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La voleuse de livres / Markus Zusak

:7:

« Vous me direz que je [la Mort] fais mes tournées de toute façon, quelle que soit l’année, mais parfois l’espèce humaine aime accélérer les choses. » (p. 356)

:resu:

Le roman s’ouvre sur une Allemagne âpre et hostile : nous sommes en 1939, Adolf Hitler arbore déjà le titre de Führer…

Au cœur de Munich, Liesel Meminger, une petite Allemande âgée de neuf ans, voit son jeune frère mourir devant elle et est ensuite arrachée à sa mère. Entre les deux, un livre ramassé marquera pour la fillette le dernier vestige de son enfance subitement fauchée.

Liesel rejoint la ville de Molching où elle est accueillie par ses parents nourriciers, Rosa et Hans Hubermann. Les relations entre l’enfant et Rosa ne sont pas simples au départ, mais Hans, attentif et généreux, apporte sur-le-champ à Liesel le réconfort dont elle a besoin.

Devenue confiante, cette dernière relate à son père adoptif ses mésaventures. Bien qu’incertain en lecture, Hans lui apprend à lire pour découvrir le contenu de l’ouvrage cueilli précédemment, qui rappelle à la fillette sa vie d’avant…

Les mots deviennent peu à peu pour Liesel une passion et un moyen de subsister… Mais au sein de l’Allemagne nazie, c’est une forme de résistance que de lire autre chose que Mein Kampf, que de récolter sous les flammes les ouvrages en train de se consumer et de multiplier sous d’autres formes les larcins de papier…

La voleuse de livres raconte le parcours de Liesel Meminger : sa relation avec les Hubermann, avec son fidèle ami Rudy Steiner, avec ses voisins, et son ami défendu : Max Vandenburg, le Juif au cœur tendre que les parents nourriciers de Liesel cacheront dans leur sous-sol durant de longs mois…

Cette fable pour adolescents raconte la lutte fragile d’une toute jeune fille contre la répression, la discrimination et l’inhumanité.

:avis:

Ce roman m’a été chaudement recommandé par deux amies. Comme il s’agissait non seulement d’un livre qui s’épanchait sur la seconde guerre mondiale – un de plus… – et qu’il était de surcroît destiné aux adolescents, je n’étais pas tout à fait sûre qu’il puisse me plaire…1

L’immersion au cœur de cette histoire m’a donné du fil à retordre. Le texte est parsemé de brèves notes en gras qui scandent le rythme et m’ont rappelé les mielleuses annotations et parenthèses de David Foenkinos dans son roman La délicatesse2… Ensuite, les tics langagiers (Saumensch, Saukerl, Jésus Marie Joseph…) ont eu tendance à légèrement m’agacer. Enfin, l’auteur emploie nombre de fois des mots allemands suivis de leur traduction française, ainsi que des néologismes formés sur base de mots allemands que j’ai trouvés esthétiquement très désagréables…

« Cette après-midi-là, ils retournèrent au bazar de Frau Diller, « Heil Hitlerèrent » et attendirent.
« Encore un assortiment de bonbons ? » schmunzela-t-elle. Ils répondirent par un hochement de tête affirmatif. » (p. 197)

Si La voleuse de livres clame tout au long du roman la beauté des mots, ce n’est pourtant pas le style de l’auteur qui m’a conquise…

A la 150e page, j’ai failli avorter la lecture de ce roman, mais j’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots à son propos avec une parente dont les goûts littéraires sont fort proches des miens. Elle l’avait lu, elle avait failli aussi l’abandonner, mais il fallait attendre l’apparition de Max (le Juif) qui rendrait le récit plus prenant. Et en effet, le livre a commencé à me captiver dès l’apparition de celui-ci !

Il m’a donc fallu atteindre le tiers de La voleuse de livres pour percevoir ses qualités et me surprendre aussi à ne plus avoir envie de le lâcher.

