D’autres prendront nos places / Pierre Noirclerc

:6:

« Je crois que nous venons tous au monde avec des désirs de perfection qui s’amenuisent au contact de la réalité. Quand la vie vous met à genoux faut bien revoir ses ambitions à la baisse. » (p. 220)

:resu:

Pierre n’a pas la trentaine. Il est sans emploi et célibataire. Il quitte le logis parental et les tensions familiales pour s’installer à Paris où il espère trouver un job plus facilement.

Dans son modeste quinze mètres carrés à 600€ où des rats ont élu domicile, Pierre vit un quotidien peu glorieux : entre les recherches d’emploi peu fructueuses, les rencontres insolites, l’ennui et l’alcool à son continuel secours, notre narrateur s’enlise doucement.

D’autres prendront nos places raconte la vie d’un Parisien désenchanté. Mais tout arrive à qui sait attendre…

:avis:

Entre les déboires sentimentaux, la recherche d’emploi compliquée et l’alcool où se noie son narrateur, on pourrait s’attendre à ce que Pierre Noirclerc nous délivre ici un livre1 franchement déprimant et pourtant, il n’en est rien.

Notre auteur s’en tire en effet habilement par le cynisme qu’il distille dans les courts chapitres (2 à 7 pages) qui constituent son ouvrage.

Ce livre, très contemporain de par son style et les problèmes de société qu’il évoque (Internet et la crise de notre siècle – à commencer par la « pénurie » d’emploi – prennent ici une grande place) m’a interpellée çà et là par les justes réflexions qu’il soulève…

« On parvient à survivre tant qu’on ne se compare pas aux autres. Ce n’est qu’à ce prix qu’on réussit à se supporter soi-même. » (p. 179-180)

« Le début comme tous les débuts n’était pas si désagréable. Ce n’est que lorsque les choses trainent en longueur qu’on commence à s’en lasser et à les percer à jour. Il en est ainsi pour n’importe quel job, il en est ainsi pour n’importe quelle histoire d’amour. » (p. 185)

Pierre Noirclerc fait non sans dérision le procès du paraître/des faux semblants, de la déshumanisation de la société, etc. Son personnage est réaliste, distant (désabusé?) et ne manque jamais de mordant (humour noir… criard) pour appréhender le monde qui l’entoure.

« L’électricité est une invention géniale. On s’en sert pour ôter la vie des gens et aussi pour les concerts de rock. » (p. 58)

Je suis rentrée dans ce livre avec rapidité et facilité (Noirclerc use d’un style proche du langage oral que j’ai trouvé plutôt efficace) mais j’ai déploré deux-trois petites choses : le nihilisme et l’aigreur constante (fatigants à la longue), l’absence d’espérance (même dans les dernières pages, abruptement dures même si chargées d’une mélancolique amertume assez poétique, en fin de compte), le manque d’ambition qui caractérise le narrateur (comme une envie de le secouer comme un prunier, par moments !) et la crudité de certains passages (impossible de les lire sans piquer un fard dans les transports en commun !).

En définitive, une lecture agréable entrecoupée de sourires amusés, plusieurs réflexions pertinentes reflétant avec justesse la mentalité de notre société actuelle, mais pas un coup de cœur en ce qui me concerne !

Je remercie 2 – et plus particulièrement Roxane, sans qui je n’aurais peut-être jamais pu découvrir ce livre – de m’avoir proposé ce livre en partenariat !

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  1. Roman ou autobiographie? Rien ne le dit. Troublante est pourtant la coïncidence entre les prénoms de l’auteur et du narrateur, leur âge et leur lieu de résidence… []
  2. Le livre de Pierre Noirclerc a été récompensé en 2011 par le prix Welovewords. []

9 Réponses au billet “D’autres prendront nos places / Pierre Noirclerc”


  • C’est chouette de lire un article ici :)
    Bonne année !

  • On me l’avait proposé aussi mais il n’est jamais arrivé chez moi…En même temps les avis n’évoquent jusqu’à présent rien de bien transcendant alors bon :)

  • j’en suis un peu revenue des lectures « glauques et réalistes », mais je voulais profiter de cette occasion pour te souhaiter une belle année de lectrice, et une belle année tout court :)

  • Tout d’abord bonne année ! Ravie de te revoir enfin ici (ben oui, je te guettais héhé )
    Je l’ai reçu aussi et ton avis me conforte dans l’idée que j’ai bien fait d’accepter.  

  • Lili Galipette > Mon silence est si remarquable? Bonne année à toi aussi (c’est vrai que je n’ai pas fait de billet pour vous souhaiter mes voeux, c’était prévu, je le ferai peut-être avec 10 jours de retard ;) )

    Cynthia > Ah il n’est jamais arrivé chez toi non plus? Bizarre, j’ai eu le même problème. C’est parce que je faisais un saut à Bxl que j’ai pu le capturer, sans quoi je n’aurais pas pu le lire. Je m’attendais à quelque chose qui me touche plus, je dois dire…

    Niki > Réaliste, mais pas glauque, ce bouquin-ci, Niki :) Mais je ne serais pas étonnée si ce livre ne te séduisait pas : je ne te connais pas bien, mais j’ai dans l’idée que ce ne serait pas ton genre. Une excellente année à toi aussi, et avant plein de coups de coeur, une très bonne santé !

    Manu > Bonne année ma chère Manu ! Plein de bonnes choses ! Oui, je me fais discrète ces temps-ci, ça risque de durer encore un petit moment, j’expliquerai ça dans un prochain article qui précédera une petite (ou une longue?) pause.
    J’espère qu’il te plaira, je me tiendrai au courant de ton avis en guettant mes RSS ;)

  • Le livre ne me tente pas trop mais je voulais surtout passer par ici pour te souhaiter une excellente année 2012, pleine de plaisir, de surprises, de découvertes et d’envies.

  • Bonjour !

    Merci beaucoup pour cette chronique et pour ta patience, je vois donc que d’autres livres ne sont pas arrivés, c’est quand même étrange car j’ai rechecké toutes les adresses…
     
    Très bonne année !
    Merci encore pour cette lecture sans détour ! 

  • Encore une découverte, je ne connais ni le titre ni l’auteur.
    Bonne semaine.

  • Bonjour,
    Je ne suis pas sûre d’être tenté par ce livre mais j’ai beaucoup aimé ta description. Bref, tu sais bien t’exprimer, ça fait plaisir :) Je vais continuer ma visite.

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