Archive pour le Tag 'alcoolisme'

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Wisconsin / Mary Relindes Ellis

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« [...] mieux vaut vivre avec ses blessures que mourir étouffé dans sa coquille. » (p. 229)

:resu:

Face à l’alcoolisme, la perfidie et la violence de son père, James Lucas, 18 ans, n’a pas trouvé d’autre alternative pour fuir les tensions du foyer familial et mettre une correction à son géniteur que de s’enrôler dans les marines.

« Pourquoi avais-je ignoré la lueur hagarde dans ses yeux fixés sur la boîte verte, la violence presque démente de son rire? Quelle gloire pour lui de partir ainsi, en humiliant son père comme celui-ci l’avait humilié ! Il allait s’engager dans l’un des corps les plus rudes de l’armée. Il irait à la guerre et, avec cette confiance propre à la jeunesse, il s’imaginait en revenir non seulement indemne mais aussi en héros couvert de médailles. Il rentrerait en soldat tombé à terre au combat, pas à la suite d’un plaquage pour marquer un essai sur une pelouse impeccable. Non content de faire honte à son père, il deviendrait son opposé en tout point : un homme d’honneur dont les actes méritaient le respect. » (p. 139-140)

Lorsque Bill, son frère, et les Morriseau, leurs voisins, apprennent cette effroyable nouvelle, le départ de James est imminent et le raisonner n’est hélas plus permis…

Bill, le cadet âgé de 8 ans, est amené à survivre à l’absence de son frère pour qui il éprouvait une grande fascination en dépit de la férocité/bêtise1 dont il pouvait parfois faire preuve. L’enfant se retrouve seul auprès de sa mère qui n’est que chagrin, désespoir et, dit-on, folie… L’un et l’autre ne vivent plus que de l’attente des lettres de James et de la peur que John, le père de famille, regagne la ferme pour les inonder de son insondable cruauté.

« Quel enfant ne renverserait pas son verre de lait, ne ferait pas pipi dans son pantalon ou au lit, ne manifesterait pas son malaise dans une maison où les menaces fusent continuellement, jusqu’au moment où un poing vient les concrétiser? » (p. 225)

Les fondations de leur vie ne font que s’effondrer un peu plus lorsque deux lieutenants viennent annoncer à Claire Lucas, la mère, que James a disparu et vraisemblablement péri en combattant au Vietnam…

Parallèlement, Ernie et Rosemary Morriseau, les voisins – un couple bienveillant qui souffre de n’avoir pas pu avoir d’enfants – digèrent bien mal la disparition de James et le fait que Bill ne vienne plus jamais leur rendre visite.

Wisconsin relate le repli et la profonde souffrance de deux familles puis, enfin, leur redressement solidaire…
:avis:

Vous risquez bien de me faire remarquer une fois de plus que mes tags ne sont pas des plus réjouissants… Il est vrai que cet ouvrage cultive le tragique et renferme un condensé de douleur difficilement surpassable, mais je ne sais pas s’il est misérabiliste. Bien que gorgé de sanglots/Malgré qu’il creuse longuement au point de toucher le fond, il présente une issue favorable et distille son émotion avec parcimonie, offrant un tout sans excès et, à mon sens, joliment maîtrisé. Comme l’a on ne peut plus justement exprimé Sentinelle, il ne présente « aucun déterminisme inéluctable mais la possibilité de se libérer de son passé, même si le chemin est aussi escarpé qu’éprouvant ».

Dans un premier temps, ce roman m’a un peu décontenancée. Alternant tour à tour la troisième du singulier et la première par laquelle s’expriment aléatoirement Bill, James, Claire, Rosemary, Ernie ou John, Wisconsin a semé en moi une certaine confusion avant que je trouve dans cette narration atypique un rythme, une respiration qui le rendent à la fois vivant et captivant.

Comme Amanda, ce livre m’a absorbée. Il y a longtemps, je crois, que je n’avais plus éprouvé d’envie pareillement tenaillante de retourner à ma lecture quand les impératifs du quotidien m’y arrachaient.

