
« Vous me direz que je [la Mort] fais mes tournées de toute façon, quelle que soit l’année, mais parfois l’espèce humaine aime accélérer les choses. » (p. 356)
Le roman s’ouvre sur une Allemagne âpre et hostile : nous sommes en 1939, Adolf Hitler arbore déjà le titre de Führer…
Au cœur de Munich, Liesel Meminger, une petite Allemande âgée de neuf ans, voit son jeune frère mourir devant elle et est ensuite arrachée à sa mère. Entre les deux, un livre ramassé marquera pour la fillette le dernier vestige de son enfance subitement fauchée.
Liesel rejoint la ville de Molching où elle est accueillie par ses parents nourriciers, Rosa et Hans Hubermann. Les relations entre l’enfant et Rosa ne sont pas simples au départ, mais Hans, attentif et généreux, apporte sur-le-champ à Liesel le réconfort dont elle a besoin.
Devenue confiante, cette dernière relate à son père adoptif ses mésaventures. Bien qu’incertain en lecture, Hans lui apprend à lire pour découvrir le contenu de l’ouvrage cueilli précédemment, qui rappelle à la fillette sa vie d’avant…
Les mots deviennent peu à peu pour Liesel une passion et un moyen de subsister… Mais au sein de l’Allemagne nazie, c’est une forme de résistance que de lire autre chose que Mein Kampf, que de récolter sous les flammes les ouvrages en train de se consumer et de multiplier sous d’autres formes les larcins de papier…
La voleuse de livres raconte le parcours de Liesel Meminger : sa relation avec les Hubermann, avec son fidèle ami Rudy Steiner, avec ses voisins, et son ami défendu : Max Vandenburg, le Juif au cœur tendre que les parents nourriciers de Liesel cacheront dans leur sous-sol durant de longs mois…
Cette fable pour adolescents raconte la lutte fragile d’une toute jeune fille contre la répression, la discrimination et l’inhumanité.
Ce roman m’a été chaudement recommandé par deux amies. Comme il s’agissait non seulement d’un livre qui s’épanchait sur la seconde guerre mondiale – un de plus… – et qu’il était de surcroît destiné aux adolescents, je n’étais pas tout à fait sûre qu’il puisse me plaire…1
L’immersion au cœur de cette histoire m’a donné du fil à retordre. Le texte est parsemé de brèves notes en gras qui scandent le rythme et m’ont rappelé les mielleuses annotations et parenthèses de David Foenkinos dans son roman La délicatesse2… Ensuite, les tics langagiers (Saumensch, Saukerl, Jésus Marie Joseph…) ont eu tendance à légèrement m’agacer. Enfin, l’auteur emploie nombre de fois des mots allemands suivis de leur traduction française, ainsi que des néologismes formés sur base de mots allemands que j’ai trouvés esthétiquement très désagréables…
« Cette après-midi-là, ils retournèrent au bazar de Frau Diller, « Heil Hitlerèrent » et attendirent.
« Encore un assortiment de bonbons ? » schmunzela-t-elle. Ils répondirent par un hochement de tête affirmatif. » (p. 197)
Si La voleuse de livres clame tout au long du roman la beauté des mots, ce n’est pourtant pas le style de l’auteur qui m’a conquise…
A la 150e page, j’ai failli avorter la lecture de ce roman, mais j’ai eu l’occasion d’échanger quelques mots à son propos avec une parente dont les goûts littéraires sont fort proches des miens. Elle l’avait lu, elle avait failli aussi l’abandonner, mais il fallait attendre l’apparition de Max (le Juif) qui rendrait le récit plus prenant. Et en effet, le livre a commencé à me captiver dès l’apparition de celui-ci !
Il m’a donc fallu atteindre le tiers de La voleuse de livres pour percevoir ses qualités et me surprendre aussi à ne plus avoir envie de le lâcher.
Voici donc ce que j’ai fini par lui trouver de positif : Markus Zusak a rendu le livre léger dans la gravité, et tendre et drôle en dépit du climat malsain qui règne tout autour. Ses personnages sont très attachants. Ce roman est poétique, notamment grâce à l’évocation constante de la couleur des cieux…
« Par la fenêtre, à travers le brouillard et le gel, ils pouvaient voir des rais de lumière rose sur les toits enneigés de la rue Himmel.
« Regarde les couleurs », dit Papa. Comment ne pas aimer un homme qui non seulement remarque les couleurs, mais en parle? » (p. 104)
Il revêt aussi un côté original par le choix du narrateur, car c’est la Mort en personne qui nous relate l’histoire de Liesel et de ses proches. Une mort affable et sensée qui constate sobrement la bêtise des Hommes et qui n’a rien de cette terrible faucheuse que porte leur imagination…
« En conséquence, je trouve toujours des humains au meilleur et au pire d’eux-mêmes. Je vois leur beauté et leur laideur, et je me demande comment une même chose peut réunir l’une et l’autre. Reste que je les envie sur un point. Les humains ont au moins l’intelligence de mourir. » (p. 566)
Comme l’a très justement affirmé Manu, même si ce livre est romancé, il donne par ailleurs un bon aperçu de la réalité vécue par les Allemands sous le régime nazi.
