Le jour et l'heure / Guy Bedos

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David, père de trois enfants (adultes) souffre d’un cancer et de son mal au monde : les travers de l’humanité le rongent, les affres du temps l’effraient. Pour alléger ses semelles de plomb, David épanche sur le papier sa colère, ses déceptions, sa mélancolie, ses angoisses. L’accent étant mis sur sa mort – il revendique le droit de se la donner -, Alexandre, son fils, après avoir découvert ses états d’âme, prend peur et, afin d’empêcher son père de s’éteindre prématurément, s’immisce dans ses écrits, entreprenant un échange épistolaire…
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C’est après avoir vu Guy Bedos parler de son roman dans une émission télévisée que l’envie de le lire m’a pris. Je me faisais une joie de découvrir ce livre, mais je suis restée un peu sur ma faim. J’ai sans doute espéré un vrai roman, une réelle autobiographie ou un véritable essai, mais en tout cas, pas un mélange hybride des trois.

En effet; ce livre ne revêt pas la dimension d’un roman. L’ouvrage n’est à mon sens qu’un prétexte de l’auteur pour mettre en avant bon nombre de ses réflexions et critiques vis-à-vis de la société actuelle. Il en profite pour blâmer essentiellement le manque d’ouverture et de tolérance de son pays, la France, à l’égard du suicide et de l’euthanasie.

Bedos l’a déclaré dans une interview, cette fiction ne le met pas lui-même en scène. Il n’en est pas moins vrai que le personnage principal lui ressemble néanmoins étrangement.  La raison pour laquelle David et Guy Bedos semblent se confondre relève du fait que les réflexions, opinions du narrateur sont typiques à la mentalité de l’auteur lui-même. J’ai donc eu l’impression de lire là une autobiographie partielle ou une pseudo-autobiographie. A ce propos, ce qui me fut le plus dérangeant, au cours de cette lecture, fut d’ignorer où s’écartaient la fiction et la réalité ; de me trouver dans l’incapacité de deviner ce qui appartenait à la vie ou à la personnalité de l’auteur-humoriste.

Si l’échange épistolaire était pour Bedos le meilleur moyen de se rendre lisible par ses lecteurs (sans ce procédé, le livre n’aurait été que réflexions en tous genres et aurait davantage ressemblé à un essai qu’à un roman), j’estime qu’il ne l’a pas employé de manière suffisamment efficace : bien qu’amatrice de livres construits de cette manière, le switch de l’un à l’autre destinataire m’a, pour ma part, beaucoup ennuyée, et ce pour deux raisons : d’abord, parce que David ne fait jamais suite aux lettres de son fils durant les soixante premières pages, poursuivant de la sorte un monologue pour le moins abrupt ; et ensuite parce que les redondantes déclarations plus que démonstratives de son fils Alexandre (des « papa, je t’aime » en veux-tu, en voilà) m’ont rendu ses prises de paroles dégoulinantes et agaçantes.

Cependant, les opinions et les humeurs du narrateur principal m’ont été assez agréables à découvrir, même si la forme utilisée pour les exprimer y fut souvent pour beaucoup…

On lit Bedos comme on l’entend. Dans tous les modes d’expressions qui soient, il reste l’homme vrai, grinçant et caustique que nous connaissons. Il est touchant dans sa façon d’exprimer – semblerait-il avec une grande sincérité – l’amour qu’il porte à ses enfants (serait-il possible d’écrire aussi juste si les sentiments du narrateur n’étaient pas ceux de l’auteur?). L’authenticité de Bedos transpire tant à l’écrit qu’à l’oral et c’est un véritable plaisir.

Le jour et l’heure est une lecture étrange, dont j’ai beaucoup de mal à parler. Ce livre, on le lit vite et facilement, mais sans avoir nécessairement envie de le continuer après l’avoir interrompu (ni envie, ni pas envie). Une fois terminé, je n’en garde qu’un souvenir assez confus : « trop de tout et de pas assez à la fois », tel est le vague et indescriptible ressenti qu’il me reste après lecture de ce bouquin. J’aime lire Bedos, surtout son style, mais ce que j’aime bien davantage, c’est de l’entendre parler de ce qu’il fait, de ce qu’il produit, de ce qu’il pense, et de qui il est. Quand on l’interroge lui, il n’y a pas de doute : ce n’est pas David qui parle, ni Alexandre : c’est Bedos. Et ça, c’est bien !