On s’attache à Bill, ce petit garçon sensible qui recueille dans sa chambre tous les animaux souffrant, celui qu’on voit maintes fois combattre des êtres imaginaires, armé d’une épée en bois et vêtu d’une carapace de tortue qui fait office de bouclier. On s’attache à James, l’adolescent rebelle mais protecteur qui est amené à constater, à des milliers kilomètres de son foyer, combien les mots peuvent manquer pour dire je t’aime. On s’attache à Claire qui trouve en la terre et en la nature qui l’entoure2 une véritable alliée pour ne pas sombrer définitivement dans la folie. On s’attache à Ernie et Rosemary Morriseau, le couple d’Indiens dont l’altruisme et la pudeur sont sans limites. On s’accroche même aussi à Angel, leur chien, dont la vie abrupte a quelque chose de marquant…

« Je me demande toujours comment certaines personnes survivent aux épreuves de la vie – aux guerres, aux maladies, aux liaisons, aux rumeurs, au chômage, à l’alcoolisme, à leur conjoint, à leurs parents, à leurs enfants voire à l’absence d’enfants. Ou, quand je pense à Angel, comment les animaux font pour ne pas dépérir, réduits comme ils le sont à la merci des humains. Comment ils parviennent encore à manifester ce que nous prenons pour des marques d’amour à notre encontre. » (p. 431)

Ce roman est dense, il brasse de nombreux sujets. Il dépeint des personnages tout en nuances et offre une histoire savamment construite qui suit son cours des années 1967 à 2000. Pour un premier roman, Mary Relindes Ellis a fait preuve d’une maîtrise exemplaire et j’espère sincèrement qu’elle en publiera d’autres.

« Combien de fois mon mari lui avait-il agité ces décorations sous le nez en insinuant d’une voix rendue pâteuse par l’alcool que lui ne serait jamais à la hauteur de ce qu’elles représentaient? Au cours de ces scènes  pénibles dont j’étais le témoin déchiré, j’adressais des clins d’oeil à mon fils quand son visage crispé s’empourprait, et j’articulais en silence : Ignore-le ! » (p. 137)

Wisconsin a du chien. Plus j’y pense, plus j’ai l’impression que ce livre va me laisser un souvenir impérissable…

Vous pouvez lire aussi la critique très complète et juste d’In Cold Blog, dont je partage les impressions.

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Cette lecture rentre dans le cadre du challenge « 100 ans de littérature américaine ed. 2011″ et du challenge « Petit bac », catégorie « Lieu » (6/7)

:SC: :BB:

  1. Dès le premier chapitre, on le découvre tour à tour en train de massacrer une tortue et de suspendre son petit frère par-dessus la rambarde d’un pont. Heureusement, James a aussi de nombreuses qualités, il est un être nettement moins manichéen que son propre père… []
  2. Les paysages sauvages du Wisconsin prennent ici une place importante, donnant au lecteur l’impression de tout voir comme s’il y était ! Superbe. []

Un mensonge sur mon père / John Burnside

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« Demain, me dis-je, la situation redeviendrait normale. Il s’écoulerait encore un certain temps avant que je me rende compte qu’en dépit des efforts de ma mère, ou des nôtres, il n’y avait jamais eu de situation normale à laquelle revenir. » (p. 103)

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Un mensonge sur mon père est un récit autobiographique. John Burnside y relate sa jeunesse1 aux côtés d’un père alcoolique, menteur et passablement violent.

Dilapidant ses paies à la gnôle et aux jeux, Tommy, le père, maintient indifféremment sa famille – une épouse, deux enfants – juste au-dessus du seuil de pauvreté. Il multiplie les déménagements pour des foyers toujours plus modestes non sans se contenter de pouvoir fréquenter de nouveaux pubs dans l’anonymat le plus complet…

En dépit du dégoût et du désespoir que lui inspire le sabordage familial auquel s’emploie son époux, Tess, la mère de John et Margaret, s’acharne opiniâtrement à maintenir l’unité familiale.