Voici donc ce que j’ai fini par lui trouver de positif : Markus Zusak a rendu le livre léger dans la gravité, et tendre et drôle en dépit du climat malsain qui règne tout autour. Ses personnages sont très attachants. Ce roman est poétique, notamment grâce à l’évocation constante de la couleur des cieux…

« Par la fenêtre, à travers le brouillard et le gel, ils pouvaient voir des rais de lumière rose sur les toits enneigés de la rue Himmel.
« Regarde les couleurs », dit Papa. Comment ne pas aimer un homme qui non seulement remarque les couleurs, mais en parle? » (p. 104)

Il revêt aussi un côté original par le choix du narrateur, car c’est la Mort en personne qui nous relate l’histoire de Liesel et de ses proches. Une mort affable et sensée qui constate sobrement la bêtise des Hommes et qui n’a rien de cette terrible faucheuse que porte leur imagination…

« En conséquence, je trouve toujours des humains au meilleur et au pire d’eux-mêmes. Je vois leur beauté et leur laideur, et je me demande comment une même chose peut réunir l’une et l’autre. Reste que je les envie sur un point. Les humains ont au moins l’intelligence de mourir. » (p. 566)

Comme l’a très justement affirmé Manu, même si ce livre est romancé, il donne par ailleurs un bon aperçu de la réalité vécue par les Allemands sous le régime nazi.

En somme, La voleuse de livres arbore des caractéristiques un brin abruptes au départ, mais qui se laissent oublier tant le récit s’annonce finalement plein de charme, de douceur, d’émotion, et d’ironie aussi…

Une jolie découverte !3

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « objet » (5/10).

:SC: :BB:

  1. Accessoirement, je lui reprochais aussi son emballage commercial : sa couverture, son titre, son slogan, pas à mon goût du tout. []
  2. Rien ne pouvait me faire plus peur que me rappeler ce roman-là. []
  3. Merci à Lalou et Julie’tte de m’avoir poussée à lire cette histoire. Je fais la dure, mais j’ai quand même versé une larmichette à la fin, hein ! ;) []

Fahrenheit 451 / Ray Bradbury

:7:

« Ils [Les livres] courent dans tous les sens, mouchant les étoiles et éteignant le soleil. On en sort complètement déboussolé. » (p. 92)

:resu:

Fahrenheit 451 dépeint une société contrôlée où la lecture et la réflexion constituent des actes dangereux qui sont proscrits et sévèrement punis.

Guy Montag est pompier dans une ère où la fonction consiste non pas à éteindre les incendies mais à les provoquer de façon à rétablir l’ordre chez les insoumis qui auraient encore des livres en leur possession…

Clarisse McClellan, une jeune fille qui s’abreuve de pourquoi et se maintient de la sorte à la lisière de l’illégalité, va toutefois parvenir à détourner Guy Montag de sa mission pour le conduire sur la voie de l’introspection…

« Comment ça a commencé? Comment vous vous êtes retrouvé là-dedans? Comment avez-vous choisi votre métier? Qu’est ce qui vous a donné l’idée de faire ce travail? Vous n’êtes pas comme les autres. J’en ai vu quelques uns ; je sais. Quand je parle, vous me regardez. Quand j’ai dit quelque chose à propos de la lune, hier soir, vous avez regardé la lune. Jamais les autres ne feraient ça. Les autres me planteraient là et me laisseraient parler toute seule. Ou me menaceraient. Personne n’a plus le moindre instant à consacrer aux autres. Vous êtes un des rares à pouvoir me supporter. Voilà pourquoi je trouve tellement bizarre que vous soyez pompier ; ça ne vous va pas du tout, dans un sens. » (p. 45)

… Mais pas plus tard que cinq jours après leur rencontre, Clarisse disparaît, laissant le pompier dans un état d’agitation grandissant.

L’homme aspire à partager avec son épouse Mildred ses interrogations et son tourment mais, se comportant en citoyenne modèle dans ce monde happé par les médias et le bruit permanent, celle-ci reste complètement sourde à ses appels, tandis qu’elle demeure d’un autre côté tout à fait réceptive aux télécrans1.

« Personne n’écoute plus. Je ne veux pas parler aux murs parce qu’ils me hurlent après. Je ne peux pas parler à ma femme ; elle écoute les murs. Je veux seulement quelqu’un qui écoute ce que j’ai à dire. » (p. 114)

Bientôt, Guy Montag ressort très perturbé du dernier autodafé perpétré chez une femme ayant préféré s’immoler avec ses livres que de les abandonner à tout jamais…

« Il doit y avoir quelque chose dans les livres, des choses que nous ne pouvons pas imaginer, pour amener une femme à rester dans une maison en flammes ; oui, il doit y avoir quelque chose. On n’agit pas comme ça pour rien. » (p. 78)

Dès lors, l’homme amorce une tentative pour remonter le fleuve à contre-courant. Il convoite le contenu du livre qu’il a sauvé des flammes chez sa dernière victime et se fait porter malade. Toutefois, son chef hiérarchique, le capitaine Beatty, n’entend pas laisser sa brebis s’égarer aussi facilement…

:avis:

Ce roman d’anticipation a été publié en 1953, mais il n’a pas vieilli. Il met au jour des problématiques préoccupantes vers lesquelles notre monde tend vraisemblablement à se diriger : la déshumanisation de la société, l’oubli des valeurs, la distanciation de l’homme par rapport à la nature, la suprématie de la société de consommation, l’abrutissement du peuple face à la généralisation des phénomènes de masse, … autant de sujets qui continuent de poser question, sans doute même avec davantage de force à mesure que les années passent…

La sagacité de cette oeuvre me semble donc indéniable. Pourtant, j’avoue avoir été bien moins conquise par cette dystopie que par celle que George Orwell donnait à lire quatre années plus tôt. Après avoir été séduite par 1984, j’en attendais beaucoup de Fahrenheit 451. Hélas, j’avoue en ressortir assez déçue.

Là où George Orwell barricadait  toutes les issues, offrant un monde totalitaire réfléchi à l’extrême où aucun sujet ne pouvait opposer de résistance sans y perdre la vie ; Bradbury nous présente, quant à lui, l’ébauche d’une société dont le climat est certes alarmant, mais dont les tenants et aboutissants m’ont paru confus faute de développement2. En effet, l’auteur a la particularité de ne pas s’attarder et d’aller à l’essentiel, tant au point de vue du fond que de la forme.

A défaut de voie de garage et de détails vainement espérés, je n’ai pas pu prétendre m’accrocher aux personnages qui sont soit écervelés/insupportables (Mildred et ses copines), couard (le vieux Faber), pontifiant (Granger) ou encore… disparu aussi vite que présenté (Clarisse) ! Montag profite d’un portrait un peu plus complet et nuancé, mais je n’ai pas trouvé en lui suffisamment de force d’esprit ou de traits originaux qui me le rendent vraiment sympathique. Étonnamment, c’est le profil du perfide Beatty qui m’a le plus intéressée. Et pour cause, c’est grâce à lui que Fahrenheit 451 connaît à mon sens son apogée.

On doit en effet à ce personnage la majorité des explications attendues quant à la raison de l’aversion qui règne à l’égard des livres et quant au fonctionnement de la société.

Le lecteur apprend grâce à lui que les livres n’ont pas été balayés par suite d’un mouvement dictatorial soudain, mais que c’est la population qui, en s’abrutissant via les médias de masse, a été la proie d’une ignorance nécessitant une vulgarisation toujours plus importante, conduisant petit à petit à un réel appauvrissement culturel…

« Livres raccourcis. Condensés, Digests. Abrégés. Tout est réduit au gag, à la chute. [...] Condensés de condensés. Condensés de condensés de condensés. La politique? Une colonne, deux phrases, un gros titre ! Et tout se volatilise ! » (p. 82-83)

… Que, suite à cela, la scolarité a été écourtée et que toutes les matières scolaires qui ne sont pas techniques (les langues, l’histoire, la philosophie, …) ont fait l’objet d’une négligence, puis d’un abandon…

« Pourquoi apprendre quoi que ce soit alors qu’il suffit d’appuyer sur des boutons, de faire fonctionner des commutateurs, de serrer des vis et des écrous? » (p. 84) – « Tout homme capable de démonter un télécran mural et de le remonter, et la plupart des hommes en sont aujourd’hui capables, est plus heureux que celui qui essaie de jouer de la règle à calcul, de mesurer, de mettre l’univers en équations, ce qui ne peut se faire sans que l’homme se sente solitaire et ravalé au rang de la bête. » (p. 90)

…Que la littérature, la philosophie et la sociologie ont été écartées parce qu’elles entravaient le bonheur des gens / faisaient figure de portes ouvertes à la mélancolie…

« Est-ce que vous voyez maintenant d’où viennent la haine et la peur des livres ? Ils montrent les pores sur le visage de la vie. Les gens installés dans leur tranquillité ne veulent que des faces de lune bien lisses, sans pores, sans poils, sans expression. Nous vivons à une époque où les fleurs essaient de vivre sur les fleurs, au lieu de se nourrir de bonne pluie et de terreau bien noir. Même les feux d’artifice, si jolis soient-ils, résultent d’une chimie qui prend sa source dans la terre. Et pourtant, d’une manière ou d’une autre, nous nous croyons capables de croître à grands renforts de fleurs et de feux d’artifice, sans accomplir le cycle qui nous ramène à la réalité. » (p. 115-116)

Et, au final, que les pompiers sont finalement devenus fort utiles dans la société pour mettre tous les citoyens sur le même pied…