En somme, La voleuse de livres arbore des caractéristiques un brin abruptes au départ, mais qui se laissent oublier tant le récit s’annonce finalement plein de charme, de douceur, d’émotion, et d’ironie aussi…
Une jolie découverte !3

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « objet » (5/10).
- Accessoirement, je lui reprochais aussi son emballage commercial : sa couverture, son titre, son slogan, pas à mon goût du tout. [↩]
- Rien ne pouvait me faire plus peur que me rappeler ce roman-là. [↩]
- Merci à Lalou et Julie’tte de m’avoir poussée à lire cette histoire. Je fais la dure, mais j’ai quand même versé une larmichette à la fin, hein !
[↩]




AH mais c’est que tu m’as fait peur ! Car j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Et tu confirmes qu’il faut parfois s’accrocher à une lecture !
Oh beh je suis super contente qu’il t’ai finalement plu !!
Parce que bon, il ne fait pas l’unanimité parmi mes lecteurs ici à la biblio (je le fais lire à tour de bras, comme « le treizième conte »
)
Donc « de rien » si, parfois, je te donne envie de lire des trucs qui te plaisent
Ah ben tiens, je l’avais commencé et m’étais justement arrêtée aux environs de la page 150.
Je me suis dit que je reprendrais cette lecture un jour mais bon je ne suis pas plus motivée que ça…
Je ne me rappelle pas avoir eu du mal à rentrer dedans, même si effectivement, l’arrivée de Max rend vraiment le livre difficile à reposer.
Pour ce qui est du style de l’auteur, ça doit en grande partie venir de la traduction, je ne crois pas avoir vu ces néologismes en anglais. Ou alors ils ne m’ont pas marqué parce qu’en anglais, transformer un mot en verbe n’est pas vraiment agaçant ; pas très judicieux de la part du traducteur d’avoir gardé ces formations, en français ça ne passe vraiment pas…
En tout cas, contente de lire que tu as poursuivi et aimé, je garde un excellent souvenir de cette lecture qui m’a beaucoup marquée pour sa douceur et sa poésie !
cela devient un peu ridicule de dire d’un livre qu’il « est dans ma pal »
c’est aussi le cas de ce livre-ci, le tout c’est de l’en sortir et pourtant pratiquement tous les billets sont positifs
Ô joie ! Je suis contente que tu aies apprécié cette jolie découverte
En lisant ton billet, cela m’a donné envie de m’y replonger dans l’histoire de Liesel mais non non … la magie risque d’être différente. Comme Sita, je garde un très très bon souvenir de ce livre. Heureuse d’avoir pu te partager un de mes coups de coeur gentille Reka
Lu il y a quelques temps, mais il m’avait beaucoup plu, je ne peux que le conseiller.
Manu > Ce n’est pas un coup de cœur, mais j’ai beaucoup aimé !
Lalou > S’il ne fait pas l’unanimité c’est sans doute à cause de son style, je pense
Recommande Extrêmement fort… à tour de bras aussi, hein, Lalou !
Cynthia >
Comme quoi ! J’imagine que si tu as reposé le livre il y a longtemps, ça ne va pas être simple de se donner du courage pour le reprendre en cours de route… Mais lis Foer, c’est mieux, de toute façon
Sita > Bah comme je l’ai dit, le livre m’évoquait Foenkinos, ce n’était pas un facteur facilitant…
Pour ce qui est des néologismes, je pense en effet que le traducteur aurait pu nous dispenser de cette extravagance, je trouve aussi que ça ne passe pas du tout en français…
Niki > Mais tu as tous les livres du monde dans ta PAL, Niki !!
Amanda Meyre et Clarabel n’ont pas été totalement convaincues, mais il est vrai que, globalement, les lecteurs semblent garder un bon souvenir de cette lecture.
Julie’tte > J’ai réussi à te donner envie de le rouvrir alors que je grommelle dessus dans la moitié de ce billet? T’es quand même d’un optimisme sans faille, ma Juliette !
Encore merci!
Del > Je vais le faire circuler dans mon entourage !
j’en garde un très bon souvenir. j’ai terminé en larmes…
Heureuse de t’avoir permis de poursuivre ta lecture alors ! (Et puis merci de n’avoir pas remis que j’avais des goûts cinématographiques douteux)
J’oublie souvent le contenu des livres que j’ai lus mais celui-ci m’a marqué. J’ai vraiment beaucoup aimé.
Bonne fin de journée.
Theoma > J’ai achevé en larmes aussi
Un bon point pour un auteur que de parvenir à faire pleurer le lecteur !
Niche > Encore merci et sans rancune pour mes allusions sarcastiques hein?
Philippe D. > Je ne sais pas si j’en garderai un souvenir impérissable, mais ce livre est plaisant, c’est certain