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La voyageuse de nuit / Françoise Chandernagor

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« Il manque des temps au verbe « mourir ». Des temps pour conjuguer toutes les étapes de l’agonie, des temps que les enfants rétablissent à juste titre : « maman a mouru longuement… Maintenant elle est morte : situation stable. »

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Katia, Véra, Sonia et Lisa Le Guellec, filles d’Olga, possèdent chacune leur histoire, leurs vérités, leurs secrets. Les quatre filles se relayent au chevet de leur mère mourante et font face à l’agonie de leur mère. Elles l’accompagnent et la soignent, tandis qu’Olga l’inflexible se mure dans un silence austère, difficile à vivre. Confrontées à cette situation délicate, les Le Guellec revivent leur enfance, leur adolescence ; expriment leurs souvenirs, exorcisent les blessures du passé et petit à petit, mettent au jour les maux des temps présents.
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C’est à travers son roman La Chambre que j’ai eu l’occasion de découvrir Françoise Chandernagor. Ce livre m’avait ravie sur le plan stylistique.

Bien que l’auteure soit reconnaissable de par sa plume et son genre dans La voyageuse de nuit, ce roman me fut difficile à « ingérer ». En effet, celui-ci demeure considérablement long dans la narration de la souffrance et de l’agonie. Le récit se veut lourd, tragique, oppressant. Tellement oppressant que l’on ne sort pas de cette lecture indemne… Malgré tout, Chandernagor excelle toujours de la même manière à décrire la noirceur et la souffrance. Elle sculpte le ressenti de ses personnages avec précision, à l’aide de phrases percutantes et magnifiques.

Ses histoires assomment, sa plume ressuscite. C’était long, oui… Mais ce n’est pas par masochisme qu’en arrivant à la fin de ce livre, j’ai éprouvé la frustration de l’avoir terminé… C’est que le cocktail est étrange, subtil, et que des plumes qui m’ébranlent comme la sienne, j’en connais relativement peu…

Chandernagor m’envoûte.

« Ce n’était pas pour mourir qu’elle s’affamait, c’était pour régner : nous réunir toutes autour d’elle : nous enrôler, nous enfermer. Son champ d’action se réduisait ; son empire rétrécissait ; il restait son corps, ce corps qui avait été bon vivant, ce corps qui aimait la table et le lit, ce corps qui avait de l’appétit, lui… Inflexible, elle le contraignit.
Coup double : à travers ce corps qu’elle contrôlait, elle nous contrôlait aussi. Certains jours, il me semblait que si elle avait pu faire rentrer dans son ventre souffrant tous ceux – enfants et petits-enfants – qui en étaient sortis, elle nous aurait emportés dans son voyage… Voilà ce que, « sans le vouloir », elle voulait. » (p. 116-117)

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Masse critique

J’en parlais dans un billet précédent consacré à la bouquinosphère, Masse Critique est une initiative amorcée par les développeurs du site Babelio.

En partenariat avec une trentaine d’éditeurs, Babelio se voit, depuis 2007, régulièrement proposer à ses membres une série d’ouvrages récemment parus ou réédités.

Sont tirés au sort les membres ayant souhaité participer.
Ceux qui ont la chance de voir leur demande exaucée reçoivent le livre de leur choix gratuitement en échange d’une critique sur leur blog (car les membres doivent posséder et alimenter un blog pour répondre aux conditions d’inscription) et sur le site de Babelio endéans le mois qui suit la réception de l’ouvrage.

Pour cette nouvelle édition de Masse critique, j’ai été sélectionnée et j’aurai le plaisir de découvrir Le jour et l’heure de Guy Bedos, qui demeure le premier roman de l’humoriste français… Ainsi, vous saurez à quoi vous attendre, concernant l’une de mes publications du mois ;)

Cet article aurait du servir de buzz avant que l’opération ne soit clôturée, mais d’une part, j’ai manqué de temps pour bloguer et d’autre part -soyons honnête-, j’ai préféré mettre toutes les chances de mon côté pour obtenir le livre que je convoitais (la mauvaise ! :p ) … Du coup, ce billet servira d’information et d’exhortation à la veille pour les fois où l’événement sera réitéré.

En passant, j’en profite pour remercier le précieux hasard et les merveilleux responsables du site Babelio de m’avoir pleinement comblée (je ne lésine pas sur les qualificatifs, ils pourront ainsi y lire l’ampleur de ma joie :D ).

A bientôt.

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