Archive pour la Catégorie '**** | J’ai savouré'

Guide Delachaux des traces d’animaux / Lars-Henrik Olsen

:8:

La réelle affection que je porte aux animaux et ma passion pour la photographie animalière me poussent régulièrement à prendre connaissance des publications qui ont trait à ces sujets. Informée de la qualité des guides Delachaux, mon sang n’a fait qu’un tour quand j’ai découvert que Babelio proposait ce manuel, dans la dernière édition de son opération Masse critique. Quand j’ai eu le plaisir d’apprendre que je faisais partie des heureux élus, c’est avec une immense motivation que j’ai guetté l’arrivée de cet ouvrage dans ma boîte aux lettres.

Ce livre m’a agréablement surprise. Je m’attendais en effet à y trouver essentiellement des empreintes (traces de pas). C’est une version plus ancienne d’un guide au titre similaire, publié par le même éditeur, qui avait influencé mes perspectives avec l’illustration que comportait la couverture (voir image ci-jointe).

Toutefois, ce guide est nettement plus complet que je ne l’avais imaginé : il fournit les moyens d’identifier quels animaux ont occupé les lieux au moyen de traces telles que terriers, nids, excréments, pelotes de réjection, plumes, manières de grignoter la nourriture, de se frayer à l’écorce, etc.

L’ouvrage est dense et passe même en revue les caractéristiques de plus d’une trentaine de mammifères (leur mode de vie, leur environnement…), faisant ainsi figure de mini encyclopédie animalière.

Ce livre est illustré de très nombreuses photographies en couleurs. Je déplore seulement l’usage de certains dessins qui sont légèrement flous et parfois difficilement reconnaissables. Le chapitre relatif aux traces de pas m’a par ailleurs paru chargé et complexe. Il aurait gagné en lisibilité s’il avait été plus aéré. Il me semble aussi que substituer des photographies aux illustrations aurait pu s’avérer, dans certains cas, plus éclairant.

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un très bel ouvrage, riche et plaisant à découvrir tant sur la forme que sur le contenu, ce qui n’est pas le cas de tous les documentaires !

Je remercie les éditions Delachaux et Niestlé et Babelio de m’avoir fait cadeau de ce livre utile et intéressant.

:SC: :BB:

Atwood, Giordano et Bourdouxhe

Un coup de cœur et deux fardeaux ce mois-ci…

Captive / Margaret Atwood

:8:

« Si on était tous jugés pour nos pensées, on serait tous pendus. » (p. 425)

:resu:

Nous sommes au XIXe siècle. Grace Marks a été condamnée pour les meurtres de Nancy Montgomery et de Thomas Kinnear, les personnes qui l’employaient comme servante près de Toronto. Cela fait plus de vingt ans, à présent, que Grace passe ses nuits en prison et qu’elle travaille de jour pour la femme du Gouverneur. Elle a également été internée un temps à cause de crises de démence.

Un jour, Simon Jordan, docteur spécialisé dans les maladies mentales, s’intéresse au cas de Grace et obtient un accord pour interroger cette dernière à propos des faits. Grace entame le récit de son histoire depuis la sortie de l’enfance au moment du procès. Exception faite des trous de mémoire et des sombres cauchemars qui hantent sa « patiente », Jordan est troublé de constater que Grace semble parfaitement saine d’esprit…

:avis:

J’ai découvert la prose de Margaret Atwood il y a peu avec La servante écarlate dont la lecture m’avait fascinée. Captive m’a plu énormément aussi. J’ai été singulièrement transportée par le récit – inspiré, notons-le, d’une histoire vraie – et par l’écriture de l’auteure.

Très vite, je me suis attachée au personnage de Grace, une admirable conteuse. Lorsque celle-ci relatait au Docteur Jordan ses « aventures », j’étais propulsée dans le salon de couture et vivais ses souvenirs/flashbacks comme s’ils étaient miens.