Mais en grandissant, John voit de plus en plus clair dans le jeu de son géniteur par les humiliations et l’hostilité dont il devient la victime privilégiée. La haine croissante éprouvée à l’égard de son père le conduira d’ailleurs à préméditer un meurtre…

Il décide finalement de s’enfuir de chez lui, obsédé par le désir de ne plus jamais revoir son paternel. C’est alors que John bascule dans le piège des assuétudes (drogues et alcool)… Par son autodestruction, le fils se rend très proche de celui dont il espérait s’éloigner tant physiquement que psychiquement…

Un mensonge sur mon père raconte cette vie navrante que John Burnside ne pourrait décemment livrer ni à un autostoppeur curieux et candide (la préface) ni à son fils (épilogue). Ce récit est avant tout une analyse introspective, mais il fait office, aussi, de dernière lueur d’espoir pour faire jour sur un lien filial qui demeura quasi inexistant…
:avis:

[ En acquérant ce livre, j'ignorais qu'il contenait une autobiographie. Je ne suis pas à l'aise quand il s'agit de critiquer ce type d'ouvrage2. Ça me parait toujours très délicat mais, qu'on se le dise, je fais part de mon ressenti à la lecture du récit et ne juge en rien l'auteur ni sa famille. ]

J’aurais pu prétendre avoir aimé ce bouquin si je n’en avais lu que la moitié.

J’ai effectivement noté une flagrante différence entre le ton et le contenu des 200 premières pages du livre et de ses 200 dernières pages.

Si j’ai globalement apprécié la première partie du récit, où l’on découvre les questionnements et considérations d’un enfant éveillé, portant sur le monde qui l’entoure un regard juste et plein de lucidité, j’ai en revanche eu de grandes difficultés avec la seconde partie, lorsque le « narrateur » se laisse emporter par une consommation excessive de drogues dures.

Quoi qu’il en soit, après avoir lu la première moitié du bouquin, je ne savais toujours pas qu’en penser, ce qui témoigne du fait que cette lecture a pour moi soufflé en permanence le chaud et le froid.

En fait, je m’étais attendue à lire une réalité beaucoup plus noire/impressionnante quant au père, à son alcoolisme, son imprévisibilité, ses colères, … Bien sûr, les faits et sentiments qui sont décrits dans ce livre sont durs, mais je l’ai vécu en restant, tout au long, sur le pas de la porte de la maison d’à côté. J’espérais être secouée comme un cocotier, j’aspirais à affronter le mal avec l’auteur et me soumettre en le lisant à une sorte de catharsis. Et il n’en fut rien, malheureusement, parce que je suis restée détachée du récit, externe à la vie saccagée de ses intervenants.

Quant à la seconde partie du livre, elle m’a douloureusement déconcertée. Je m’étais préparée à une dénonciation des ravages qu’est capable de causer l’alcool, mais certainement pas à une longue et lente chute du narrateur – autrefois sensé – en compagnie des LSD, barbituriques, amphétamines, speed, cocaïne et autres substances… d’autant qu’il s’exprime là de façon épouvantablement plus démonstrative3 que dans la première partie du livre ! …

Malgré que j’aie relevé de grandes forces dans ce livre, à commencer par la maîtrise avec laquelle l’écrivain manie le verbe et la précision dont il fait preuve dans son analyse des sentiments et relations familiales…

« Je m’étonne, avec le recul, que mon père ait pu penser que son problème d’alcoolisme était un secret. Tout le monde savait. L’enfant que j’étais le comprenait, tout en marchant dans la rue principale de Cowdenbeath, à la façon dont les gens se comportaient vis-à-vis de ma mère, témoignant respect et pitié en à peu près égale proportion, l’admirant pour la ténacité avec laquelle elle maintenait l’unité de la famille, mais la plaignant aussi, et la méprisant peut-être un peu, cette femme qu’un manque de perspicacité avait non seulement conduite au désastre qu’était sa vie, mais l’y maintenait, les yeux bandés, illusionnée, dans l’inutile espoir d’un quelconque changement. » (p. 80)

… je déplore de m’être, par moments, ennuyée à la lecture de cet ouvrage. Certains passages m’ont semblé longuets et la récurrence de l’expression les resserres de mon imagerie personnelle et de l’adverbe rétrospectivement - lus respectivement pas moins de sept fois, je crois – ont gâché le ravissement que suscitait l’esthétique du style propre à John Burnside.

