Archive pour le Tag 'relation parents-enfants'

Room / Emma Donoghue

:9:

« On est comme les personnages d’un livre et lui, il ne laisse personne l’ouvrir. »

:resu:

Jack, 5 ans, est le narrateur de ce livre. Il vit avec sa maman dans un cabanon de jardin de trois mètres sur trois et n’a jamais mis un pied dehors.

L’enfant n’a rien à reprocher à sa condition de vie : il se contente de regarder la télévision, de relire ses cinq livres ou de partager les jeux que sa maman a conçus pour lui de façon à « enchanter » la monotonie de leur monde et lui donner l’illusion de la normalité. Ainsi, l’espace restreint près du lit devient une piste de course, les boîtes de conserve vides forment un château fort, les mots sont associés à d’autres pour former des rimes, les coquilles d’œufs sont cousues ensemble pour former sous le lit le très long « Serpendoeuf » (…) Et même l’arrosage de la plante constitue à lui tout seul un rituel ludique et consciencieux.

Ce train-train complice qui apparaît presque confortable aux yeux de Jack n’est rendu difficile et inquiétant que par les venues nocturnes de Grand Méchant Nick, l’homme qui est le seul capable et autorisé de franchir la porte de la chambre. Chaque soir, Jack passe la première partie de ses nuits dans le petit dressing à tenter de faire le noir dans sa tête, même s’il est difficile de ne pas prêter attention aux grincements du lit…

Grand Méchant Nick se montre de plus en plus redoutable. Après avoir bleui le cou de sa maman et leur avoir coupé l’électricité durant deux jours, Jack trouve sa mère très préoccupée. En quelques jours, il apprend non sans difficulté que la télévision ne fait pas que mentir et qu’elle montre beaucoup de choses réelles dans le « Dehors » (contrairement à ce qu’elle lui avait inculqué auparavant), il apprend qu’il a une famille, et que sa maman aspire à sortir pour la retrouver…

Ce soudain tissu de révélations va de pair avec l’amorce d’un plan d’évasion dont Jack sera le héros, même s’il ne comprend pas pourquoi sa maman tient tant à quitter la chambre…

« Quand j’avais quatre ans, je savais même pas qu’il y avait un Dehors ou je croyais que c’était juste des histoires. Après, Maman m’a dit qu’il existait pour de vrai et je me croyais omnisavant. Mais maintenant que je suis dans le Dehors, en fait je sais pas beaucoup de choses, je suis tout perdu tout le temps. »

:avis:

Voilà des mois que je guettais la parution de Room en poche. L’immense tentation qu’il m’inspirait allait de pair avec la peur qu’il me déçoive, comme je misais énormément sur ce roman pour me conquérir…

Je ressors de cette lecture avec un magma de vives impressions dans les tripes, et quand c’est dans les tripes, c’est que 1. je suis véritablement conquise, 2. que ma tête est beaucoup trop haut pour que mes émotions parviennent à se frayer un chemin jusqu’aux portes cérébrales. Les mots me manquent. Je n’ai que le je suis, je me sens. J’ai le combien, mais pas le pourquoi
Je ne vais donc pas vous livrer une argumentation sur les raisons de mon éblouissement. Ce qui suit, c’est essentiellement ce que cette lecture a fait de moi…

La première chose que je puis dire, c’est qu’il m’a fallu une semaine entière pour prendre conscience que Room était le fruit d’un travail.
En effet, lorsque j’ai refermé ce livre, Jack était un être de chair et d’os, il me semblait faire partie de ma vie comme ma mère et mon père. Le souvenir de ses mots et même de ses gestes m’était aussi vivant que si j’avais passé des mois, des années à ses côtés. En définitive, j’ai complètement oublié qu’aucun enfant de 5 ans n’avait écrit ce livre. Et que ces heures passées à découvrir Room ne m’avaient emmenée nulle part ailleurs que dans ma propre tête1.

Mon immersion dans ce livre a été très rapide, même si j’ai redouté le jargon de l’enfant durant les premières pages. En effet, Jack personnifie les objets qui l’entourent, et la fréquente évocation de « Madame Télévision », « Monsieur Lit », « Madame Commode », « Madame Plante », (…) s’avère plutôt inquiétante au premier abord. Toutefois, je me suis très vite aperçue que cette personnification était, de la part de Jack, une forme de stratégie inconsciente pour rendre son monde – ô combien étroit et limité – plus vivant, dense et fertile. Du moins, c’est ainsi que je l’ai compris.