« Nous ne laissons pas libres et égaux comme le proclame la Constitution, on nous rend égaux. Chaque homme doit être l’image de l’autre, comme ça, tout le monde est content ; plus de montagnes pour les intimider, leur donner un point de comparaison. Conclusion : un livre est un fusil chargé dans la maison d’à côté. Brûlons-le. Déchargeons l’arme. » (p. 87)

- C’est d’ailleurs non sans sarcasme que Beatty témoigne de l’extrémisme dont le système est par conséquent devenu capable…

« A présent, on sait comment les étouffer dans l’oeuf. On ne peut pas construire une maison sans clous ni bois. Si vous ne voulez pas que la maison soit construite, cachez les clous et le bois. Si vous ne voulez pas qu’un homme se rende malheureux avec la politique, n’allez pas lui casser la tête en lui proposant deux points de vue sur une question ; proposez-lui en un seul. Mieux encore, ne lui en proposez aucun.  » (p. 90)

Ce ne sont que de courts extraits, mais Bradbury nous propose dans ce chapitre un discours riche en informations – discours qui convie à de très intéressantes réflexions. Cependant, une ombre noircit le tableau : la suite.

Passé cet extrait, Bradbury nous offre une fin sous forme de course poursuite digne d’un film de série B en lieu et place d’une suite aboutie à la fiction intelligente qu’il avait entamée et dont la première partie était, quant à elle, capable d’éveiller le lecteur / de contribuer à son questionnement. Et, pire que cette cavalcade finale, j’ai déploré une clôture d’un genre encore différent, à mi-chemin entre le récit d’aventures et la quête spirituelle… Un dernier chapitre qui s’est avéré pour moi désagréablement brutal, dans le changement d’atmosphère, et ô combien stérile et ennuyeux.

Enfin, je déplore par ailleurs les stéréotypes qui se profilent au sein du roman : les femmes – à l’exception de Clarisse – passent pour des pintades sans cervelle qui ne vivent bien que scotchées à leurs « télécrans » et ruinent leurs maris travaillant dur pour leur offrir toujours plus de divertissement. Ce livre ne recèle pas qu’une critique sociale objective, mais aussi une discrimination de genre… inhérente à l’époque peut-être, mais malgré tout dérangeante3.

Un roman basé sur une idée de génie mais insuffisamment exploitée à mon goût. A regret, Fahrenheit 451 a suscité chez moi un plaisir de lecture très inégal.

« Les livres sont faits pour nous rappeler quels ânes, quels imbéciles nous sommes. Ils sont comme la garde prétorienne de César murmurant dans le vacarme des défilés triomphants : « Souviens-toi, César, que tu es mortel. ». » (p. 119)

Cette lecture rentre dans le cadre du challenge « 100 ans de littérature américaine ed. 2011″.

  1. Ecrans télévisuels placés sur les murs d’une pièce ; dispositif à la technique très évoluée où les acteurs et les spectateurs ont la possibilité d’interagir / de communiquer ensemble. []
  2. Lors du troisième chapitre, c’est-à-dire à la fin du livre, la guerre dont on dit préalablement qu’elle est sur le point d’éclater, est annoncée. Mais pour quelles raisons? Par la faute de qui et contre qui? Qu’elle surgisse au moment où Guy Montag entreprend justement sa rebelle évasion m’a paru incongru : une guerre peut-elle être déclarée suite à la désobéissance d’un seul homme ? []
  3. J’ai de loin préféré la misogynie de Tolstoï dans La sonate à Kreutzer, elle avait au moins le mérite d’être explicite et de me faire rire ! []

Le treizième conte / Diane Setterfield

:7:

« Quand on n’est rien, on invente. Pour combler le vide. » (p. 164)

:resu:

Margaret Lea, jeune libraire et biographe reçoit une lettre de Vida Winter, l’une des auteurs les plus en vogue de sa génération. Cette dernière l’invite à venir dans le Yorkshire sous son toit afin de concevoir sa biographie.

Réputée pour avoir livré nombre de fois à des journalistes des vies qui n’étaient pas la sienne et qui relevaient de sa fertile imagination, Vida ne pourra plus, avec Margaret qui entend bien s’assurer que son interlocutrice lui dit la vérité, se laisser porter par sa créativité…

Très vite, elles concluent un pacte : en échange de trois faits véridiques et vérifiables survenus de la vie de Vida, Margaret n’aura, pour la suite, le droit de ne poser aucune question, ni de brûler les étapes. Mrs Winter racontera à son rythme, comme bon lui semble, le récit de sa vie.

