![Orwell, George. La ferme des animaux. Folio Plus (Classiques), 2010 [1945]. 187 p.](http://upload.marecages.be/couv/orwfer.gif)
« Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres. » (p. 104)
Sage l’Ancien, le doyen des cochons de la Ferme du Manoir, rassemble un soir les animaux de la ferme afin de leur faire part du rêve qu’il a fait la veille… Il y décrit un monde où les animaux seraient libérés de la présence des hommes et de leurs fouets, pourraient profiter eux-mêmes du fruit de leur labeur, ne plus s’esclavager, etc.
« Camarades, est-ce que ce n’est pas clair comme de l’eau de roche? Tous les maux de notre vie sont dus à l’Homme, notre tyran. Débarrassons-nous de l’Homme, et nôtre sera le produit de notre travail. C’est presque du jour au lendemain que nous pourrions devenir libres et riches. A cette fin, que faut-il? Eh bien, travailler de jour et de nuit, corps et âme, à renverser la race des hommes. C’est là mon message, camarades. Soulevons-nous ! » (p. 12)
Peu de temps après ce discours, Sage l’Ancien s’éteint, en ayant éveillé en chacun des animaux de la ferme, l’espoir que se réalise un jour le rêve de leur aîné.
Un jour, le fermier (Mr. Jones) et ses ouvriers omettent de nourrir les animaux. Affamés, ceux-ci se révoltent en attaquant et faisant fuir les exploitants de la ferme, s’insurgeant comme Sage l’Ancien le leur avait exhorté. Dès lors, la Ferme du manoir est renommée Ferme des animaux. Les bêtes y élisent de nouveaux dirigeants, intellectuellement supérieurs : deux cochons, Boule de Neige et Napoléon, secondés par un troisième, Brille-Babil, remarquable orateur.
Les cochons instaurent sept principes définissant un nouveau système politique dérivé de la démocratie appelé l’Animalisme. Les règles se veulent au départ égalitaires et progressistes… Mais Napoléon – le machiavélique – et Boule de Neige – le pacifiste – ne sont que rarement d’accord…
Bientôt, Napoléon se retrouve seul à la tête de la ferme et détourne peu à peu les principes de l’Animalisme, conduisant insidieusement les animaux de la ferme vers un régime de plus en plus totalitaire. Alors qu’il orchestre le fonctionnement agricole d’une main de fer en imposant aux autres des mesures de plus en plus drastiques et qu’il en profite lui-même grassement avec d’autres cochons forcément préservés en raison de leur nature porcine, les animaux travaillent avec obstination et parfois frénésie, s’usant jusqu’à l’effondrement…
« Le bonheur le plus vrai, déclarait-il, réside dans le travail opiniâtre et l’existence frugale. » (p. 100)
La ferme des animaux rappelle sans nul doute 1984 par son subtil traitement du totalitarisme.
George Orwell développe ici avec beaucoup de finesse les nombreux rouages des régimes autoritaires : éviction des leaders au profit d’un seul, propagande, culte de la personnalité, modification du passé, désinformation, désignation d’un traître (bouc émissaire), appui clérical (l’.« opium du peuple »), …
« .« Là-haut, camarades – affirmait-il [Moïse, le corbeau] d’un ton solennel, en pointant vers le ciel son bec imposant -, de l’autre côté du nuage sombre, là se trouve la Montagne de Sucrecandi. C’est l’heureuse contrée où, pauvres animaux que nous sommes, nous nous reposerons à jamais de nos peines. » Il allait jusqu’à prétendre s’y être posé un jour qu’il avait volé très, très haut. Et là il avait vu, à l’en croire, un gâteau tout rond fait de bonnes graines (comme les animaux n’en mangent pas beaucoup en ce bas monde), et des morceaux de sucre qui poussent à même les haies, et jusqu’aux champs de trèfle éternel. Bien des animaux l’en croyaient. Nos vies présentes, se disaient-ils, sont vouées à la peine et à la faim. Qu’un monde meilleur doit exister quelque part, cela n’est-il pas équitable et juste ? » (p. 92)
… Mais il aborde aussi le comportement des masses face à un tel régime politique, ainsi que la famine et l’épuisement auxquels elles sont soumises…
« A la vérité, Jones avec tout ce qu’il avait représenté ne leur rappelait plus grand-chose. Ils savaient bien la rudesse de leur vie à présent, et que souvent ils avaient faim et souvent froid, et qu’en dehors des heures de sommeil le plus souvent ils étaient à trimer. Mais sans doute ç’avait été pire dans les anciens temps, ils étaient contents de le croire. En outre, ils étaient esclaves alors, mais maintenant ils étaient libres, ce qui changeait tout, ainsi que Brille-Babil ne manquait jamais de le souligner. » (p. 88)
Plus précisément, cette fable politique se veut dénoncer le régime stalinien, et elle le fait de manière très abordable et perspicace.
En ce qui me concerne, je déplore toujours mes lacunes en histoire contemporaine1, qui m’ont une fois de plus empêchée de comprendre certaines analogies et caricatures (ex : voir Lénine ou Marx en Sage l’Ancien, Trotski en Boule de Neige, le Tsar Nicolas II en Mr. Jones, Churchill et Hitler dans les voisins fermiers qui entourent La ferme des animaux, …). Toutefois, les métaphores liées aux mécanismes du régime se veulent évidentes et suscitent immanquablement la réflexion.
