce qui lui a valu de sauter deux années scolaires. Entourée de gens plus âgés qu’elle, Lou ne se sent pas à sa place à l’école. Hormis Lucas, la mascotte rebelle de la classe, personne ne lui témoigne d’attention ni d’affection. Au logis familial, un malaise l’incombe également. Depuis que sa mère a sombré dans la dépression, quelques années plus tôt, rien n’a plus jamais été pareil.

Un jour, alors que Monsieur Marin annonce qu’il attend de chacun de ses élèves un exposé oral sur un thème de leur choix, Lou s’affole – elle a horreur de prendre la parole en public -. Prise au dépourvu et peu confiante, cette dernière prétendra vouloir récolter le témoignage d’une jeune femme sans-logis.

C’est ainsi que l’étudiante va faire la rencontre de Nolwenn, une SDF de 18 ans. De rencontre en rencontre, Lou va tenter de lui faire exprimer sa réalité jusqu’à disposer de suffisamment de matière pour réaliser son exposé.
Seulement, l’aventure ne s’arrêtera pas aussitôt la présentation orale bravée, car Lou, en ces quelques instants où elle aura écouté No, aura eu tout le loisir de s’accrocher à son aînée au point de vouloir la sortir de la rue, au point de vouloir la sauver…

No et moi aborde les délicates thématiques des sans-abri, de l’alcoolisme, de la délinquance, de la prostitution, de la dépression, de la solitude, de l’abandon, de l’amour et de l’amitié.
:avis:

Malgré les thématiques scabreuses que ce livre traite, No et moi se boit comme du petit lait. Composé de chapitres très courts, on en tourne les pages sans même s’en rendre compte. Divertissant et léger de par les réflexions à la fois pertinentes et déconcertantes de Lou, ce roman se découvre avec beaucoup de plaisir.

L’écriture de Delphine de Vigan est légère, féminine, rapide, épurée. L’auteure touche avec simplicité tout en abordant des sujets lourds de raisons et de conséquences…

Je n’ai eu à déplorer que…

  1. le nombre de marques que l’auteure s’est permise de citer (Converse, Benetton, Eastpak, H&M, Pimkie, …). – J’ai cru comprendre, par la suite, qu’il ne s’agissait peut-être que d’un jeu de mise en forme pour mieux marquer l’antagonisme de l’aisance VS la précarité, mais cette façon de faire m’a quelque peu pesé à la lecture des premières pages…
  2. la toute dernière page – sirupeuse (!) – mais je suis une mère pisse-vinaigre, ce n’est pas d’aujourd’hui ! :p

Ca n’en est pas moins1 un roman agréable.
Merci à Julinou de me l’avoir conseillé :)

  1. Très laide expression, mais elle n’en est pas moins française. Enfin je crois? []