Archive pour la Catégorie 'Lectures'

Guide Delachaux des traces d’animaux / Lars-Henrik Olsen

:8:

La réelle affection que je porte aux animaux et ma passion pour la photographie animalière me poussent régulièrement à prendre connaissance des publications qui ont trait à ces sujets. Informée de la qualité des guides Delachaux, mon sang n’a fait qu’un tour quand j’ai découvert que Babelio proposait ce manuel, dans la dernière édition de son opération Masse critique. Quand j’ai eu le plaisir d’apprendre que je faisais partie des heureux élus, c’est avec une immense motivation que j’ai guetté l’arrivée de cet ouvrage dans ma boîte aux lettres.

Ce livre m’a agréablement surprise. Je m’attendais en effet à y trouver essentiellement des empreintes (traces de pas). C’est une version plus ancienne d’un guide au titre similaire, publié par le même éditeur, qui avait influencé mes perspectives avec l’illustration que comportait la couverture (voir image ci-jointe).

Toutefois, ce guide est nettement plus complet que je ne l’avais imaginé : il fournit les moyens d’identifier quels animaux ont occupé les lieux au moyen de traces telles que terriers, nids, excréments, pelotes de réjection, plumes, manières de grignoter la nourriture, de se frayer à l’écorce, etc.

L’ouvrage est dense et passe même en revue les caractéristiques de plus d’une trentaine de mammifères (leur mode de vie, leur environnement…), faisant ainsi figure de mini encyclopédie animalière.

Ce livre est illustré de très nombreuses photographies en couleurs. Je déplore seulement l’usage de certains dessins qui sont légèrement flous et parfois difficilement reconnaissables. Le chapitre relatif aux traces de pas m’a par ailleurs paru chargé et complexe. Il aurait gagné en lisibilité s’il avait été plus aéré. Il me semble aussi que substituer des photographies aux illustrations aurait pu s’avérer, dans certains cas, plus éclairant.

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un très bel ouvrage, riche et plaisant à découvrir tant sur la forme que sur le contenu, ce qui n’est pas le cas de tous les documentaires !

Je remercie les éditions Delachaux et Niestlé et Babelio de m’avoir fait cadeau de ce livre utile et intéressant.

:SC: :BB:

Les revenants / Laura Kasischke

Kasischke, Laura. Les revenants.

:5:

« La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. » (p. 17)

:resu:

Nicole Werner et Craig Clements-Rabbitt se sont connus à l’université. Ils formaient un couple dont l’avenir a volé en éclats lorsque Craig, un soir, a accidenté la voiture qu’il avait empruntée à son ami Lucas. Cette nuit-là, Nicole a perdu la vie.

Malgré l’animosité de ses pairs et sa dévorante culpabilité, Craig s’est réinscrit à l’université, partageant à nouveau la chambre de Perry Edwards qui était à la fois son colocataire un an plus tôt, mais aussi un vieil ami de Nicole.

Perry, lui, continue de voir Nicole partout. Croyant mal digérer son décès, il s’inscrit au cours de Mira Polson, spécialiste quant à la question du deuil et de la mort. Bientôt, il demandera à cette dernière de réaliser une étude relative à la perception de la mort sur un campus universitaire, en se basant sur le cas spécifique de Nicole Werner… Une occasion, pour lui, de se savoir écouté et aidé.

Shelly, employée à la société de Musique de Chambre de l’université, a pour sa part assisté à l’accident de Craig et Nicole. Elle est hantée par ce jeune couple, à propos duquel les journalistes ne cessent de rapporter des faits erronés : il est question de flammes, de corps calciné, de témoin (elle-même) parti avant l’arrivée des secours, … Tout est faux. Malgré ses démarches auprès des journalistes pour que figure enfin la vérité, aucune correction n’a jamais été publiée… Que cache donc la mort de Nicole Werner ?

:avis:

Un oiseau blanc dans le blizzard, lu il y a plus de trois ans, m’avait laissé une impression mitigée. J’ai malgré tout été tentée de retenter l’expérience. Un campus novel  serait peut-être l’occasion d’apprécier davantage la prose de cette auteure très souvent encensée ?

Cette deuxième expérience m’a de nouveau laissé un sentiment très ambivalent. En surface, j’ai perçu de nombreux facteurs dérangeants : un style maniéré, reflet d’un travail tarabiscoté jusqu’aux limites de l’écœurement (« A la clavicule d’icelle. Aux ombres qui s’y rassemblaient au clair de lune. Aux blanches quenottes mordillant dans la lumière du matin une lèvre inférieure humide et luisante »), une place prépondérante dédiée à la sexualité (encore), des personnages systématiquement dérangés, un climat artificiel, une obsession pour les cheveux, des longueurs, cette troisième du singulier qui participe à une neutralité lisse qui rend l’attachement aux personnages complètement impossible…

« La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d’un frêne. L’astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds1 étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. On eût dit qu’elle avait sauté, peut-être de cet arbre en surplomb ou bien du haut du ciel, pour se poser au sol avec une grâce inconcevable. » (p. 17)

Malgré tout, la construction – bien que complexe2 – fonctionne assurément, et l’intrigue appelle la curiosité. Les questions qui se posent engendrent l’envie irrépressible de tourner les pages.

