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Les revenants / Laura Kasischke

Kasischke, Laura. Les revenants.

:5:

« La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. » (p. 17)

:resu:

Nicole Werner et Craig Clements-Rabbitt se sont connus à l’université. Ils formaient un couple dont l’avenir a volé en éclats lorsque Craig, un soir, a accidenté la voiture qu’il avait empruntée à son ami Lucas. Cette nuit-là, Nicole a perdu la vie.

Malgré l’animosité de ses pairs et sa dévorante culpabilité, Craig s’est réinscrit à l’université, partageant à nouveau la chambre de Perry Edwards qui était à la fois son colocataire un an plus tôt, mais aussi un vieil ami de Nicole.

Perry, lui, continue de voir Nicole partout. Croyant mal digérer son décès, il s’inscrit au cours de Mira Polson, spécialiste quant à la question du deuil et de la mort. Bientôt, il demandera à cette dernière de réaliser une étude relative à la perception de la mort sur un campus universitaire, en se basant sur le cas spécifique de Nicole Werner… Une occasion, pour lui, de se savoir écouté et aidé.

Shelly, employée à la société de Musique de Chambre de l’université, a pour sa part assisté à l’accident de Craig et Nicole. Elle est hantée par ce jeune couple, à propos duquel les journalistes ne cessent de rapporter des faits erronés : il est question de flammes, de corps calciné, de témoin (elle-même) parti avant l’arrivée des secours, … Tout est faux. Malgré ses démarches auprès des journalistes pour que figure enfin la vérité, aucune correction n’a jamais été publiée… Que cache donc la mort de Nicole Werner ?

:avis:

Un oiseau blanc dans le blizzard, lu il y a plus de trois ans, m’avait laissé une impression mitigée. J’ai malgré tout été tentée de retenter l’expérience. Un campus novel  serait peut-être l’occasion d’apprécier davantage la prose de cette auteure très souvent encensée ?

Cette deuxième expérience m’a de nouveau laissé un sentiment très ambivalent. En surface, j’ai perçu de nombreux facteurs dérangeants : un style maniéré, reflet d’un travail tarabiscoté jusqu’aux limites de l’écœurement (« A la clavicule d’icelle. Aux ombres qui s’y rassemblaient au clair de lune. Aux blanches quenottes mordillant dans la lumière du matin une lèvre inférieure humide et luisante »), une place prépondérante dédiée à la sexualité (encore), des personnages systématiquement dérangés, un climat artificiel, une obsession pour les cheveux, des longueurs, cette troisième du singulier qui participe à une neutralité lisse qui rend l’attachement aux personnages complètement impossible…

« La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d’un frêne. L’astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds1 étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. On eût dit qu’elle avait sauté, peut-être de cet arbre en surplomb ou bien du haut du ciel, pour se poser au sol avec une grâce inconcevable. » (p. 17)

Malgré tout, la construction – bien que complexe2 – fonctionne assurément, et l’intrigue appelle la curiosité. Les questions qui se posent engendrent l’envie irrépressible de tourner les pages.

Ce roman m’a rappelé Le maître des illusions de Donna Tartt : même décor, même climat malsain. Les revenants aurait pu être, selon moi, un roman réussi si (1) la narration ne m’avait pas à ce point dérangée, si (2) L. Kasischke ne me donnait pas l’impression d’essayer systématiquement de captiver son public à coup de sexualité débridée, comme si le voyeurisme auquel elle nous pousse déjà avec ses ambiances sordides et/ou morbides ne suffisait pas, et si (3) les réponses attendues à la fin du livre s’y étaient seulement trouvées !

Les revenants est un page turner qui détient un magnétisme certain. Au final, je suis cependant loin d’être séduite, et je ne sais si je lirai d’autres romans de cette auteure.

Une déception.

Lire les premières pages du livre.

:SC:

  1. Pourquoi avoir illustré la couverture avec une brune alors que notre défunte est blonde ? BLONDE ! []
  2. Focus alterné sur les différents personnages du livre en de courts chapitres, flashbacks et retour sur le présent. []

Le choeur des femmes / Martin Winckler

:6:

« Le corps d’un patient n’est ni un tube à essais, ni un cahier de brouillon. » (p. 553)

:resu:

Jean Atwood (« Djinn » ♀), major de sa promo, se destine à la chirurgie gynécologique. Avant de pouvoir embrasser ses ambitions et se lancer dans la vie active, elle est forcée d’effectuer un stage dans une unité hospitalière dédiée à la médecine de la femme, gérée par un certain Franz Karma, « simple » médecin généraliste dont on ne lui a pas dit que du bien… Jean n’endure pas ce passage obligatoire de gaieté de cœur. Très vite, elle conteste férocement les attitudes et méthodes de son supérieur…

