![Tartt, Donna. Le maître des illusions. Pocket, 2011 [1992]. 705 p.](http://upload.marecages.be/couv/tarmai.gif)
« Nous n’aimons pas le reconnaître, mais l’idée de perdre le contrôle est quelque chose qui fascine plus que tout [...]. (p. 61)
Richard Papen, un jeune Californien mal dans sa peau, rejoint l’université de Hampden, dans le Vermont, pour mieux fuir les tensions familiales.
Installé là-bas, il envisage des études classiques mais il est très vite averti des pratiques élitistes/subversives de Julian Morrow – l’unique professeur désigné pour l’enseignement du grec et du latin – et du comportement exclusif de ses cinq étudiants…
Non sans effort, Richard que la curiosité a piqué, parvient à s’inscrire à ce cours très privé et à se faire accepter dans le groupe, faisant fi des mises en garde du conseiller pédagogique…
Bien qu’intégré dans sa nouvelle sphère, Richard perçoit sensiblement que ses condisciples entretiennent une part de mystère et s’affairent derrière son dos…
« [...] je voulais maintenir l’illusion qu’ils étaient d’une parfaite franchise avec moi, que nous étions amis, qu’il n’y avait pas de secrets entre nous, alors qu’en vérité il existait beaucoup de choses dont ils ne me parlaient pas et ne me parleraient pas de longtemps. » (p. 125)
Le lecteur sait cependant à quoi s’en tenir car, comme le lui a appris prologue, l’intrigue court vers l’assassinat de l’un d’eux, attendu à mi-roman.
Le meurtre et ses causes se profilent lentement, tandis que grandissent au fil des pages l’anxiété et la folie des protagonistes, voués à souffrir ensuite d’une dévorante culpabilité…
« Je ne faisais rien de mal, mais il me semblait que j’étais en quelque sorte dans la clandestinité, que j’avais une vie secrète qui, si agréable qu’elle fût, devait tôt ou tard me rattraper. » (p. 543)
Le maître des illusions raconte l’histoire d’un groupe singulier d’étudiants aux personnalités complexes, aux modes de vie décalés, et aux rapports infiniment nébuleux.
J’avais apprécié Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe, j’ai donc pensé que ce roman, similaire par son contexte (la vie universitaire), pourrait me plaire1. Cette lecture m’a cependant laissé une impression très mitigée.
J’ai adoré la première partie du récit, envoûtante au point que j’en suis devenue asociale dans les trajets en bus où j’étais accompagnée2…
Donna Tartt y campe avec brio le tempérament de ses personnages. Elle intrigue par leur étrangeté, leurs secrets et leurs manipulations psychologiques. Il règne dans ce livre un climat malsain, une ambiance fiévreuse et décadente qui se veut doucement hypnotisante…
« La forêt était immobile comme la mort, plus sinistre que jamais – verte et noire, stagnante, assombrie par une odeur de pourriture et de boue. Il n’y avait pas de vent, pas un oiseau ne chantait, pas une feuille ne bougeait. Les fleurs de cornouiller étaient en suspens, blanches et surréelles dans un ciel qui noircissait, figées dans la lourdeur de l’air. » (p. 343-344)
Dès lors que l’étudiant a trouvé la mort (seconde partie), le roman m’a cependant paru s’enliser crescendo.
L’auteure m’a donné l’impression de s’acharner à préserver le mystère coûte que coûte, quitte à créer de nouvelles ambiguïtés, inutiles à mon sens. Les secrets devenus artificiels, le roman m’a semblé perdre toute sa saveur. L’intrigue, ralentie, s’alourdit de détails insignifiants et de longueurs épouvantables pour mieux s’embourber avec ses personnages de façon irrémédiable.
En outre, de nombreuses coquilles desservent le roman (nombre de « tu » dont le verbe qui suit figure sans « s »), et sa traduction est rendue boiteuse par endroits (Menu bonheur de chez Mc Donald’s, Isram, isramiens, chah isramien (à toutes les sauces : mais qu’est ce que c’est?), un gâteau à la crème de fromage pour un cheese cake, et j’en passe).
J’ai terminé ce livre sans curiosité, et l’ai refermé en songeant que j’avais royalement perdu mon temps… C’est fort dommage, il me conquérait encore à la page 350 !
- Néanmoins, le lecteur du Maître des illusions est loin de Charlotte Simmons et de son univers en raison du détachement de cette sphère atypique (Julian Moore et ses protégés) que rejoint le narrateur, Richard Papen. Si la dépravation est présente, elle n’est pas la cause d’une futilité triomphante comme dans le roman de Wolfe, mais d’une responsabilité obsédante – un meurtre – qui tiraille et gangrène les protagonistes… [↩]
- Hein, Louise?
[↩]




Bon, là, je ne sais pas si on pourra encore se parler. Mon roman culte, lu et relu. Et bon, Charlotte Simmons, tu me déçois là !!!!
Une fois de plus, je souscrit complètement à ton commentaire : l’ambiance instaurée au départ est très envoûtante, la psychologie des personnages complexe à souhait, mais… j’avais trouvé moi aussi que le récit souffrait de longueurs, et puis aussi, à certains moments, de passages au lyrisme inutile.. et j’avais eu un peu de mal à le finir.
Ah oui, les fautes de frappe et de traduction, une cata!