Avec le léger recul qu’il m’est aujourd’hui possible de prendre, je me rends compte qu’Emma Donoghue a propulsé d’autant mieux la lectrice que je suis dans l’univers de Jack et sa maman en recourant à cette façon de faire : par un « simple » procédé stylistique, elle dessine l’exiguïté d’une pièce sans passer par l’expression d’un quelconque sentiment d’étouffement ou d’oppression – car ce n’est pas ce que ressent Jack -. Rien que ça, c’est une prouesse !

Les causes qui m’ont rendu ce roman si séducteur sont nombreuses et je peste de ne pas parvenir à les toutes les identifier. En vrac, voici celles qui ont, en l’occurrence, sans doute le plus fortement frappé mon esprit : les maladresses langagières et l’innocence du petit garçon sont maîtrisées au point de donner l’illusion que tout cela est vrai (la preuve, j’ai oublié que derrière Jack, il y avait Emma…).
Il me faut aussi mettre en avant la crédibilité du personnage de Jack – ce relief admirable qui m’a quasi conduite à l’entendre respirer – ainsi que sa personnalité : sa vivacité d’esprit, sa candeur, la force de son tempérament, le naturel qu’il dégage et la sincérité de ses sentiments. Un tout qui le rend diablement attachant… (Bon Dieu ce que j’ai aimé ce gamin !)

J’ai par ailleurs admiré la manière dont transpire l’abnégation de la mère2 et, surtout, l’amour qui unit Jack et sa maman : leur lien fusionnel et remarquablement poignant témoigne aussi de la somptueuse maîtrise de ce roman…

« Mon corps, je crois qu’il est à moi comme les idées dans ma tête. Mais mes cellules sont faites avec ses cellules alors c’est un peu comme si j’étais à elle. Et aussi quand je lui dis mes pensées et qu’elle me dit les siennes, nos idées de chacun se mélangent dans nos deux têtes comme si on coloriait au crayon bleu par-dessus le jaune pour faire du vert. »

Et si seulement c’était tout… Parce qu’il y a la construction du livre, ses ambiances tantôt intimistes, tantôt énervantes, mais qui suscitent toujours un intérêt entier, concerné, anxieux, complice…
Je ne sais que dire d’autre, si ce n’est que c’est beau. Vraiment beau…

Ce roman peut générer des craintes, parce qu’il s’inspire de faits sordides de séquestration3, mais sa singularité, sa puissance, l’émotion qu’il charrie, la sincérité qu’il porte en lui en font une œuvre qui ne vole pas son essence à la réalité. Room offre un regard différent, sans être pour autant moins bouleversant – loin s’en faut !

En somme, c’est avec amertume que je reviens à la réalité, poursuivie et poursuivant désormais l’ombre de Jack, en plus de celles de mes très chers Oskar et Abélard

La fin d’un livre que j’ai aimé énormément sonne toujours un peu comme le glas pour moi. Je ressasse obsessionnellement le besoin de vivre encore à travers ou avec les personnages qui ont pris vie entre les lignes. Mais en même temps, c’est avec exultation, des étoiles plein les yeux, que je m’anime à les faire vivre encore, si possible dans d’autres têtes, dans d’autres tripes.

Room : j’ai envie de crier sur tous les toits « J’aime ! Lisez-le ! »

C’est comme tomber amoureuse une fois encore.

:SC:

  1. Et celle de l’auteure. Et celles de tous les autres lecteurs. Oui, enfin, quoi qu’il en soit, la lecture reste un voyage douloureusement solitaire, parfois… []
  2. Même si j’ai eu envie de la secouer comme un prunier, par moments… []
  3. Les affaires Elisabeth Fritzl, Jaycee Lee Dugard, Natascha Kampusch. []

Le dîner / Herman Koch

:5:

« Je n’avais pas envie d’aller dîner au restaurant. Je n’en ai jamais envie. Un rendez-vous dans un proche avenir est la porte de l’enfer, la soirée est l’enfer même. » (p. 14)

:resu:

Paul Lohman, le narrateur, s’apprête dès le commencement de ce livre à se rendre avec sa femme Claire dans un restaurant huppé où son frère, Serge Lohman – homme politique important, candidat au poste de Premier Ministre -, a tenu à réserver une table où lui et sa femme, Babette, les rejoindront.