« Quel démagogue ! Ce que je ne supporte pas, par dessus tout, c’est sa manière doucereuse, dégoulinante, révoltante de se pencher en avant, de poser ses avant-bras sur le bureau, de croiser les mains et de dire : Racontez-moi. » (p. 108)

« [...] et moi, évidemment, je fais semblant de l’écouter, et je fais tout mon possible pour ne rien retenir parce que j’aime pas encombrer ma mémoire de choses inutiles, et comme je vais pas faire long feu ici… » (p. 186)

Face à la résistance que lui témoigne son interne, Franz Karma propose à Jean un marché : limiter son stage à une semaine au lieu de six mois, à condition qu’elle se montre durant ce délai plus réceptive, accessible et conciliante…

Le marché conclu, Jean va progressivement s’attacher à Franz et son équipe, désapprendre les automatismes froids de la théorie médicale pour mieux les questionner et (re)découvrir l’importance qu’ont l’écoute et l’humanité au sein d’une discipline telle que la gynécologie, mais aussi la médecine en général…

« Il y a deux sortes de médecins: les docteurs et les soignants. […] C’est l’attitude face à la douleur qui fait la différence. »

Martin Winckler, médecin, romancier et essayiste, délivre avec Le chœur des femmes un roman essentiellement militant, qui se veut dénoncer certaines pratiques médicales dépassées, humiliantes ou douloureuses. Compilation de consultations – relatives aux méthodes contraceptives, avortement, sexualité – et de témoignages1, ce livre aborde aussi en long et en large les besoins des femmes2, auxquels la plupart des médecins n’accordent généralement qu’un intérêt très relatif…

« Les livres de médecine ne parlent jamais des douleurs provoquées par les gestes des médecins. Et beaucoup de médecins pensent que « si c’est pour le bien des patientes », la douleur est justifiée. Aucune douleur n’est justifiée. Jamais. Et la moindre des choses, pour un soignant, est de tout mettre en œuvre pour ne pas faire mal. »

:avis:

Pourquoi cette lecture? Deux de mes amies l’ont beaucoup appréciée : l’une lui a attribué la note maximale sur Sens Critique ce qui chez elle n’est pas coutume, l’autre a ni plus ni moins loupé sa station à cause dudit livre alors qu’elle voyageait en train… Ces deux réactions ont piqué ma curiosité.

Le tempérament contestataire et farouche de Jean Atwood m’a particulièrement amusée et a par conséquent contribué à une immersion rapide et facile au sein de l’ouvrage. Le roman de Martin Winckler m’a semblé humoristique, agréable à lire – même si le style n’est pas particulièrement remarquable et comprend une majorité de dialogues – et instructif. Ce roman s’annonçait très prometteur au début… Mais, sans pour autant que je n’aie envisagé de l’abandonner, sa qualité m’a paru s’effilocher tout au long de ma lecture…

Avant tout, j’avoue ne pas adhérer pleinement à ce type de littérature engagée, principalement parce que je ne connais pas le sujet et ne suis pas confiante quant aux messages et aux informations qui sont délivrées. S’il défend une cause tout à fait louable, il me semble que Winckler se permet ici d’incriminer une flamboyante majorité de ses confrères comme s’il était le seul à être doté d’un cœur et à réfléchir aux pratiques médicales contemporaines qui nécessitent une remise en cause. Cette posture m’a troublée. J’ai donc été tantôt intéressée ou interpellée par l’aspect documenté de ce livre, tantôt perplexe voire dérangée par son caractère éminemment orienté et critique…

« Je conchie la fraternité. Mes obligations éthiques vont d’abord aux patientes, ensuite aux autres médecins. Et s’il faut prendre position, je préfère me tromper avec une patiente plutôt que d’avoir raison contre elle ! » (p. 431)

« - Je ne fais pas comme tous les soi-disant professionnels de la santé qui se prennent pour des pontes et reçoivent hommes et femmes de manière méprisante ou autoritaire. Un soignant, ça ne doit pas se comporter comme un juge…Ou un flic. Quel genre de médecin voulez-vous être? Un soignant ou un flic? »

Plusieurs facteurs ont concouru à mon déplaisir – ou à mon incrédulité – à la lecture de ce roman…