Bien que 1984 soit à mon sens plus plaisant en raison de son genre (un roman VS une fable) mais aussi plus marquant par son absence totale d’issue et donc par sa violence, La ferme des animaux est un récit tout aussi intelligent, qui se distingue par sa capacité d’éveil et d’apprentissage. En outre, il déstabilise et irrite par l’injustice qui en émane. Bref, il produit son petit effet avec beaucoup d’habileté, ne laissant en aucun cas le lecteur indifférent…
Satire brève, facile et ludique par les figures animalières qu’elle met en scène, La ferme de animaux est un classique qui ne laisse rien au hasard et mérite vraiment le détour. Une fable brillante, clairvoyante et instructive à mettre dans les mains des plus jeunes et des moins jeunes pour forcer à la réflexion et renforcer l’esprit critique !

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « gros mot » (8/11).
- Si vous avez des références bibliographiques accessibles et non rébarbatives à me proposer, je suis preneuse ! [↩]




J’avais adoré ce roman lu à l’adolescence (et j’étais d’autant plus fier que je l’avais lu en V.O.). C’est très intelligemment fait (ludique et poussant à la réflexion en même temps).
Étrangement, cela ne m’a pas donné envie de découvrir 1984 (je crois que je suis reté « traumatisé » par les images du film qui en a été tiré dans les années 80 et qui m’a conforté dans l’idée que ce roman n’était pas fait pour moi…).
Souvenirs souvenirs
Un des seuls romans étudiés à l’école avec plaisir…Il faudrait que je le relise pour bien me le remettre en mémoire !
Un roman que je promets de lire depuis belle lurette …
Alala, Orwell… je ne compte même plus le nombre de fois où je me suis dit qu’il fallait absolument que je lise ses livres. 1984 et celui-ci attendent tout deux dans ma PAL depuis bien trop longtemps. Peut-être en 2012??? Enfin…
Il n’était même pas dans la LAL!!! Je note!
Bah écoute, je l’ai encore vu passer deux fois ces derniers jours à la bibli, je pense que j’ai vraiment vraiment tout intérêt à m’y mettre. Surtout que ça doit faire cinq ans que j’ai envie de le lire, hein…
Je suis contente que tu aies apprécié, je vais m’y mettre !
Bonjour
! J’ai découvert cette fable au lycée et je suis vraiment contente de l’avoir lue dans un contexte « académique » parce que j’ai eu accès à de nécessaires explications … Depuis j’ai lu d’autres Orwell, grâce à cette première rencontre !
Pour les lacunes en histoire contemporaine, je me permets de conseiller « Femmes de dictateur » de Diane Ducret … C’est partiel (uniquement les grands méchants dictateurs européens) mais ça se lit bien !
In Cold Blog > Oh !
Je ne sais pas si tu as vu mon billet ? J’y compare le livre et le film. Je te promets que le film est à des kilomètres du roman. Bien bien en deçà à mon sens ! L’adaptation de Michael Radford m’a tout à fait dégoûtée et… C’est manquer quelque chose de fort que de passer à côté du livre. J’aimerais pouvoir te convaincre de le découvrir, parce qu’il est encore plus puissant et remarquable que La ferme des animaux à mes yeux… Efface de ta tête les images du film et donne une chance au livre, In Cold Blog : je suis sûre que tu seras conquis !
Cynthia > J’aurais aimé l’étudier à l’école aussi. Le seul roman que j’y ai étudié avec plaisir, ce fut Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, pour ma part
Manu > Vas-y, Manu ! Fais-le ! (Il se lit en 2h quand on est une tortue comme moi)
Zarline > M’enfin, qu’est-ce qui te retient? Fonce, ils sont tous les deux excellents !
Jules > Sacrilège !
Tu fais fort bien de l’ajouter !
Lalou > Ne t’attends pas à un roman de l’envergure de 1984, hein, c’est une fable. Je t’avoue qu’en ce qui me concerne, j’ai éprouvé quelques difficultés au départ, mais plus j’avancais, plus j’étais saisie par sa pertinence et ses autres qualités. Je pense que tu apprécieras !
Diabazo > Salut ! Comme je le disais à Cynthia, j’aurais voulu découvrir ce livre à l’école aussi, histoire de le décrypter jusque dans les moindres détails, et n’en pas perdre une miette !
Un grand merci pour ton conseil, je prends note de ta suggestion (tu es sûre que ce n’est pas romancé? On n’y raconte rien qui soit incorrect?)
Je ne l’ai pas trouvé romancé, et à mon sens les faits sont corrects puisque l’auteur a un parcours sérieux. Après je ne suis pas historienne pour juger
… !
« Femmes de dictateur » est l’essai dont je te parlais dans un email avant la Foire du Livre
Le 1er tome est récemment sorti en Poche et un second tome est paru en grand format.
Si tu es tentée par ce livre et par une lecture commune, je suis ton homme (si je puis dire)
Sinon à part Orwell, j’ai aussi beaucoup aimé étudier « Une vie » de Maupassant.
Par contre Zola, Balzac, Stendhal, j’ai eu beaucoup de mal (et j’appréhende de retenter l’expérience).
Diabazo > Ok, merci, je vais le commander !
Cynthia > Ah, il me semblait bien que ce titre me disait quelque chose ! S’il est sorti en poche, en plus, soyons fous : acquérons ! Je suis d’accord pour une LC, mais il faut d’abord que je l’achète
Euh… pas trop vite seulement (je suis de Namur, je fais ce que je peux !
)… En juillet ou en août, ça te conviendrait?
Un classique que je n’ai pas encore lu… grave lacune! :-/
Lu ado. Et relu souvent par la suite. J’avais adoré ce roman et la métaphore.
DF > A intercaler entre deux briques de plus de 1000 pages?
Il se lit très rapidement et en vaut vraiment la peine ! Je t’exhorte à te jeter dessus aussi vite que possible
Karine > Je ne sais pas si je le relirai souvent, mais je comprends qu’on puisse adorer ce livre !