Archive pour la Catégorie 'Lectures'

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Tuer le père / Amélie Nothomb

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« Lis-le, c’est nul. » (Véronique)

« Allez savoir ce qui se passe dans la tête d’un joueur. » (p. 169)

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Joe Whip est un adolescent passionné par la magie. Il partage peu de choses avec sa mère, qu’il trouve égoïste, plaintive et bruyante. Un jour, cette dernière le met à la porte, préférant à la compagnie de son fils celle de son nouvel amant. Lui permettant de subvenir à ses besoins avec mille euros par mois, Joe se retrouve, à quatorze ans, locataire d’un hôtel bon marché pendant une année entière. Il se fait d’autres rentrées financières en réalisant des tours de magie dans des bars où il subjugue les clients.

Bientôt, l’un d’eux remarque l’incontestable talent du garçon et l’exhorte à prendre des cours chez Norman Terence, un professionnel qui habite comme lui Reno, dans le Nevada. Joe se fait accueillir par cet homme et sa femme, qui lui offrent l’hospitalité et la convivialité d’un foyer familial à durée indéterminée et sans rien exiger en retour.

Alors qu’il perfectionne son savoir faire à la magie et à la triche aux côtés de Norman, Joe s’éprend furieusement de la compagne de son maître, Christina, jongleuse de feu1 de dix ans son aînée. Au milieu de ces deux adultes qui le considèrent comme leur fils, ce dernier va préméditer la séduction de sa « mère » et, a fortiori, la trahison de son « père »…

Amélie Nothomb traite ici du complexe œdipien sur fond de magie, de feu, de fête et de drogues.
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Je n’avais pas vraiment apprécié Hygiène de l’assassin mais j’avais promis de ne pas m’en tenir à cette déception et de lire un autre roman d’Amélie Nothomb pour peut-être parvenir à rebrousser chemin dans mon rapport pessimiste à la prose de cette dernière.

Évidemment, la plupart des fans de l’auteure recommandent plus volontiers les écrits de ses débuts : Stupeur et tremblements, Antéchrista, Métaphysique des tubes,

Si j’ai fait la démarche inhabituelle de choisir le roman qu’Amélie nous a pondu à l’occasion de cette dernière rentrée littéraire, c’est parce qu’une personne avec qui je partage des affinités notamment sur le plan littéraire m’a lancé pas plus tard que la semaine dernière : « J’ai fini le dernier Nothomb. Ce livre m’a paru creux, avec une fin tout à faite insignifiante. J’ai envie que tu le lises pour savoir ce que tu en penses. »2 Invitation peu engageante s’il en est, mais j’ai volontiers accepté son prêt pour le seul plaisir de partager avec elle un nouveau débat, animé et émoustillant !

Tuer le père aurait pu me plaire parce que le nombre de dialogues y est nettement moins important que dans Hygiène de l’assassin ; parce qu’il amène une intrigue intéressante – dommage qu’il ne fasse que l’amener – et parce que la paresse3 est communicative : pas mécontente de ne pas avoir dû me fouler à la lecture de cet ouvrage, j’y suis rentrée comme dans un flan.

Coulant et facile à lire, ce roman ne m’a toutefois pas du tout conquise…

« Je suis l’élu d’une arnaque monumentale. »

La principale raison de ma dépréciation est chronologiquement la dernière, car c’est la chute qui m’a le plus fâchée. Amélie Nothomb nous impose, tout au long de son récit, une réalité qu’elle finit par casser, balayer du revers de la main. S’il y a des romans qui vous « manipulent » et vous amènent à croire des choses erronées sans pour autant que les faits qui sont présentés au cours de la lecture soient inexacts4, ce n’est pas le cas de Tuer le père. Ici, l’auteure ne nous propose en effet rien d’autre qu’un tissu de mensonges durant les deux tiers de son récit…

« Le but de la magie, c’est d’amener l’autre à douter du réel. »

Cette phrase, on comprend a posteriori qu’elle doit être lue au propre comme au figuré. Elle amène sans doute le « lecteur partisan » à considérer Tuer le père comme un roman magique. Cependant, des grincheux qui, comme moi, trouvent la démarche de l’auteure d’une grossière facilité ne doutent ni réévaluent le « réel »5. Pour moi, cette tricherie manque foncièrement de professionnalisme et participe à l’écroulement du récit en une fraction de seconde.