- les consultations gynécologiques sont très nombreuses et se ressemblent toutes. Winckler s’en sert pour développer, affirmer, confirmer, appuyer – réappuyer – ses convictions. Il enfonce le clou cent fois, ce qui s’avère légèrement indigeste au bout d’un temps,
- la façon dont Karma est décrit ressemble en tous points au profil de l’auteur en personne : comme lui, il arbore une barbe, tient un forum où les patientes peuvent lui poser leurs questions, et soutient évidemment ses opinions. Cela ne serait pas dérangeant en soi s’il n’était pas progressivement adulé par la jeune Atwood : je n’aime pas voir les auteurs s’encenser eux-mêmes, surtout quand ils semblent prôner l’humilité et la simplicité…,
- le livre comprend un chapitre de plus de vingt pages où sont listés une série de questions féminines figurant sur le forum de Karma : il n’y a pas un message, parmi ceux-là, qui ne comprend pas de faute de grammaire ou d’orthographe. Sur ce, je n’ai pas pu m’empêcher de songer que Winckler prenait la plèbe pour la Reine des Connes, en dépit de son discours profondément respectueux vis-à-vis du patient,
-
l’évolution de Jean m’a semblé rapide et manquer de nuances : fermement réfractaire et révoltée au départ, sa transformation s’est opérée peut-être un peu trop vivement que pour demeurer crédible à mon sens,
- Le choeur des femmes nous délivre une fin mélodramatique royalement tirée par les cheveux. Ce passage n’apporte rien au livre et m’a semblé aussi grotesque qu’il était improbable.

En somme, je n’ai pas passé un mauvais moment avec ce livre parce qu’il a le mérite de m’avoir fait rire et réfléchir, mais j’avoue avoir été déçue par l’histoire (sa fin maladroite) et fatiguée par son côté résolument démonstratif…

:SC: :BB:

  1. C’est tantôt Jean, tantôt les patientes qui s’expriment ici à la première du singulier : cette polyphonie a donné son titre à ce roman. []
  2. À commencer par celui d’être écoutées. []

Da Vinci code / Dan Brown

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:5: . :4:

« Vous êtes une vierge du Graal, ma chère Sophie et, croyez-moi, vous n’oublierez jamais votre première fois ! » (p. 370)

:resu:

Jacques Saunière, conservateur en chef du Louvre, a été assassiné. Peu de temps avant de mourir d’une blessure par balle, l’homme a voulu révéler à sa petite-fille un important secret sur sa famille, essaimant dans la galerie où il était enfermé plusieurs indices. Il est retrouvé nu, mains et jambes écartés, un pentagramme dessiné sur le torse, à côté d’un bien étrange message écrit à même le sol…

Sophie Neveu, cryptographe à la police judiciaire, entame personnellement le décryptage des codes que lui a laissés son grand-père avec qui elle avait coupé les ponts depuis près de dix ans… Mais au milieu de ces nombreux indices, Jacques Saunière a inscrit, en guise de post-scriptum, une consigne : retrouver Robert Langdon.

Zébu Fache, l’inspecteur chargé de l’enquête, est convaincu que Jacques Saunière, par ce dernier écrit, entendait divulguer à la police l’identité de son criminel. Sophie Neveu est inversement persuadée qu’il souhaitait lui indiquer, à elle, « Princesse Sophie », une personne capable de l’aider à déchiffrer son message1

Se fiant à son instinct, Sophie arrache des griffes de Zébu Fache son suspect n°1 pour mieux aller, avec lui, à la rencontre de la solution d’une solide énigme derrière laquelle se cache… le Saint Graal !

:avis:

Ce roman traînait sur l’étagère depuis près de sept ans. Jamais je ne me suis éveillée avec l’envie de l’extraire de là… Mais je participe au challenge Petit bac 2012 pour lequel Enna nous impose la lecture d’un livre qui évoque dans son titre une personne connue. Ma PAL m’offrait deux possibilités : Kafka sur le rivage de Haruki Murakami ou Da Vinci code de Dan Brown. Comme je garde un mauvais souvenir de Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, j’ai préféré opter pour la découverte d’un best-seller facile d’accès… N’étant toutefois pas amatrice de thrillers ou de romans policiers, j’ai entamé le Da Vinci code avec une naïveté de débutante : l’exigence dont j’ai tendance à faire preuve s’est faite timide2 parce que je ne savais pas ce que j’étais en droit d’attendre de ce genre de livre.