Ce roman m’a rappelé Le maître des illusions de Donna Tartt : même décor, même climat malsain. Les revenants aurait pu être, selon moi, un roman réussi si (1) la narration ne m’avait pas à ce point dérangée, si (2) L. Kasischke ne me donnait pas l’impression d’essayer systématiquement de captiver son public à coup de sexualité débridée, comme si le voyeurisme auquel elle nous pousse déjà avec ses ambiances sordides et/ou morbides ne suffisait pas, et si (3) les réponses attendues à la fin du livre s’y étaient seulement trouvées !

Les revenants est un page turner qui détient un magnétisme certain. Au final, je suis cependant loin d’être séduite, et je ne sais si je lirai d’autres romans de cette auteure.

Une déception.

Lire les premières pages du livre.

:SC:

  1. Pourquoi avoir illustré la couverture avec une brune alors que notre défunte est blonde ? BLONDE ! []
  2. Focus alterné sur les différents personnages du livre en de courts chapitres, flashbacks et retour sur le présent. []

Room / Emma Donoghue

:9:

« On est comme les personnages d’un livre et lui, il ne laisse personne l’ouvrir. »

:resu:

Jack, 5 ans, est le narrateur de ce livre. Il vit avec sa maman dans un cabanon de jardin de trois mètres sur trois et n’a jamais mis un pied dehors.

L’enfant n’a rien à reprocher à sa condition de vie : il se contente de regarder la télévision, de relire ses cinq livres ou de partager les jeux que sa maman a conçus pour lui de façon à « enchanter » la monotonie de leur monde et lui donner l’illusion de la normalité. Ainsi, l’espace restreint près du lit devient une piste de course, les boîtes de conserve vides forment un château fort, les mots sont associés à d’autres pour former des rimes, les coquilles d’œufs sont cousues ensemble pour former sous le lit le très long « Serpendoeuf » (…) Et même l’arrosage de la plante constitue à lui tout seul un rituel ludique et consciencieux.

Ce train-train complice qui apparaît presque confortable aux yeux de Jack n’est rendu difficile et inquiétant que par les venues nocturnes de Grand Méchant Nick, l’homme qui est le seul capable et autorisé de franchir la porte de la chambre. Chaque soir, Jack passe la première partie de ses nuits dans le petit dressing à tenter de faire le noir dans sa tête, même s’il est difficile de ne pas prêter attention aux grincements du lit…

Grand Méchant Nick se montre de plus en plus redoutable. Après avoir bleui le cou de sa maman et leur avoir coupé l’électricité durant deux jours, Jack trouve sa mère très préoccupée. En quelques jours, il apprend non sans difficulté que la télévision ne fait pas que mentir et qu’elle montre beaucoup de choses réelles dans le « Dehors » (contrairement à ce qu’elle lui avait inculqué auparavant), il apprend qu’il a une famille, et que sa maman aspire à sortir pour la retrouver…

Ce soudain tissu de révélations va de pair avec l’amorce d’un plan d’évasion dont Jack sera le héros, même s’il ne comprend pas pourquoi sa maman tient tant à quitter la chambre…

« Quand j’avais quatre ans, je savais même pas qu’il y avait un Dehors ou je croyais que c’était juste des histoires. Après, Maman m’a dit qu’il existait pour de vrai et je me croyais omnisavant. Mais maintenant que je suis dans le Dehors, en fait je sais pas beaucoup de choses, je suis tout perdu tout le temps. »

:avis:

Voilà des mois que je guettais la parution de Room en poche. L’immense tentation qu’il m’inspirait allait de pair avec la peur qu’il me déçoive, comme je misais énormément sur ce roman pour me conquérir…

Je ressors de cette lecture avec un magma de vives impressions dans les tripes, et quand c’est dans les tripes, c’est que 1. je suis véritablement conquise, 2. que ma tête est beaucoup trop haut pour que mes émotions parviennent à se frayer un chemin jusqu’aux portes cérébrales. Les mots me manquent. Je n’ai que le je suis, je me sens. J’ai le combien, mais pas le pourquoi
Je ne vais donc pas vous livrer une argumentation sur les raisons de mon éblouissement. Ce qui suit, c’est essentiellement ce que cette lecture a fait de moi…

La première chose que je puis dire, c’est qu’il m’a fallu une semaine entière pour prendre conscience que Room était le fruit d’un travail.
En effet, lorsque j’ai refermé ce livre, Jack était un être de chair et d’os, il me semblait faire partie de ma vie comme ma mère et mon père. Le souvenir de ses mots et même de ses gestes m’était aussi vivant que si j’avais passé des mois, des années à ses côtés. En définitive, j’ai complètement oublié qu’aucun enfant de 5 ans n’avait écrit ce livre. Et que ces heures passées à découvrir Room ne m’avaient emmenée nulle part ailleurs que dans ma propre tête1.