Manu > Pardon, Manu. Il semblerait qu’Irving, Zafon et Tartt ne me séduisent pas, et ils font tous trois partie de ta « top list ». Je suis désolée d’avoir des goûts aussi subversifs
La forme m’a pas mal éreintée (cf. patois « fuck »), mais je garde de ce roman-là un souvenir très vif. Je suis extrêmement soucieuse du sujet abordé par Wolfe dans ce livre, en même temps…
Pour Charlotte Simmons, je te déçois? A quel point de vue? Par le fait que j’aie apprécié le livre? Malgré quelques réserves, tu dis l’avoir apprécié aussi dans ton billet, pourtant?
Ingannmic > On est souvent d’accord, il me semble
C’est gai !
Nymphette > Une plaie ! Tu les as relevées aussi? Je vais aller lire ta critique
Même sentiment pour moi. J’avais pensé découvrir un livre culte. Que nenni! Du cliché à la pelle, du téléphoné, de l’ennui, … J’avais aussi, dans le genre « campus novel », préféré le Tom Wolfe, qui a quand même d’autres ambitions littéraires…
comme toujours, lorsqu’un avis est négatif, je suis toute contente de ne pas devoir noter
ce livre avait remporté un assez grand succès auprès de pas mal de lecteurs, mais je passe mon tour moi aussi
je n’ai jamais pu terminer « le petit copain », dommage, j’aurai aimé connaître comment cela se termine !
J’avais bien aimé, je l’ai lu il y a quelques années déjà mais il me semble que certaines longueurs m’avaient agacée.
Voyelle et Consonne > Je n’ai pas relevé l’aspect cliché et téléphoné, je dois avouer. Je ne suis pas très bonne à ce jeu-là.
Dans le même genre (campus novel, comme tu dis), je serais curieuse de voir ce que vaut Campus de Curtis Sittenfeld. Tu l’as lu?
Je le soupçonne d’être encore plus dispensable que celui-ci, mais sait-on jamais?
Niki > Je suis plus fréquemment insatisfaite que conquise, j’en déduis que je dois souvent te rendre « toute contente » !
Lystig > Je ne pense pas que je le lirai. Donna Tartt fait dans les briques, et je n’ai vraiment pas envie de réitérer l’expérience de l’ennui que j’ai éprouvé dès la seconde partie du Maître des illusions…
Violette > Il me semble que pas mal de lecteurs sont d’accord sur le fait que le livre aurait gagné à se délester d’une bonne grosse centaine de pages…
Je suis déçue que tu aies préféré Charlotte Simmons que je trouve bien inférieur
Manu > Je t’explique plus en détails pourquoi celui-là m’a marquée davantage. Moi, Charlotte Simmons dénonce les dérives de notre temps – l’alcool qui coule à flots, la sexualité « de consommation » (je prends, je jette) – dans l’univers estudiantin. Le Maître des illusions relate quant à lui une histoire… ponctuelle et fictive.
Si je ne m’en tiens qu’à la première partie de ton livre de chevet, je te rejoins complètement au niveau de la forme : Moi, Charlotte Simmons est stylistiquement inférieur au Maître des illusions. L’ambiance malsaine, remarquable, qui se dégage du bouquin de Tartt met déjà la barre assez haut. Par ailleurs, le jargon « fuck » de Wolfe est passablement lourd et rébarbatif, ce qui nuit clairement à l’esthétique du livre.
Mais sur le fond, je préfère de loin le roman de Wolfe, parce qu’il dénonce un fléau dont je suis/j’ai été non seulement spectatrice mais aussi très soucieuse…
Voilà, ça ne tient qu’à ça : Wolfe livre une amère restitution des tendances sociales (réalité) et Tartt dépeint un monde purement imaginaire et isolé (romanesque). Les considérations relatives au monde que nous connaissons me passionnent parfois beaucoup plus que la construction d’un univers illusoire. Du moins, c’est ici le cas !
je l’ai commencé plusieurs fois, mais je n’ai jamais réussi à m’y plonger réellement, alors j’ai définitivement laissé tomber…
« Menu bonheur » de Mac Donald’s

La bonne nouvelle c’est que « Moi, Charlotte Simmons » est dans ma PAL contrairement à celui-ci
Pour ce qui est dans campus novels, tu peux t’orienter vers « Délicieuses pourritures » de Oates (1er roman lu de cette auteure et beaucoup aimé) ou vers « Les revenants » de Laura Kasischke (achat prévu quand j’aurai lu ses autres titres déjà dans ma PAL).
Cela dit, ce Maître des Illusions me fait de l’oeil malgré tout mais ce n’est pas une priorité.
Lasardine > Boh, t’as bien fait de ne pas t’acharner
Cynthia > Je suis curieuse de savoir si tu aimeras Charlotte Simmons ou non. Ce n’était pas un coup de coeur pour moi, mais il y a matière à réflexion !
J’ai pris note de tes recommandations. J’ai surtout noté Oates, parce qu’il me semble, si j’ai bon souvenir, que Les revenants de Kasischke n’avait guère plu à Yspaddaden…
Mon Dieu j’ai lu ce livre il y a tellement longtemps, je me souviens avoir été impressionnée (et avoir été face à un livre assez intello aussi)
Il était sur mon bureau depuis six mois : j’ai fini par me lancer. Une grosse déception, surtout la deuxième partie. En caricaturant à peine, on connaît dès le prologue la victime, presque les coupables. 350 pages plus loin, on sait pourquoi et comment.
Et il reste la moitié du bouquin pour savoir s’ils vont s’en tirer et comment ils vont vivre avec cet acte sur la conscience. Que de longueurs ! et quand même un peu de pédantisme non ?