Je me suis donc laissée guider innocemment… Et je mentirais si je disais que j’ai tout à fait détesté. Bien sûr, le style est pauvre…

« Les Mérovingiens… les fondateurs de Paris, récita Sophie, qui se rappelait les cours d’histoire de l’école. » (p. 417)3

… la psychologie des personnages est dénuée de consistance, l’histoire est tirée par les cheveux, contient des incohérences et des inexactitudes épouvantables*

« Sur le panneau protecteur, six mots à l’encre violette zébraient le visage de Mona Lisa. [...][:][...] SA CROIX GRAVE L’HEURE. »4 (p. 198, p. 202)

* « - Mais… attendez… le mot Sophie comprend six lettres.
Teabing ne se départit pas de son sourire radieux :
- Regardez encore le poème : votre grand-père a écrit « un vieux mot de sagesse ».
- Oui ?
Teabing lui fit un clin d’oeil :
- En grec ancien, la sagesse se dit SOFIA5. » (p. 523-524)

… l’auteur enchaîne les stéréotypes, recycle la surprise…

« Sophie scrutait le visage de Langdon.
Il plaisante.
- Le Saint-Graal ?
Langdon hocha la tête avec le plus grand sérieux.
Exactement. Sangréal signifiait Sang royal, ou Sang sacré. On l’orthographiait aussi San Real, ou San Graal. » (p. 260)

Littéralement. Le mot Sangréal est dérivé de SanGraal ou Saint-Graal. Mais, sous sa forme la plus ancienne, le mot était coupé d’une autre façon.Teabing griffonna deux mots sur une feuille de papier, qu’il tendit à Sophie.
Sang Réal
Elle comprit instantanément.
Sang réal signifiait Sang royal.6 (p. 392)

… il surévalue la difficulté – l’intelligence ! – de ses énigmes ou caresse le lecteur dans le sens du poil en faisant suer ses héros pendant des pages et des pages sur des devinettes que le lecteur met trente secondes à résoudre… mais le rythme du livre est soutenu et le roman a le mérite de piquer la curiosité à propos de questions de religions, d’Histoire, d’Histoire de l’art et de symboles auxquelles je n’aurais peut-être jamais accordé d’attention sans l’avoir lu.

Après avoir déversé son pesant de culture7 en évoquant le cas de sociétés secrètes ou d’ordres religieux tels les Francs-Maçons, le Prieuré de Sion, la Rose-Croix, les Templiers, l’Opus Dei et en s’intéressant à l’union de Jésus et Marie-Madeleine, ce roman m’a paru perdre son souffle progressivement : le best-seller tire en longueur, se fait toujours moins haletant et plus farfelu…

Quant au film, il ne respecte pas le livre à la lettre, ce qui s’avère fâcheux pour la compréhension de certains éléments d’enquête qui restent méconnus des téléspectateurs.
À la place de la flamboyante rousse auburn aux yeux verts que nous décrit Dan Brown, Ron Howard nous impose une Audrey Tautou brune et chétive8 ; à la place d’un amour filial intense entre un grand-père et sa petite-fille, il nous dépeint une relation chargée de colère et de ressentiment : c’est triste, car l’intrigue y perd tout son sens… L’adaptation du réalisateur est trop longue, moins palpitante que le livre, élude des passages qui ont leur importance au profit de scènes qui ne méritent pas qu’on s’y attarde9, mais son film a le mérite de nous épargner <SPOIL>le baiser très prévisible de Sophie et Robert, à la fin</SPOIL>.

Un roman divertissant dont la clé du succès est vraisemblablement la facilité… mais qui pèche à de nombreux égards, dont la facilité. En définitive, Da Vinci code, à l’instar de bon nombre de téléfilms américains, peut s’avérer plaisant pour autant qu’on mette son cerveau de côté ! ;)

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « personne célèbre » (7/10).

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:SC: :BB:

  1. Robert Langdon est professeur en symbologie. []
  2. Oui, enfin, finalement, pas tant que ça… []
  3. Je suis par ailleurs tout à fait repue de l’expression « (main)tenir en joue » que je pense avoir lue une bonne vingtaine de fois. []
  4. Je ne sais pas ce que vous en dites, mais j’en compte cinq. []
  5. S?f?a, comprend un F / « Phi » qui n’a jamais été transformé autrement qu’en « ph » à ma connaissance ! []
  6. Sophie a visiblement la mémoire courte. []
  7. Avéré ou non? Il s’agit d’un roman et on se trouve bien en peine de savoir ce qui relève de l’imagination ou de la connaissance. Quelles sont les frontières de cette « théorie du complot »? Dan Brown aurait gagné selon moi à proposer une bibliographie pour aller plus loin. Mais Wikipédia se veut éclairant quant aux nombreux points de controverse dont le livre a fait l’objet. []
  8. De toute façon, Audrey Tautou semble avoir signé par anticipation tous les contrats de films s’inspirant de livres à l’origine. C’est comme ça, il faut s’y faire. []
  9. Le moine Silas qui se flagelle, le parcours final de Langdon jusqu’au Louvre. []