On découvre peu à peu la psychologie de Grace, d’une remarquable complexité. J’ai pour ma part ressenti l’envie de sonder ce personnage jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. De sucer son âme jusqu’à la moelle… Et comme les personnages secondaires du livre, je me suis surprise aussi à me demander : mais que sait-elle et que pense-t-elle vraiment ? Est-elle coupable ou victime ? Est-elle innocente ou fabulatrice ? Ces questionnements participent grandement au suspense et à l’intensité du roman, parce qu’on brûle d’en découvrir toujours plus…

« Je ne sais pas si vous avez remarqué ça, monsieur, mais il y a des gens qui prennent plaisir à l’affliction d’un semblable, surtout s’ils pensent que ce semblable a commis un péché, ce qui ajoute une satisfaction supplémentaire. Mais qui, parmi nous, n’a jamais péché, comme le dit la Bible ? Pour ma part, j’aurais honte de me délecter pareillement des souffrances d’autrui. » (p. 478)

Si d’aucuns trouvent des longueurs à ce livre (à ce que j’ai pu retenir de certaines critiques lues çà et là), j’aurais quant à moi adoré que Captive compte au moins cent pages de plus. D’une part parce que je n’avais pas envie d’arriver au bout de cette histoire, mais aussi parce que la fin m’a paru un peu trop rapide (expéditive ?) par rapport au reste du roman.

Quoi qu’il est soit, ce livre – onirique par endroits – m’a engloutie au point que je ne songeais qu’à m’y replonger quand j’étais forcée de le ranger.

Profond et captivant. Lisez-le !

:SC:

 

La solitude des nombres premiers / Paolo Giordano

:2:
:stop:

:resu:

Mattia et Alice sont seuls. Le premier n’a de cesse de s’isoler du monde, la seconde fait tout pour s’y intégrer en vain. Le jour où ces deux-là se rencontrent, il convient d’espérer qu’ils parviendront à combler la brèche, à surmonter leur solitude et leur amertume… Mais la nature humaine est parfois complexe. Matthia et Alice sont-ils inexorablement voués à souffrir leur impossible rapprochement, tels les nombres premiers ?

:avis:

Si ce roman contient une idée originale (le traitement de la solitude à travers les mathématiques), j’ai déploré la manière dont il était écrit et traduit. La forme de ce livre est en effet franchement élémentaire et dénuée d’esthétisme à mon sens. Le livre contient une majorité de passages tout à fait futiles, inconsistants et parfois même chargés de ridicule :

« Elle chercha son portefeuille dans son petit sac en bandouillère, gênée par l’appareil photo qui pendait à son poignet.
« Laisse », dit quelqu’un derrière elle.
Fabio, le médecin dont elle avait fait la connaissance une demi-heure plus tôt, tendit un billet à l’homme à la buvette. Puis il sourit à Alice de façon à lui ôter tout courage de protester. Il ne portait plus sa blouse blanche, mais un tee-shirt bleu à manches courtes, et dégageait un parfum fort qui ne lui était pas familier.
« Et un Coca, ajouta-t-il à l’adresse du vieillard.
- Merci », dit Alice
Elle essaya d’ouvrir la bouteille. Le bouchon glissa entre ses doigts sans tourner.
« Je peux? » demanda Fabio.
Il saisit la bouteille et l’ouvrit du pouce et de l’index. Alice pensa que ce geste n’avait rien d’exceptionnel, qu’elle y serait arrivée toute seule, comme n’importe qui, si elle n’avait pas eu les mains aussi moites. Mais elle le trouva étrangement fascinant, une sorte de petite entreprise héroïque menée à son intention. » (p. 161-162)

Quant à l’histoire… Peut-être aurait-elle pu se révéler intéressante si seulement l’écriture ne m’avait pas à ce point excédée. Mieux vaut lire une ligne par paragraphe pour emmagasiner l’essentiel et garder son sang froid. Voire ne pas le lire du tout !

:SC:

 

La femme de Gilles / Madeleine Bourdouxhe

:3:

:resu:

Elisa est bleue de Gilles, son époux. Lorsqu’elle apprend que celui-ci la trompe avec sa sœur Victorine, Elisa ne dit mot. Elle refoule sa souffrance au plus profond de son être tant elle aime Gilles et ne conçoit pas de le perdre.

Lorsque Gilles vit l’infidélité et l’inconséquence de son amante, Elisa choisit d’occuper la place de la confidente pour son mari, quitte à récolter les aveux les plus saumâtres…
L’histoire d’une femme amoureuse, dont l’abnégation semble sans limite.

:avis:

Ce roman m’a ennuyée.

