Archive pour le Tag 'amour'

Nos vies rêvées / Barbara Israël

:3:
:stop:

« Mon coeur se froisse, je vais encore devoir affronter la glace de cette putain de solitude. L’insupportable solitude. » (p. 221)

:resu:

Après quinze années de vie commune avec son conjoint Alex, Betty se fait quitter. Elle est éplorée et n’a plus que son ami Zeno – grand buveur et cocaïnomane avec qui elle a monté un groupe de musique – sur qui compter…

Ce roman entend, de façon plus générale, aborder le deuil de la jeunesse par l’affrontement de cuisantes désillusions…

:avis:

Deux motifs ont concouru à l’achat de cet ouvrage : le post-it « Conseillé par les libraires » qui le recouvrait ainsi que sa couverture, originale et esthétique (il m’arrive encore de flancher devant les arguments « marketing », je me soigne).
Accessoirement, j’avais comme présupposé que les éditions 10-18, à l’instar d’Actes Sud, ne publiaient que de bons romans. Enfin, j’étais à mille lieues de penser que Barbara Israël était une auteure française… Que de pièges et de méprises en perspective !

Je n’ai pas su venir à bout de ce roman. À cela, plusieurs raisons :

- l’intrigue du roman est quasiment inexistante (une demoiselle se fait larguer et se morfond),
- la construction de ce livre m’a paru très confuse (au moins jusqu’au chapitre 5, où j’ignorais si Betty rêvait de sa relation avec Alex ou si elle essuyait une rupture après avoir partagé son toit avec lui pendant quinze ans (pas de transition, pas d’élément éclairant, j’étais royalement paumée)),
- l’écriture m’a semblé expéditive et d’une crudité qui n’était pas faite pour me convenir (langage oral, parfois vulgaire)…

« Putain, qu’est-ce qu’il est con ce mec ! Si ça continue, je vais me barrer ! Je gèle, moi, peste Zeno dans mon-oreille-carrément-d’accord. » (p. 14)

- le langage employé m’a parfois laissée dans l’incompréhension…

« Zeno a proposé de me charrier sur son Ciao* » (p. 91) ; « [...] t’as fait rentrer quarante pétasses et cinquante acteurs, qu’est-ce qu’on a, faut te donner notre CV? hurle-t-il au physio* » (p. 15)

- le tempérament de la narratrice m’a exaspéré dès les premières pages et ce, de façon irrémédiable : juvénile voire futile malgré ses trente-cinq berges, pathétique, revêche, insolente, gratuitement méchante, égocentrique : rien qui donne envie de continuer à faire sa connaissance…

« Je jauge « La Bijou » d’un regard moqueur en espérant qu’il va le remarquer, se sentir percé à jour, blessé par ce regard méprisant mais hautement estimable qui est le mien. » (p. 92)

- la peine de Betty m’a semblé passablement inconsistante et donc irréaliste,
- et, enfin, ce roman se veut humoristique pour contrecarrer, sans doute, l’aspect tragique de la situation de Betty, mais l’humour de Barbara Israël ne m’a malheureusement pas fait ciller le moins du monde…

« Il est rassurant de constater qu’une idiote dans son genre soit si consciente que B. comme Betty, précède D. comme Diane… comme Débile, Déclin, Défunte, Dulle, Doche, Drosse, Darce, Douf, Diane, comme Dauvre Disérable Donnasse ! Je vais D’écraser comme une Douche ! » (p. 25)

Nos vies rêvées ne correspond pas du tout à mes attentes littéraires et, si je ne me suis pas ennuyée, j’ai eu l’impression, en lisant ce livre, de voir passer un OVNI qui rasait le toit des maisons en faisant un bruit de canard sur un tracteur. En des termes moins métaphoriques : décalé et baroque. Il y a des gens qui aiment ça…

« Impressionnant ! je lance, en faisant les gros yeux d’un mérou décédé. » (p. 19)

:SC: :BB:

D’autres prendront nos places / Pierre Noirclerc

:6:

« Je crois que nous venons tous au monde avec des désirs de perfection qui s’amenuisent au contact de la réalité. Quand la vie vous met à genoux faut bien revoir ses ambitions à la baisse. » (p. 220)

:resu:

Pierre n’a pas la trentaine. Il est sans emploi et célibataire. Il quitte le logis parental et les tensions familiales pour s’installer à Paris où il espère trouver un job plus facilement.

Dans son modeste quinze mètres carrés à 600€ où des rats ont élu domicile, Pierre vit un quotidien peu glorieux : entre les recherches d’emploi peu fructueuses, les rencontres insolites, l’ennui et l’alcool à son continuel secours, notre narrateur s’enlise doucement.

D’autres prendront nos places raconte la vie d’un Parisien désenchanté. Mais tout arrive à qui sait attendre…

:avis:

Entre les déboires sentimentaux, la recherche d’emploi compliquée et l’alcool où se noie son narrateur, on pourrait s’attendre à ce que Pierre Noirclerc nous délivre ici un livre1 franchement déprimant et pourtant, il n’en est rien.

Notre auteur s’en tire en effet habilement par le cynisme qu’il distille dans les courts chapitres (2 à 7 pages) qui constituent son ouvrage.

