Archive pour le Tag 'conflit'

La joueuse d'échecs / Bertina Henrichs

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:resu:

Eleni, femme de chambre dans un hôtel grec, se laisse porter par une vie familiale terne et sans saveur. D’un tempérament flegmatique, peu ambitieux et rêveur, cette dernière va bientôt s’animer en découvrant, dans la chambre d’un jeune couple parisien, un grand échiquier où s’étale une partie inachevée.

Eleni, vivifiée à la vue de ce jeu, s’enthousiasme à l’idée d’en offrir un à son époux Panis à l’occasion de son anniversaire. Confrontée à l’évidente indifférence de ce dernier pour son cadeau, cette femme va entreprendre d’assimiler les règles du jeu seule et en cachette de tous. Peu à peu, va naître en elle une passion pour les échecs, passion qui indisposera violemment Panis une fois averti de la nouvelle…
:avis:

J’ai cru que ce roman pourrait me plaire puisqu’il abordait une thématique afférente à celle de La fenêtre panoramique, à savoir, la routine familiale. Cependant, ce livre est loin de traiter le sujet de la même manière… Pour commencer, l’univers psychologique des personnages est extrêmement moins fouillé dans La joueuse d’échecs que dans le roman de Richard Yates…

Les romans qui proposent des aventures sans creuser la personnalité des personnages ont généralement propension à me lasser, ce qui fut royalement le cas de celui-ci.

Ce récit m’a paru lent1 et insipide à l’image de l’Eleni qu’il nous est permis de rencontrer au début du livre. Malheureusement, sa petite résistance révolutionnaire (à l’égard de son mari, mais aussi de tout son village qui, un peu comme dans La Méthode Mila, demeure résolument réfractaire aux dispositions intelligentes et aux penchants culturels – Quelle idée !) ne permet en rien au roman de s’élever.

Ce fut une lecture pour laquelle mes yeux n’ont daigné faire qu’effleurer chaque page dès la moitié du livre…

Avant de commencer le roman, je m’enthousiasmais à l’idée de visionner le film La joueuse récemment adapté par Caroline Bottaro, mais à présent, j’ai grand mal à visualiser Sandrine Bonnaire dans la peau d’Eleni… Pour l’avoir vue jouer à plusieurs reprises le rôle de personnages anxieux, nerveux, et presque trop dynamiques, je ne trouve pas que l’actrice et la joueuse d’échecs puissent faire un à l’écran…

Je tâcherai tout de même de me procurer le film de manière à rendre cette idée concevable…

Et vous, qu’en avez-vous pensé?

  1. La joueuse d’échecs est un livre truffé d’imparfaits, ce qui rend la progression du livre infiniment lente et éreintante… []

Revolutionary Road / Richard Yates

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:resu:

Lorsqu’elle a rencontré Frank Wheeler, April prétendait qu’il était l’homme le plus intéressant qu’elle avait jamais rencontré. Ambitieux au départ, ils se sont mariés, ont eu deux enfants et se sont petit à petit laissés couler dans cette routine d’une « désespérante insignifiance ».

Le roman ne débute qu’au moment où « le vide sans espoir » commence à se faire sentir et détester. Le couple, en proie à une crise manifeste, s’enfonce alors tangiblement… Jusqu’à ce qu’April trouve la solution à leurs problèmes : l’émigration. Elle propose à Frank de tout abandonner (son emploi insipide, leurs amis – si tant est qu’ils puissent qualifier Shep et Milly Campbell de la sorte – et leur bourgade ennuyeuse) pour aller habiter à Paris, pour pouvoir s’affirmer…

Ce roman, acide, fait pleins feux sur la crise de la quarantaine et décrit des personnages fondamentalement humains, souffrant d’un mal existentiel patent.
Il décrit brillamment la vaine lutte contre le conformisme d’un jeune couple, révèle le douloureux choc des personnalités, l’inertie qu’impose un ménage et l’érosion des rêves, sa résultante.
:avis:

J’ai, comme beaucoup, fait les choses à l’envers en allant voir le film avant de découvrir le livre. J’ignorais à vrai dire l’existence de ce roman lorsque j’ai assisté à la projection des Noces rebelles au cinéma.

Ce film m’a profondément ébranlée. Je pourrais même employer le mot traumatisme sans avoir l’impression d’exagérer. Bref, il a fait vibrer une corde sensible et c’est pour cette raison que j’ai souhaité découvrir l’histoire originale. Néanmoins – autant le dire franchement –  le livre m’a bien moins séduite que le film.