Après avoir remarqué la répétition de certains vocables – j’ai notamment dénombré 13 déclinaisons des mots « doux » et « tendre » sur les 8 premières pages -, la lecture de ce récit s’est annoncée très laborieuse…

« Le désir, ça naît comme ça, d’un rien. Gilles vit une petite gueule rouge qui s’ouvrait toutes les quelques secondes pour laisser passer une langue étroite que deux doigts caressaient doucement d’un petit carré de papier. Hébété, il regardait ça, sans geste. Souvent en regardant Elisa il l’avait brusquement désirée, mais c’était d’un désir bien plus agréable et qui s’amplifiait tout doucement. » (p. 16)

Un livre doucereux qui n’est nullement parvenu à m’emporter ni à gagner mon intérêt.

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge « Littérature belge ».

:SC:

 

Twist / Delphine Bertholon

:7:

« Ici, on dirait que je me regarde grandir et c’est pareil que de regarder l’herbe pousser : spécialement chiant. » (p. 64)

:resu:

Madison Etchart, onze ans, disparaît un jour à son retour de l’école…

Ce roman polyphonique fait place aux propos alternés de 3 protagonistes : Madison elle-même, sa mère Léonore et son professeur de tennis Stanislas.

Madison relate les circonstances de son enlèvement, ses conditions de séquestration, la personnalité de R. – celui qui la retient prisonnière au fond d’une cave de 9 m² – et les relations qu’elle entretient avec lui, mais aussi ses souvenirs, ses remords, ses envies.

« Maman me l’avait assez répété, de ne pas parler aux inconnus, de faire attention avec tous ces détraqués qui courent dans la nature mais là, pas une seconde ça ne m’avait traversé l’esprit. A cause de la bonne tête de R. avec sa chevelure d’éponge, sa voiture brillante, la jolie chatte à 3 couleurs dans la petite caisse, l’orage dément qui me coulait dessus et surtout – surtout – à cause de Stanislas. »

Léonore écrit en secret des lettres1 à sa fille pour mieux entretenir l’espoir de son retour prochain et se préserver elle-même de la folie qui, sans l’écriture, la dévorerait sans doute radicalement…

« Je voudrais qu’ils cessent de me regarder comme si tu étais morte !
Je te sens battre en moi, Madi.
Personne ne veut me croire, pourtant si tu étais morte, ma chérie, je le saurais. Mon cœur s’est arrêté mais le tien résonne dans mon ventre, très fort, comme un tambour. Tu es quelque part. Je ne sais ni où ni avec qui, mais tu es quelque part, debout sur tes deux jambes et la tête haute.
Je ne le crois pas, Madi. Je le sais. » (p. 44)

Stanislas – à qui Madison voue un amour obstiné en dépit de leur dix ans d’écart d’âge – évoque la situation affective dans laquelle il s’est emmuré volontairement avec Louison, une jeune femme libertaire, imprévisible et capricieuse…

« Je suppose que j’avais des prédispositions à la dépendance et ma relation avec Louison s’apparenta parfois au syndrome de Stockholm, expérience qui, toutes proportions gardées, me permet aujourd’hui de mieux comprendre l’histoire de Madison. L’amour et la haine sont des sentiments qu’il est aisé de confondre : l’un comme l’autre, ils n’ont aucune pitié. » (p. 172)

Tour à tour, chacun des intervenants exprime son ressenti face à sa situation et à l’attente…

:avis:

J’avais beaucoup apprécié L’effet Larsen de Delphine Bertholon, c’est pourquoi je me suis procuré Twist lors d’une expédition en bouquinerie. J’entendais simplement poursuivre la découverte de l’univers romanesque de cette auteure et n’avais pas d’attente particulière vis-à-vis de ce livre, c’est probablement la raison pour laquelle la sauce a si bien pris, mieux même qu’avec L’effet Larsen : j’ai failli adorer Twist !

Ce roman à trois voix ne trébuche pas là où d’autres romans s’étalent parfois : chaque narrateur a son propre mode d’expression et des résonances très différentes, comme si ce livre avait été écrit non par un seul auteur, mais par trois. A cet égard, Delphine Bertholon a, pour moi, maîtrisé la construction de son second roman avec brio.

Si je n’ai fait que frôler le coup de cœur, c’est parce que l’une des trois voix m’a nettement moins convaincue que les deux autres : bien que l’histoire de Stanislas ne soit pas sans aucun rapport avec celle de Madison, je n’y ai trouvé qu’un écho souvent trop lointain. J’ai été dérangée par sa narration plutôt plaintive et auto-centrée ainsi que par sa manière de s’exprimer, que ce soit à cause de son utilisation parfois inopportune du passé simple ou de l’emploi de certains mots crus.