Comme l’a, à mon sens, très justement écrit Jérôme Garcin, critique littéraire au Nouvel observateur, ce qu’Amélie Nothomb nous offre là, « c’est seulement la possibilité d’un livre »Tuer le père ressemble à une ébauche à laquelle on aurait joint dix pages écrites précipitamment en guise de fin.

Nothomb distille dans son livre des éléments vendeurs : des phrases courtes, des dialogues, une fin qui tombe comme un couperet/choque/surprend6, un peu de cul et d’interdit. Toutefois, elle m’a paru louper l’essentiel, car cet ouvrage ne génère pas l’ombre d’une émotion. Rien de rien ! La magie qu’on imagine être le sujet phare de ce livre n’est qu’un prétexte, ce serait donc se méprendre que de compter sur un récit magique en l’ouvrant. Aussi, notez que le fameux complexe freudien y est ici largement plus développé, ce qui ne veut pas dire que ce soit pour autant avec finesse ou profondeur…

« – Quand je lui enseigne la magie, il est tellement bizarre, presque effrayant. Il boit mes paroles et, en même temps, je sens qu’il veut me sauter à la gorge et me déchiqueter de toutes ses dents.
– Il t’adore !
– Oui. Il m’adore comme un gamin de quinze ans adore son père. Donc il a envie de me tuer.
– Et toi, tu le considères comme ton fils ?
– Il y a de ça. J’ai beaucoup d’admiration et d’affection pour lui. Quand je pars, il me manque. Quand je reviens, il m’énerve et il m’exaspère.
– Tu as peur de lui.
– Non. J’ai peur pour lui.
– Alors, il est ton fils. » (p. 38-39)

Je ne sais pas ce que valent Les catilinaires, Cosmétique de l’ennemi ou autre, mais je ne suis pas convaincue le moins du monde par la prose actuelle de l’écrivaine : vraiment vraiment trop facile, c’est ce que j’en retiens. A cause de son succès qu’on dirait irrémédiablement acquis, je suis tentée de dédier une pensée compatissante à tous les écrivains qui s’esquintent laborieusement et qui ne trouvent pour public qu’une proportion infinitésimale du sien…

Selon moi, ce n’est pas juste…

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge « Littérature belge ».

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  1. « Fire dancer » dans le texte : Christina répète entre autres pour Burning Man, le festival annuel le plus excentrique qui semble exister au monde. Si vous ne savez pas de quoi il s’agit – je ne connaissais moi-même pas du tout cet événement jusqu’à la lecture de ce livre –, prenez la peine de visualiser cette superbe timelapse en vidéo ! []
  2. Pas sic, mais c’était le fond du message. []
  3. Il n’y a rien à faire, quand j’y regardais de près, je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’Amélie Nothomb ne se foulait pas. []
  4. Sans l’avoir lu, je pense que Shutter island doit, par exemple, être de ceux-là… []
  5. Si un magicien vous fait croire qu’il a un Roi dans sa main sans le montrer à quiconque et qu’en le retournant, un As apparaît, trouverez-vous ce tour d’un intérêt quelconque… ? Non : ceci est la prouesse inspirée d’un enfant de 5 ans. []
  6. A n’importe quel prix, même si « ça fait SPLOTCH ! », hein, Véronique? ;) []

Ce que je sais de Vera Candida / Véronique Ovaldé

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« Tu verras, ce ne sera pas comme avant. » (p. 84)

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Véronique Ovaldé nous propose ici l’histoire de trois femmes d’une même lignée qui ont à subir une destinée similaire et tragique : devenir mère sans y avoir consenti.