Avant même d’avoir rejoint le lieu de rendez-vous, on sent déjà chez Paul une nervosité particulière. Il semble ne se réjouir ni de voir son frère envers qui il nourrit un ressentiment manifeste, ni de devoir mettre les pieds dans ce restaurant ultra-chic qui empeste le bourgeoisisme et l’obséquiosité.

Paul raconte les faits vraisemblablement badins qui ont lieu et développe les pensées qui l’envahissent au cours de cette soirée. Mais à mesure que passe le temps, la tension monte : tôt ou tard, il faudra bien que les deux couples abordent le sujet fatidique qui les a réunis…

Ce sujet concerne les enfants respectifs de Claire et Paul, et de Babette et Serge. Âgés d’une quinzaine d’années, Michel et Rick ont en effet commis ensemble un acte de violence gratuite qui a été largement relayé dans les médias audiovisuels sans pour autant que les adolescents aient été identifiés. La question à l’ordre du jour, si difficile à aborder pour les parents, est de savoir quelle décision prendre en conséquence pour les enfants, pour la famille, ou pour eux en tant qu’individus…

Le dîner brosse le portrait d’une famille atypique dont les valeurs, les conceptions et la logique ne sont pas celles auxquelles le lecteur pourrait s’attendre…

:avis:

Les critiques dithyrambiques qui ont fleuri aux quatre coins de la blogosphère au sujet du Dîner m’ont convaincue de m’y plonger à mon tour.

Herman Koch y propose une construction originale qui suit les étapes d’un dîner au restaurant, depuis l’apéro jusqu’au pourboire1. A chaque étape, le lecteur en découvre un peu plus sur cette famille singulièrement agitée.

Le roman commence de façon plutôt cocasse quand Paul dénonce avec justesse et férocité les mœurs chichiteuses du restaurant où il se trouve…

« Dans ces restaurants prétendument haut de gamme, on perd totalement le fil de la conversation à force d’être confronté à ces innombrables interruptions comme les explications bien trop détaillées sur le moindre pignon de pin dans son assiette, le débouchage interminables des bouteilles de vin et le remplissage opportun ou non de nos verres sans que personne n’ait rien demandé. »

Mais au fil des chapitres, la tension monte subrepticement, pour des raisons qui portent de moins en moins à rire…

« - Qui a commencé à prendre un ton arrogant ? a dit Babette. Hein? Qui a commencé? » Sa voix était montée d’un cran. J’ai regardé autour de moi ; aux tables les plus proches, des têtes s’étaient déjà tournées dans notre direction. C’était bien entendu très intéressant, une femme qui haussait la voix à la table à la table de notre futur Premier ministre. » (p. 252-253)

… jusqu’à susciter l’inquiétude et, à sa suite, des sentiments plus désagréables encore. Certaines lectrices ont éprouvé un trouble proche de l’écœurement en parcourant les dernières pages de ce livre. Quant à moi, après avoir dépassé le stade de l’inquiétude, j’ai basculé dans les méandres d’une incompréhension grandissante…

Le dîner délivre des valeurs tellement éloignées des miennes que j’ai fini par en perdre mon latin. J’ai eu l’impression de progresser dans une intrigue qui, au lieu de se clarifier, s’obscurcissait de plus de plus. J’ai cru vivre ces phases de repos où vous vous trouvez entre le sommeil et l’éveil, et où vous commencez à prendre vaguement conscience de l’incohérence du rêve que vous êtes en train de faire : frustrant !

Le but d’Herman Koch est sans aucun doute de renverser les perceptions du lecteur et de susciter chez lui un questionnement multiple : jusqu’où irions-nous pour nos enfants? Pour notre famille? Pour nous-mêmes? Pour préserver l’illusion du bonheur ou de la stabilité?
L’auteur réussit selon moi son défi : son livre, personnel et déconcertant, pousse immanquablement à la réflexion.

Cependant, plusieurs choses m’ont empêchée d’apprécier ce roman tout à fait :

- le fait qu’il me largue : je ne supporte pas les zones d’ombre. En dépit des explications que j’ai mendiées et obtenues2, je reste dans le brouillard quant aux intentions de certains protagonistes…

- les flashbacks du narrateur où il détourne notre attention du dîner pour ne cesser de dire qu’il n’identifiera pas certains lieux, certaines maladies, etc. Non seulement ces silences n’ont fait qu’accentuer mes interrogations et ma confusion, mais ils m’ont également confrontée à un rythme de narration saccadé, interrompu intempestivement.