Malgré ce bémol (l’unique !), les propos de Madison et de sa mère Léonore, très liés, charrient une grande force et m’ont tantôt bouleversée, tantôt émue2.

Les lettres de Léonore, généralement brèves, sont particulièrement tendres et poignantes. Quant à Madison, en dépit de quelques inévitables accès de désespoir, elle tient un discours étonnamment ironique et plein d’humour ! J’ai pris un énorme plaisir à lire ses réflexions, souvent caustiques, et ses remarques toujours plus audacieuses…

« Il avait serré ses doigts sur sa crosse de fusil, alors je lui ai demandé s’il chassait.
- Non, je trouve ça dégoûtant. C’est mal, de tuer les animaux.
- C’est vrai que le bien et le mal, vous en connaissez un rayon !
- Tu ne veux pas arrêter trente secondes? » (p. 261)

Par l’utilisation parfois excessive d’adverbes tels que « spécialement », « incroyablement », « extrêmement », d’expressions telles que « ça ne vaut pas tripette », « avoir le moral au fond des Converses » pour « avoir les semelles de plomb » [liste non exhaustive],  l’élocution de Madison m’a rappelé celle d’Oskar Schell – ce qui n’était pas pour me déplaire puisque les habitués de ce blog savent qu’il s’agit du personnage tant adoré de mon roman de chevet – ou, plus vaguement, celle de Holden Caulfield

« C’est ce qu’on appelle : SANS ISSUE. J’ai tout essayé. Manger, pas manger. Parler, pas parler. Bouger, pas bouger. Crier, pas crier. Être gentille, être méchante. Mais rien n’a fonctionné. Tout ce que je sais, c’est que je ne sortirai jamais d’ici, parce que c’est comme si je n’existais plus, et ça me propulse le moral au fin fond des Converses, plus profond que dans tout le reste de mon existence. » (p. 161)

Les cinq années durant lesquelles Madison est détenue observent progressivement le passage de l’enfance à l’adolescence. La façon dont la fillette s’exprime3 et réfléchit change, sa maturité grandit subrepticement au fil des pages, sans toutefois donner sur une vision plus pessimiste du monde. Malgré sa condition de prisonnière, Madison ne démord effectivement pas de son envie de croquer la vie à pleines dents. Brillante et pleine de ressources, elle s’efforce de résister à son « gentil dragon » avec finesse et dérision, en tentant de comprendre sa psychologie, de déceler ses failles, d’identifier ses mensonges et d’élaborer une stratégie en conséquence pour recouvrer sa liberté…

Bien que Twist mette en scène l’indicible cauchemar que redoute tout parent, Delphine Bertholon est parvenue à insuffler de la légèreté à son roman sans le rendre inconvenant4. Il s’agit là d’un roman à la fois drôle et touchant dont je vous recommande vivement la découverte !

« Quelquefois, il suffit de regarder les choses en face pour qu’elles commencent à exister.
Quelquefois, ce qui semble impossible est à portée de main.
Alors ton retour, ma grande : je le regarde en face.
Aujourd’hui, j’ai décidé de croire aux miracles. » (p. 391)

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « Sport/Loisir » (9/11).

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  1. Lettres qui s’empilent chez elle à défaut d’adresse connue, bien entendu. []
  2. Le sexe qu’elles ont en commun avec l’auteure y est assurément pour quelque chose : rares sont les femmes qui parviennent à se mettre correctement dans la peau d’un homme à mon sens, et inversement. []
  3. Madison parvient à obtenir un dictionnaire encyclopédique, dont elle entame la lecture intégrale pour passer le temps. []
  4. Il faut savoir que Twist n’est pas non plus extrêmement violent : Madison a été kidnappée, mais elle a face à elle un malade pusillanime et pudibond, à la hauteur de qui elle peut se mesurer, et envers qui elle nourrit même parfois une certaine sympathie (et réciproquement). À aucun endroit, elle ne se fait agresser ni même violer, ce qui en soi n’est peut-être pas très réaliste… mais qui empêche ce livre d’être radicalement noir/sordide, trait qui aurait annulé la légèreté du roman, et aussi sa réussite ! []