Le lecteur rencontre dans un premier temps Rose Bustamente, ancienne prostituée qui s’est reconvertie dans la pêche aux poissons volants. Après avoir été retenue prisonnière chez un sinistre individu et s’être pliée à ses quatre volontés pendant plusieurs mois, Rose donne naissance à Violette, une gamine étrange qui, en grandissant, sombre dans l’alcoolisme et offre son corps avec passivité et désintérêt…

Violette engendre une fille, Vera Candida, qui, dès sa mise au monde, essuie le mal de vivre de sa propre mère en recevant des coups. Furibarde, Rose Bustamente récupère sa petite fille et prend en charge son éducation, mais Vera Candida, bien qu’équilibrée, n’échappe pas au fatum : après avoir été violée, elle fuit Vatapuna pour ne pas avoir à avouer ni les sévices, ni sa grossesse…

En prenant la fuite à Lahomeria, Vera Candida n’a d’autre projet que d’avorter. Toutefois, elle accouchera de Monica Rose et prendra leurs vies à bras la corps, leur construisant petit à petit une vie plus douce et infiniment différente de celle de ses aînées…

« Les rencontres sont finalement une accumulation de coïncidences qui fait que deux personnes, essayant de résister à la malice du destin et de détourner les chemins qui les mènent l’une vers l’autre, se dirigent inexorablement vers une collision finale. »

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Ovaldé est une auteure que je suis avec grand intérêt depuis Déloger l’animal et Les hommes en général me plaisent beaucoup, des fictions que j’ai vivement appréciées.

À la parution de Ce que je sais de Vera Candida, j’ai directement trépigné. Le fait que la blogosphère ait massivement adoré ce roman et que celui-ci se soit vu recevoir trois prix1 n’a fait que renforcer l’envie de le découvrir. J’ai donc houspillé les libraires et retourné les sites d’actu littéraire pendant deux ans pour m’informer au plus tôt de la date de sa sortie en poche.
Il a fini par arriver, mais ma patience n’a pas été récompensée.

J’enchaîne les déceptions ovaldesques. Son roman Toutes choses scintillant, découvert en mars 2011, ne m’avait en effet nullement convaincue. Comme il s’agissait là du deuxième roman (sur sept) de l’écrivaine, je m’étais intimement persuadée que Ce que je sais de Vera Candida serait inversement remarquable – extraordinaire, transcendant? – de par sa nouveauté et le talent de l’auteure que je subodorais forcément mûri et bonifié à en flirter avec l’excellence…

Je ne prétends pas que Ce que je sais de Vera Candida soit « objectivement » moins bon, mais force est de constater que je n’ai pas partagé du tout le fervent enthousiasme de la plupart des lecteurs.

Et pour cause, je n’ai pas retrouvé cette atmosphère si singulière – cotonneuse, un peu moite et oppressante, comme dans un rêve à la fois savoureux et inquiétant – qui m’avait tellement séduite dans Les hommes en général me plaisent beaucoup et dans Déloger l’animal.

Ce que je sais de Vera Candida est une fable moins réaliste et moins étrange que les deux fictions mentionnées supra. Or, ce cocktail d’étrangeté et de réalisme, intensément atypique et envoûtant, m’a ici beaucoup manqué. L’absence de ces caractéristiques qui m’avaient enchantée m’a rendu ce récit plat, insipide.

Aussi, il m’a semblé que l’emploi de la troisième personne du singulier au détriment de la première – utilisée dans tous les autres romans que j’ai lus de Véronique Ovaldé – a largement contribué à éclipser une certaine profondeur psychologique, nécessaire à mon ravissement.

Ce conte qu’on peut qualifier volontiers de « féminin » aborde largement la condition de la femme et dénonce par la même occasion la malveillance, la cruauté et la bassesse des hommes, ce qui m’est apparu comme une pernicieuse démonstration de misandrie :  encore un « détail » qui m’a déplu !