En somme, Le dîner m’a fait – continue de me faire – réfléchir. Il ne m’a en aucun cas laissée indifférente. Malheureusement, l’état de perplexité et d’énervement auquel il m’a conduite faute d’explicitations ne m’a pas permis de l’apprécier à sa juste valeur…

:SC: :BB:

  1. Le roman, comme son nom l’indique, focalise, toute son attention sur le déroulement du dîner, à l’exception de quelques flashbacks. []
  2. Merci Julie’tte, Cynthia, Manu ! ;) []

Twist / Delphine Bertholon

:7:

« Ici, on dirait que je me regarde grandir et c’est pareil que de regarder l’herbe pousser : spécialement chiant. » (p. 64)

:resu:

Madison Etchart, onze ans, disparaît un jour à son retour de l’école…

Ce roman polyphonique fait place aux propos alternés de 3 protagonistes : Madison elle-même, sa mère Léonore et son professeur de tennis Stanislas.

Madison relate les circonstances de son enlèvement, ses conditions de séquestration, la personnalité de R. – celui qui la retient prisonnière au fond d’une cave de 9 m² – et les relations qu’elle entretient avec lui, mais aussi ses souvenirs, ses remords, ses envies.

« Maman me l’avait assez répété, de ne pas parler aux inconnus, de faire attention avec tous ces détraqués qui courent dans la nature mais là, pas une seconde ça ne m’avait traversé l’esprit. A cause de la bonne tête de R. avec sa chevelure d’éponge, sa voiture brillante, la jolie chatte à 3 couleurs dans la petite caisse, l’orage dément qui me coulait dessus et surtout – surtout – à cause de Stanislas. »

Léonore écrit en secret des lettres1 à sa fille pour mieux entretenir l’espoir de son retour prochain et se préserver elle-même de la folie qui, sans l’écriture, la dévorerait sans doute radicalement…

« Je voudrais qu’ils cessent de me regarder comme si tu étais morte !
Je te sens battre en moi, Madi.
Personne ne veut me croire, pourtant si tu étais morte, ma chérie, je le saurais. Mon cœur s’est arrêté mais le tien résonne dans mon ventre, très fort, comme un tambour. Tu es quelque part. Je ne sais ni où ni avec qui, mais tu es quelque part, debout sur tes deux jambes et la tête haute.
Je ne le crois pas, Madi. Je le sais. » (p. 44)

Stanislas – à qui Madison voue un amour obstiné en dépit de leur dix ans d’écart d’âge – évoque la situation affective dans laquelle il s’est emmuré volontairement avec Louison, une jeune femme libertaire, imprévisible et capricieuse…

« Je suppose que j’avais des prédispositions à la dépendance et ma relation avec Louison s’apparenta parfois au syndrome de Stockholm, expérience qui, toutes proportions gardées, me permet aujourd’hui de mieux comprendre l’histoire de Madison. L’amour et la haine sont des sentiments qu’il est aisé de confondre : l’un comme l’autre, ils n’ont aucune pitié. » (p. 172)

Tour à tour, chacun des intervenants exprime son ressenti face à sa situation et à l’attente…

:avis:

J’avais beaucoup apprécié L’effet Larsen de Delphine Bertholon, c’est pourquoi je me suis procuré Twist lors d’une expédition en bouquinerie. J’entendais simplement poursuivre la découverte de l’univers romanesque de cette auteure et n’avais pas d’attente particulière vis-à-vis de ce livre, c’est probablement la raison pour laquelle la sauce a si bien pris, mieux même qu’avec L’effet Larsen : j’ai failli adorer Twist !

Ce roman à trois voix ne trébuche pas là où d’autres romans s’étalent parfois : chaque narrateur a son propre mode d’expression et des résonances très différentes, comme si ce livre avait été écrit non par un seul auteur, mais par trois. A cet égard, Delphine Bertholon a, pour moi, maîtrisé la construction de son second roman avec brio.

Si je n’ai fait que frôler le coup de cœur, c’est parce que l’une des trois voix m’a nettement moins convaincue que les deux autres : bien que l’histoire de Stanislas ne soit pas sans aucun rapport avec celle de Madison, je n’y ai trouvé qu’un écho souvent trop lointain. J’ai été dérangée par sa narration plutôt plaintive et auto-centrée ainsi que par sa manière de s’exprimer, que ce soit à cause de son utilisation parfois inopportune du passé simple ou de l’emploi de certains mots crus.