Le roman apporte des précisions concernant la vie et la psychologie des personnages, mais elles ne m’ont, personnellement, rien apporté qui me contente : c’est avec un certain dépit que j’ai été forcée à cerner pleinement la personnalité fourbe et malsaine de Frank Wheeler. Le narrateur se penche essentiellement sur lui, dont on apprend les pensées et ressentis, qui ne peuvent pas, comme dans le film, être soumis à interprétation…

April, en revanche, ne transparaît guère qu’à travers ses actes et ses paroles, hormis à la toute fin… Ce qui manque au livre, c’est l’équilibre des rôles et la suggestivité expressive du film. Lorsqu’on lit les personnages, tout s’écrase. Les perceptions du lecteur se fixent immuablement, contre son gré. C’est pourquoi les personnages m’ont paru plus touchants dans le film : on sent que c’est la douleur au fond d’eux qui est corrosive et non ce qu’ils sont intrinsèquement.

Le film de Sam Mendes arrondit les angles, rend l’essence du livre avec brio, et crée une atmosphère poignante, insoutenable tout en respectant très fidèlement le récit de Richard Yates. Enfin - last but not the least - le jeu des acteurs, l’esthétisme de l’image et de la musique sont aussi fameusement remarquables.

En somme, je reste hypnotisée par l’adaptation de Mendes et la lecture de la Fenêtre panoramique n’a été pour moi qu’un moyen de revivre ces scènes qui, sur grand écran, m’ont littéralement retourné les tripes. Il s’agit de merveilles – le roman a fortiori – dont seule la forme fait la différence. A mon sens, cette œuvre est viscéralement abominable et absolument magnifique !

Du bruit dans les arbres / Christian Garcin

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« Ils vont sonner et sans leur demander de décliner leur identité je vais ouvrir. Ce sera très bref, je les accueillerai en leur disant que je n’ai rien à dire, que je vais mourir bientôt, qu’il n’est rien dans ma vie que je regrette, aucune action, aucune parole, et là chacun reconnaîtra les siens, et que tout se trouve dans mes livres. Je leur dirai que rien aujourd’hui ne me semble avoir plus d’importance que le bruit du vent dans les arbres, que la seule chose au monde que je regretterai à l’instant où j’en terminerai avec cette comédie de la vie ce sera cela. »

:resu:

Norwich Restinghale, un vieil écrivain acariâtre, a publié son dernier roman et s’apprête à répondre à l’interview d’un journaliste et d’un photographe qui ont tous deux eu des interactions difficiles avec celui-ci par le passé. Chacun, avec sa part de rancœur ou de tristesse s’exprime face à l’évènement à venir (l’interview) et relate ses impressions ainsi que les souvenirs que leur évoque cette délicate situation, synonyme d’affrontement du passé.
:avis:

Du bruit dans les arbres est un récit à trois voix. Tour à tour – chapitre après chapitre -, Paul, Georges et Norwich Restingale prennent la parole et exposent leurs points de vue par rapport à leur situation actuelle et au passé.

J’ai trouvé que la plume de Christian Garcin était assez inconstante : certains passages sont coulants et esthétiques, d’autres passablement ennuyeux.

Malgré ce manque d’homogénéité stylistique, je ne déplore en réalité qu’une chose : que les trois intervenants s’expriment exactement de la même façon : seul le contenu de leur discours permet en effet d’éviter de les confondre. Norwich Restingale se détache un peu, mais Paul et Georges sont largement confusionnels : on a l’impression d’être confronté à deux hommes dont les personnalités ne se distinguent pas, qu’il s’agit donc d’un seul homme qui aurait vécu deux vies différentes, en quelques sortes. Bien sûr, ces trois prises de paroles sont le fruit d’un seul auteur, mais J. Safran Foer avait prouvé à travers Extrêmement fort et incroyablement près que la variation de style n’était pas impossible, d’où ma déception et mon exigence…

Un autre point négatif : l’auteur se lance des fleurs par l’intermédiaire de Georges, qui vante les mérites de la prose de Norwich Restingale dont on lit, au milieu du roman, deux extraits de sa production littéraire1. Ces éloges pourraient à la rigueur passer inaperçus si les extraits en question  n’étaient pas – selon moi – les deux chapitres les plus mal fichus du bouquin. Alors quoi? Immodestie ou maladresse?

Par moments, j’ai toléré le livre et, à d’autres, je l’ai savouré. J’ai notamment ressenti un petit frisson électrique lorsque j’ai parcouru les dernières lignes du livre… Mais une jolie fin ne suffit pas à procurer un assentiment définitif…

Malgré que ce roman ne m’ait pas déplu, je crains de voir s’envoler le souvenir de tout ce qu’il contenait en un rien de temps.
J’ai transcrit cinq très beaux extraits dans mon carnet de citations, et je me contenterai de ceux-là sans regretter le reste.

PS : L’éditeur vend son bouquin en annonçant sur la quatrième : Un roman polyphonique drôle et cinglant, sans concession, ni pour l’université, ni pour la critique. Détrompez-vous, ce roman est polyphonique mais les qualificatifs qui suivent m’ont paru tout bonnement inadaptés.

  1.  « Il était un très grand poète » (p. 84) []