![Irving, John. Le monde selon Garp. Points, 1998 [1978]. 648 p.](http://marecages.be/wp-content/uploads/irvmon.jpg)
« Mais, dans le monde selon Garp, nous sommes tous des incurables. » (p. 649)
Jenny Fields, infirmière, veut un enfant, mais a aussi pour ambitions de continuer à travailler et de ne pas s’embarrasser d’un homme à demeure… C’est dans un contexte très particulier qu’elle conçoit Garp et qu’elle réussit pleinement à satisfaire ses désirs.
Garp1 naît donc sans père, prend de l’âge chapitre après chapitre, poursuit le chemin que Jenny lui a soucieusement tracé et rencontre bientôt Helen, fervente lectrice et fille de son entraîneur de sport, dont il s’éprend immédiatement. Pour la conquérir, il projette de devenir écrivain.
Au terme de ses études, Garp quitte les États-Unis pour Vienne en la compagnie de Jenny. Elle entreprend d’écrire un livre autobiographique où elle fait état de ses réflexions féministes et connaît un grand succès, devenant la défenderesse de tas de femmes persécutées, ce qui n’enchante pas Garp qui ne cautionne que partiellement le discours de sa mère et aimerait par ailleurs une reconnaissance strictement vierge.
Garp publie à son tour, et, bien que récompensé d’une renommée moins évidente que Jenny, obtient la main d’Helen, avec qui il aura trois enfants desquels il prendra anxieusement soin. Son mariage sera néanmoins ébranlé par la concupiscence que dénonçait génériquement sa mère dans son autobiographie intitulée Sexuellement suspecte…
(Je m’arrête là pour le résumé. S’il vous semble étrange et peu éclairant, rassurez-vous, je trouve aussi.)
Ce livre qu’on qualifie volontiers d’incontournable, de roman culte, de chef d’œuvre (!) et qui a suscité l’enthousiasme de nombreux lecteurs avait immanquablement attisé ma curiosité. Il m’a été offert par Manu et je la remercie de m’en avoir fait cadeau2 !
Quand j’ai lu la préface écrite par John Irving, mon intérêt a redoublé. J’ai tout de suite pensé que ce livre recelait de jolies promesses par la façon dont l’auteur s’exprimait et par les sujets qu’il annonçait…
Malheureusement, je dois avouer que j’ai ramé à m’en farcir des maux de tête pour arriver au bout de ce roman. Je me suis acharnée à avancer, me souvenant sans cesse de l’engageante préface et des critiques laudatrices, puis de critiques moins enchantées qui affirmaient que le roman décollait vers la 200e page. Pourtant incapable de porter un tant soit peu d’intérêt à l’histoire des Garp à quelque moment que ce fut, j’ai fini par capituler aux trois quarts du livre3…
J’ai trouvé Le monde selon Garp globalement décousu : durant la première moitié du livre, les chapitres, à cause d’énormes ellipses, n’entretiennent que rarement des transitions les uns avec les autres. Le roman m’a donc, pendant 300 pages, évoqué ce genre de feuilletons télévisés qui ne nécessitent pas qu’on ait vu les précédents pour comprendre celui qui est en cours. Tout au long du livre, j’ai essayé de comprendre l’intérêt de ce qui avait été précédemment lu, d’assembler les pièces, de trouver une cohérence, mais en vain : je n’ai jamais compris où John Irving voulait nous mener.
A mi-chemin entre le genre loufoque et la tragédie, ce roman m’a paru inconfortable et irréaliste. Je ne suis parvenue à croire ni aux personnages, ni à leurs histoires.
Aussi, l’adultère, la concupiscence, la sexualité, exemplifiés sous toutes leurs formes, m’ont donné l’impression d’un roman emprunt de voyeurisme, en dépit de son côté moralisateur.
« Puis Garp pensa à Mrs. Ralph. Furieux contre lui-même, il comprit qu’il tenait à la revoir une dernière fois ; il bandait de nouveau, et cette brusque érection lui rappela qu’il avait envie de revoir son corps épais et grossier. Il gagna vivement l’escalier de service. La chambre puait, il aurait pu la retrouver à l’odeur.
Il la vit et son regard se porta droit sur le ventre et le sexe, le nombril bizarrement tordu, les bouts de seins plutôt petits (pour d’aussi gros seins). Il aurait mieux fait de regarder d’abord les yeux ; il se serait rendu compte qu’elle était bien réveillée et qu’elle aussi tenait les yeux fixés sur lui.
- Finie la vaisselle? demanda Mrs Ralph. On vient dire au revoir? » (p. 315)4
Le style de l’auteur, correct mais certainement pas spectaculaire à mon sens5, ne m’a pas transportée non plus. Si bien que les nouvelles de Garp, qui nous sont données à lire parfois in extenso dans le roman, n’ont fait que peser un peu plus sur mon ennui.
En définitive, je reconnais à ce livre beaucoup d’imagination et quelques propos malicieux…
« Elle veut parler du sexe, commenta Garp. Le coup est classique. Une femme [Jenny] qui, pas une seule fois de sa vie, n’a ressenti le désir sexuel, faire un sermon sur ce qui est universel ! Et le pape, qui a fait voeu de chasteté, tranche pour des millions d’êtres le problème de la contraception. Le monde est fou. » (p. 246)
Mais il m’a semblé qu’Irving, à force de vouloir traiter trop de sujets à la fois, a mené son livre vers quelque chose d’abominablement confus et superficiel.
Trop de péripéties, trop de sujets, trop de longueurs.
Pour moi, ce fut ô combien épuisant.
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir apprécié l’idée du roman, entrevue dans la préface, même s’il a fini par totalement m’échapper…

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « prénom» (2/10).
- C’est ce qui lui sert à la fois de nom et de prénom. [↩]
- Manu, je m’excuse par avance de ne pas en faire une critique aussi élogieuse que toi, ne m’en veux pas de ne pas avoir été sensible à l’un de tes romans préférés…
[↩] - C’est-à-dire à la 477e page. [↩]
- Si avec ça, je ne m’attire pas tous les internautes en rut, ça va bien ! [↩]
- J’aurais dû compter le nombre de Mon Dieu, Bon Dieu, Seigneur ! et de bitte pour appuyer mes propos… [↩]


Reka, documentaliste, lectrice grognon, geekette fragmentaire. 
![reka [at] marecages .be](http://marecages.be/upload/out/mailreka.png)
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