Mettant au centre de son roman l’apparente fatalité de la vie, Ovaldé distribue équitablement des tendances opposées : la tristesse et l’espoir ; l’immuabilité et la révolution. Ce livre est sans conteste équilibré, mais le charme n’a malheureusement pas opéré sur moi, faute d’y trouver ce que je venais y chercher.

À deux romans aimés contre deux dépréciés, je ne sais plus me prétendre admiratrice de la prose de Véronique Ovaldé… Et mon coeur transparent, présent dans ma PAL, départagera à l’avenir cette inconfortable ambiguïté. Pourvu que… !

« Ces cicatrices-là, mon sucre, sont des étendards, disait grand-mère Rose. Au fond c’est un avantage toutes ces coupures bien visibles. Quand le mal qui t’est fait est seulement à l’intérieur (mais sache, ma princesse, qu’il peut être aussi taraudant et violent que des coups de poing), alors ne pas perdre de vue ta colère et ta juste rage demande un bien plus gros effort. » (p. 85)

Ce livre a été lu dans le cadre d’une lecture commune avec Cynthia. Il me tarde de savoir si elle l’a aimé ou pas !

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  1. Prix Renaudot des Lycéens (2009), Prix France Télévisions (2009), Grand Prix des lectrices Elle (2010). []

L'éclipse / Serge Rezvani

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« Car mon-notre réel est devenu un cauchemar dont je sais qu’il ne porte en lui aucune chance de réveil. » (p. 17)

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Serge Rezvani nous raconte ici son douloureux parcours aux côtés de sa compagne Danièle qui a été prise en otage par la maladie d’Alzheimer. Quand le livre commence, ils sont chez le neuropsychiatre parce qu’elle est déjà la proie de trous de mémoire et de distractions qui laissent présager le pire…

Alimentant le journal que sa femme malade aurait dû remplir pour entretenir sa mémoire en fuite – chose à laquelle, fière, elle s’est résolument opposée dès que fut identifiée sa pathologie -, Serge Rezvani expose ici la relation qu’il entretient avec sa compagne au présent – un présent toujours plus difficile à vivre – et revient sur leur passé dont il est terriblement nostalgique…

Ce livre témoigne de la souffrance et de la solitude qu’impose la maladie d’Alzheimer tant au malade qu’à celui qui l’accompagne…

« Comme il m’est difficile de garder assez d’amour en moi pour ne pas m’effrayer de cette nouvelle femme qui émerge de la femme tant aimée devenue d’autant plus méconnaissable que tout d’elle est encore là mais sans elle ! » (p. 15-16)

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La plume de l’auteur est très esthétique et travaillée. Mon carnet de citations aura été noirci de plusieurs passages de ce livre qui charrie avec force la souffrance, l’incompréhension, la colère parfois, mais avant tout l’amour que porte Serge Rezvani à son aimée Danièle.

« Mais elle, aujourd’hui, qu’entend-elle de cette musique lente et profonde, de cet adagio disant un impensable jamais plus ? Pleure-t-elle intérieurement comme moi-même je nous pleure ? … » (p. 87)

Toutefois, ce témoignage regorge de tristesse. Si elle est parfaitement légitime et compréhensible, j’avoue n’avoir pas pu terminer ce livre qui, après 120 pages devient assez répétitif et s’essouffle par son pesant de désolation…

Un autre bémol : cette façon qu’a Rezvani de vénérer avec une redondance passablement assommante la feue Intelligence de sa compagne1.

Plus qu’un témoignage, ce livre est la preuve d’un incommensurable amour.  Il pèche seulement par sa longueur et son côté larmoyant et répétitif…

Serge et Danièle Rezvani.

NB : Peintre, écrivain et auteur-compositeur de chansons, Serge Rezvani écrivit les paroles de J’ai la mémoire qui flanche, une chanson qu’interpréta Jeanne Moreau dans les années ’60.

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  1. « Je parle en dedans avec celle d’avant, si intelligente, si rapide intellectuellement… » (p. 54), allusions équivalentes aux pages 10, 34, 48, 55, 113 (liste non exhaustive). []