Malgré ce bémol (l’unique !), les propos de Madison et de sa mère Léonore, très liés, charrient une grande force et m’ont tantôt bouleversée, tantôt émue2.

Les lettres de Léonore, généralement brèves, sont particulièrement tendres et poignantes. Quant à Madison, en dépit de quelques inévitables accès de désespoir, elle tient un discours étonnamment ironique et plein d’humour ! J’ai pris un énorme plaisir à lire ses réflexions, souvent caustiques, et ses remarques toujours plus audacieuses…

« Il avait serré ses doigts sur sa crosse de fusil, alors je lui ai demandé s’il chassait.
- Non, je trouve ça dégoûtant. C’est mal, de tuer les animaux.
- C’est vrai que le bien et le mal, vous en connaissez un rayon !
- Tu ne veux pas arrêter trente secondes? » (p. 261)

Par l’utilisation parfois excessive d’adverbes tels que « spécialement », « incroyablement », « extrêmement », d’expressions telles que « ça ne vaut pas tripette », « avoir le moral au fond des Converses » pour « avoir les semelles de plomb » [liste non exhaustive],  l’élocution de Madison m’a rappelé celle d’Oskar Schell – ce qui n’était pas pour me déplaire puisque les habitués de ce blog savent qu’il s’agit du personnage tant adoré de mon roman de chevet – ou, plus vaguement, celle de Holden Caulfield

« C’est ce qu’on appelle : SANS ISSUE. J’ai tout essayé. Manger, pas manger. Parler, pas parler. Bouger, pas bouger. Crier, pas crier. Être gentille, être méchante. Mais rien n’a fonctionné. Tout ce que je sais, c’est que je ne sortirai jamais d’ici, parce que c’est comme si je n’existais plus, et ça me propulse le moral au fin fond des Converses, plus profond que dans tout le reste de mon existence. » (p. 161)

Les cinq années durant lesquelles Madison est détenue observent progressivement le passage de l’enfance à l’adolescence. La façon dont la fillette s’exprime3 et réfléchit change, sa maturité grandit subrepticement au fil des pages, sans toutefois donner sur une vision plus pessimiste du monde. Malgré sa condition de prisonnière, Madison ne démord effectivement pas de son envie de croquer la vie à pleines dents. Brillante et pleine de ressources, elle s’efforce de résister à son « gentil dragon » avec finesse et dérision, en tentant de comprendre sa psychologie, de déceler ses failles, d’identifier ses mensonges et d’élaborer une stratégie en conséquence pour recouvrer sa liberté…

Bien que Twist mette en scène l’indicible cauchemar que redoute tout parent, Delphine Bertholon est parvenue à insuffler de la légèreté à son roman sans le rendre inconvenant4. Il s’agit là d’un roman à la fois drôle et touchant dont je vous recommande vivement la découverte !

« Quelquefois, il suffit de regarder les choses en face pour qu’elles commencent à exister.
Quelquefois, ce qui semble impossible est à portée de main.
Alors ton retour, ma grande : je le regarde en face.
Aujourd’hui, j’ai décidé de croire aux miracles. » (p. 391)

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « Sport/Loisir » (9/11).

:SC: :BB:

  1. Lettres qui s’empilent chez elle à défaut d’adresse connue, bien entendu. []
  2. Le sexe qu’elles ont en commun avec l’auteure y est assurément pour quelque chose : rares sont les femmes qui parviennent à se mettre correctement dans la peau d’un homme à mon sens, et inversement. []
  3. Madison parvient à obtenir un dictionnaire encyclopédique, dont elle entame la lecture intégrale pour passer le temps. []
  4. Il faut savoir que Twist n’est pas non plus extrêmement violent : Madison a été kidnappée, mais elle a face à elle un malade pusillanime et pudibond, à la hauteur de qui elle peut se mesurer, et envers qui elle nourrit même parfois une certaine sympathie (et réciproquement). À aucun endroit, elle ne se fait agresser ni même violer, ce qui en soi n’est peut-être pas très réaliste… mais qui empêche ce livre d’être radicalement noir/sordide, trait qui aurait annulé la légèreté du roman, et aussi sa réussite ! []