Mon immersion dans ce livre a été très rapide, même si j’ai redouté le jargon de l’enfant durant les premières pages. En effet, Jack personnifie les objets qui l’entourent, et la fréquente évocation de « Madame Télévision », « Monsieur Lit », « Madame Commode », « Madame Plante », (…) s’avère plutôt inquiétante au premier abord. Toutefois, je me suis très vite aperçue que cette personnification était, de la part de Jack, une forme de stratégie inconsciente pour rendre son monde – ô combien étroit et limité – plus vivant, dense et fertile. Du moins, c’est ainsi que je l’ai compris.

Avec le léger recul qu’il m’est aujourd’hui possible de prendre, je me rends compte qu’Emma Donoghue a propulsé d’autant mieux la lectrice que je suis dans l’univers de Jack et sa maman en recourant à cette façon de faire : par un « simple » procédé stylistique, elle dessine l’exiguïté d’une pièce sans passer par l’expression d’un quelconque sentiment d’étouffement ou d’oppression – car ce n’est pas ce que ressent Jack -. Rien que ça, c’est une prouesse !

Les causes qui m’ont rendu ce roman si séducteur sont nombreuses et je peste de ne pas parvenir à les toutes les identifier. En vrac, voici celles qui ont, en l’occurrence, sans doute le plus fortement frappé mon esprit : les maladresses langagières et l’innocence du petit garçon sont maîtrisées au point de donner l’illusion que tout cela est vrai (la preuve, j’ai oublié que derrière Jack, il y avait Emma…).
Il me faut aussi mettre en avant la crédibilité du personnage de Jack – ce relief admirable qui m’a quasi conduite à l’entendre respirer – ainsi que sa personnalité : sa vivacité d’esprit, sa candeur, la force de son tempérament, le naturel qu’il dégage et la sincérité de ses sentiments. Un tout qui le rend diablement attachant… (Bon Dieu ce que j’ai aimé ce gamin !)

J’ai par ailleurs admiré la manière dont transpire l’abnégation de la mère2 et, surtout, l’amour qui unit Jack et sa maman : leur lien fusionnel et remarquablement poignant témoigne aussi de la somptueuse maîtrise de ce roman…

« Mon corps, je crois qu’il est à moi comme les idées dans ma tête. Mais mes cellules sont faites avec ses cellules alors c’est un peu comme si j’étais à elle. Et aussi quand je lui dis mes pensées et qu’elle me dit les siennes, nos idées de chacun se mélangent dans nos deux têtes comme si on coloriait au crayon bleu par-dessus le jaune pour faire du vert. »

Et si seulement c’était tout… Parce qu’il y a la construction du livre, ses ambiances tantôt intimistes, tantôt énervantes, mais qui suscitent toujours un intérêt entier, concerné, anxieux, complice…
Je ne sais que dire d’autre, si ce n’est que c’est beau. Vraiment beau…

Ce roman peut générer des craintes, parce qu’il s’inspire de faits sordides de séquestration3, mais sa singularité, sa puissance, l’émotion qu’il charrie, la sincérité qu’il porte en lui en font une œuvre qui ne vole pas son essence à la réalité. Room offre un regard différent, sans être pour autant moins bouleversant – loin s’en faut !

En somme, c’est avec amertume que je reviens à la réalité, poursuivie et poursuivant désormais l’ombre de Jack, en plus de celles de mes très chers Oskar et Abélard

La fin d’un livre que j’ai aimé énormément sonne toujours un peu comme le glas pour moi. Je ressasse obsessionnellement le besoin de vivre encore à travers ou avec les personnages qui ont pris vie entre les lignes. Mais en même temps, c’est avec exultation, des étoiles plein les yeux, que je m’anime à les faire vivre encore, si possible dans d’autres têtes, dans d’autres tripes.

Room : j’ai envie de crier sur tous les toits « J’aime ! Lisez-le ! »

C’est comme tomber amoureuse une fois encore.

:SC:

  1. Et celle de l’auteure. Et celles de tous les autres lecteurs. Oui, enfin, quoi qu’il en soit, la lecture reste un voyage douloureusement solitaire, parfois… []
  2. Même si j’ai eu envie de la secouer comme un prunier, par moments… []
  3. Les affaires Elisabeth Fritzl, Jaycee Lee Dugard, Natascha Kampusch. []