Malgré le caractère revêche de son hôte, Margaret va progressivement s’attacher à Vida… Basé sur sa gémellité, le récit de la narratrice va amener Margaret à frôler d’on ne peut plus près son vécu similaire, mais douloureux…

De son côté, Vida entreprendra la narration de son passé en tant qu’Adeline March, jumelle d’Emmeline. Commence le récit de drôles d’enfants nées avec un drôle d’héritage…

« Mon histoire n’est pas seulement la mienne, c’est aussi celle d’Angelfield. Angelfield le village. Angelfield la maison de maître. Et la famille Angelfield elle-même. George et Mathilde ; leurs enfants, Charlie et Isabelle ; les enfants d’Isabelle, Emmeline et Adeline. Leur maison, leurs destins, leurs peurs. Et leurs fantômes. On devrait toujours prêter attention aux fantômes, Miss Lea, vous ne croyez pas? » (p. 86)

:avis:

C’est pour avoir lu de nombreuses critiques élogieuses à propos de ce roman que Le treizième conte s’est un jour inscrit dans mon pense-bête. Après avoir négligé des années cet élément de ma LAL, très chère Niche1 est apparue et m’a mis ce livre sous le nez, déclarant que je risquais bien d’apprécier…

Ne pouvant que difficilement passer à côté d’une suggestion provenant de l’éclaireuse plutôt éclairée qu’elle fut quelques fois à mon endroit, j’ai entamé la lecture dudit roman. Le côté obscur de la force – Reka ronchonchon – avait au commencement de cette fiction le dessus : le résumé du roman ne cadrait guère avec le genre de livre que j’apprécie de découvrir à l’accoutumée, c’est pourquoi je me trouvais dans un état de perplexité avancé. Les histoires, les contes, les fables fleuris de secrets, magie, intrigues et fantômes …  n’étaient pas, pensais-je, des sujets susceptibles de me mettre en appétit.

Et pourtant ! C’est avec étonnement que je me suis vue plonger dans ce livre dès le troisième chapitre.

L’intrigue du Treizième conte est bien ficelée, bien menée, captivante, agréable. L’écriture est élégante, et, surtout, la magie qui se dégage de ce livre n’a rien de mièvre…

Diane Setterfield excelle dans l’art de mettre en abîme (lecture d’un roman à l’intérieur d’un roman) et enchante, par la façon dont elle aborde le rapport du lecteur à la littérature.

« Toute la matinée, j’eus l’étrange impression de sentir se mêler deux univers, les fragments épars de l’un s’infiltrant à travers les fissures de l’autre. Vous connaissez ce sentiment qui vous vient quand on commence un nouveau livre avant que la membrane du précédent ait eu le temps de se refermer complètement? Les idées, les thèmes et même les personnages du dernier ouvrage ont imprégné les fibres de vos vêtements, et quand vous ouvrez le suivant, ils sont toujours là. J’éprouvais une sensation du même ordre. Toute la journée, je fus distraite. Par des pensées, des souvenirs, des sentiments, des fragments de ma vie ressurgissant de façon saugrenue, qui rendaient toute concentration impossible. » (p. 402)

Première fois que je rencontre un livre mystérieux qui ne m’énerve pas à force de suspendre le récit. Je n’ai eu à déplorer ni longueurs, ni prévisibilité. En prime, ce roman, à force de faire des références aux classiques de la littérature anglaise (Jane Eyre, La Dame en blanc, les Hauts de Hurlevents, …) m’a presque donné envie de me débrider un peu de ma littérature contemporaine pour aller vers ce à quoi je tourne inexplicablement le dos depuis les secondaires…

Seul bémol : les dix dernières pages, rose bonbon, en dissonance avec le reste du livre, assez sombre et mélancolique… Mais un très plaisant moment dans l’ensemble !

Merci à Niche de m’avoir exhortée à batifoler un peu en dehors de mes habitudes et frontières ;)

« Tous les enfants construisent un mythe autour de leur naissance. C’est là un trait universel. Vous voulez comprendre quelqu’un? Son coeur, son esprit, son âme? Demandez-lui de vous parler de sa naissance. Ce que vous obtiendrez ne sera pas la vérité, mais une histoire. Et rien n’est plus révélateur qu’une histoire. » (p. 44)

  1. Une parente bien inspirée qui m’a tout de même permis d’identifier mon livre de chevet et qui, contrairement à beaucoup de mes amies, n’a pas des goûts tout à fait dégueu (bien qu’il faille parfois se méfier d’elle sur le plan cinématographique…) []