Ce livre, fataliste, lucide et pénétrant, est dénué de pathos. Il est, par certains aspects, riche d’enseignements. Il met implicitement en avant les contradictions de l’esprit humain, la complexité des relations, la souffrance engendrée par l’absence d’un père, …

A la rédaction de cette dernière phrase que j’ai voulue objective, je perçois avec la même conviction qu’à ma lecture des premières critiques qui ont fleuri au sujet de ce livre sur la blogosphère, qu’Un mensonge sur mon père aurait dû me plaire… mais force est de constater que je suis passée un peu à côté :(

En définitive, je pense que John Burnside est un auteur à découvrir, mais peut-être plus volontiers avec un autre ouvrage en ce qui me concerne. Un roman? Des avis? …

  1. Depuis l’âge de 7 ans jusqu’à 20 ans, environ. []
  2. Je me sens toujours gênée de prendre et de juger tout écrit qui renferme une vie, des sentiments, comme s'il s'agissait là de trahison ou de rupture de confiance. Mais faire don de sa vie à un public, c'est toujours s'exposer à la critique. Puisque - je parle ici au nom du lecteur - mettre sa subjectivité en sourdine n'est pas possible, je me suis immanquablement fait une opinion au sujet de ce livre... []
  3. L’auteur se focalise, dans cette partie du livre, de façon très répétitive sur la chute, le sacrement, les fantômes, de telle manière que j’ai eu l’impression qu’il avait consommé pour rédiger cette partie du bouquin : peu plaisant… []

No et moi / Delphine de Vigan

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Lou Bertignac a 13 ans et un QI de 160, ce qui lui a valu de sauter deux années scolaires. Entourée de gens plus âgés qu’elle, Lou ne se sent pas à sa place à l’école. Hormis Lucas, la mascotte rebelle de la classe, personne ne lui témoigne d’attention ni d’affection. Au logis familial, un malaise l’incombe également. Depuis que sa mère a sombré dans la dépression, quelques années plus tôt, rien n’a plus jamais été pareil.

Un jour, alors que Monsieur Marin annonce qu’il attend de chacun de ses élèves un exposé oral sur un thème de leur choix, Lou s’affole – elle a horreur de prendre la parole en public -. Prise au dépourvu et peu confiante, cette dernière prétendra vouloir récolter le témoignage d’une jeune femme sans-logis.

C’est ainsi que l’étudiante va faire la rencontre de Nolwenn, une SDF de 18 ans. De rencontre en rencontre, Lou va tenter de lui faire exprimer sa réalité jusqu’à disposer de suffisamment de matière pour réaliser son exposé.
Seulement, l’aventure ne s’arrêtera pas aussitôt la présentation orale bravée, car Lou, en ces quelques instants où elle aura écouté No, aura eu tout le loisir de s’accrocher à son aînée au point de vouloir la sortir de la rue, au point de vouloir la sauver…

No et moi aborde les délicates thématiques des sans-abri, de l’alcoolisme, de la délinquance, de la prostitution, de la dépression, de la solitude, de l’abandon, de l’amour et de l’amitié.
:avis:

Malgré les thématiques scabreuses que ce livre traite, No et moi se boit comme du petit lait. Composé de chapitres très courts, on en tourne les pages sans même s’en rendre compte. Divertissant et léger de par les réflexions à la fois pertinentes et déconcertantes de Lou, ce roman se découvre avec beaucoup de plaisir.

L’écriture de Delphine de Vigan est légère, féminine, rapide, épurée. L’auteure touche avec simplicité tout en abordant des sujets lourds de raisons et de conséquences…

Je n’ai eu à déplorer que…

  1. le nombre de marques que l’auteure s’est permise de citer (Converse, Benetton, Eastpak, H&M, Pimkie, …). – J’ai cru comprendre, par la suite, qu’il ne s’agissait peut-être que d’un jeu de mise en forme pour mieux marquer l’antagonisme de l’aisance VS la précarité, mais cette façon de faire m’a quelque peu pesé à la lecture des premières pages…
  2. la toute dernière page – sirupeuse (!) – mais je suis une mère pisse-vinaigre, ce n’est pas d’aujourd’hui ! :p

Ca n’en est pas moins1 un roman agréable.
Merci à Julinou de me l’avoir conseillé :)

  1. Très laide expression, mais elle n’en est pas moins française. Enfin je crois? []