Ce livre, très contemporain de par son style et les problèmes de société qu’il évoque (Internet et la crise de notre siècle – à commencer par la « pénurie » d’emploi – prennent ici une grande place) m’a interpellée çà et là par les justes réflexions qu’il soulève…

« On parvient à survivre tant qu’on ne se compare pas aux autres. Ce n’est qu’à ce prix qu’on réussit à se supporter soi-même. » (p. 179-180)

« Le début comme tous les débuts n’était pas si désagréable. Ce n’est que lorsque les choses trainent en longueur qu’on commence à s’en lasser et à les percer à jour. Il en est ainsi pour n’importe quel job, il en est ainsi pour n’importe quelle histoire d’amour. » (p. 185)

Pierre Noirclerc fait non sans dérision le procès du paraître/des faux semblants, de la déshumanisation de la société, etc. Son personnage est réaliste, distant (désabusé?) et ne manque jamais de mordant (humour noir… criard) pour appréhender le monde qui l’entoure.

« L’électricité est une invention géniale. On s’en sert pour ôter la vie des gens et aussi pour les concerts de rock. » (p. 58)

Je suis rentrée dans ce livre avec rapidité et facilité (Noirclerc use d’un style proche du langage oral que j’ai trouvé plutôt efficace) mais j’ai déploré deux-trois petites choses : le nihilisme et l’aigreur constante (fatigants à la longue), l’absence d’espérance (même dans les dernières pages, abruptement dures même si chargées d’une mélancolique amertume assez poétique, en fin de compte), le manque d’ambition qui caractérise le narrateur (comme une envie de le secouer comme un prunier, par moments !) et la crudité de certains passages (impossible de les lire sans piquer un fard dans les transports en commun !).

En définitive, une lecture agréable entrecoupée de sourires amusés, plusieurs réflexions pertinentes reflétant avec justesse la mentalité de notre société actuelle, mais pas un coup de cœur en ce qui me concerne !

Je remercie 2 – et plus particulièrement Roxane, sans qui je n’aurais peut-être jamais pu découvrir ce livre – de m’avoir proposé ce livre en partenariat !

  1. Roman ou autobiographie? Rien ne le dit. Troublante est pourtant la coïncidence entre les prénoms de l’auteur et du narrateur, leur âge et leur lieu de résidence… []
  2. Le livre de Pierre Noirclerc a été récompensé en 2011 par le prix Welovewords. []

L'éclipse / Serge Rezvani

:5: :stop:

« Car mon-notre réel est devenu un cauchemar dont je sais qu’il ne porte en lui aucune chance de réveil. » (p. 17)

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Serge Rezvani nous raconte ici son douloureux parcours aux côtés de sa compagne Danièle qui a été prise en otage par la maladie d’Alzheimer. Quand le livre commence, ils sont chez le neuropsychiatre parce qu’elle est déjà la proie de trous de mémoire et de distractions qui laissent présager le pire…

Alimentant le journal que sa femme malade aurait dû remplir pour entretenir sa mémoire en fuite – chose à laquelle, fière, elle s’est résolument opposée dès que fut identifiée sa pathologie -, Serge Rezvani expose ici la relation qu’il entretient avec sa compagne au présent – un présent toujours plus difficile à vivre – et revient sur leur passé dont il est terriblement nostalgique…

Ce livre témoigne de la souffrance et de la solitude qu’impose la maladie d’Alzheimer tant au malade qu’à celui qui l’accompagne…

« Comme il m’est difficile de garder assez d’amour en moi pour ne pas m’effrayer de cette nouvelle femme qui émerge de la femme tant aimée devenue d’autant plus méconnaissable que tout d’elle est encore là mais sans elle ! » (p. 15-16)

:avis:

La plume de l’auteur est très esthétique et travaillée. Mon carnet de citations aura été noirci de plusieurs passages de ce livre qui charrie avec force la souffrance, l’incompréhension, la colère parfois, mais avant tout l’amour que porte Serge Rezvani à son aimée Danièle.

« Mais elle, aujourd’hui, qu’entend-elle de cette musique lente et profonde, de cet adagio disant un impensable jamais plus ? Pleure-t-elle intérieurement comme moi-même je nous pleure ? … » (p. 87)

Toutefois, ce témoignage regorge de tristesse. Si elle est parfaitement légitime et compréhensible, j’avoue n’avoir pas pu terminer ce livre qui, après 120 pages devient assez répétitif et s’essouffle par son pesant de désolation…

Un autre bémol : cette façon qu’a Rezvani de vénérer avec une redondance passablement assommante la feue Intelligence de sa compagne1.

Plus qu’un témoignage, ce livre est la preuve d’un incommensurable amour.  Il pèche seulement par sa longueur et son côté larmoyant et répétitif…

Serge et Danièle Rezvani.

NB : Peintre, écrivain et auteur-compositeur de chansons, Serge Rezvani écrivit les paroles de J’ai la mémoire qui flanche, une chanson qu’interpréta Jeanne Moreau dans les années ’60.

:SC: :BB:

  1. « Je parle en dedans avec celle d’avant, si intelligente, si rapide intellectuellement… » (p. 54), allusions équivalentes aux pages 10, 34, 48, 55, 113 (liste non exhaustive). []