Archive mensuelle de janvier 2012

Le pingouin / Andreï Kourkov

:5:

« Je vais avoir quarante ans, et l’être qui m’est le plus proche est un pingouin… » (p. 153)

:resu:

Victor Zolotarev, écrivain raté, vit seul dans un appartement avec son pingouin mélancolique appelé Micha.

Bientôt, Victor se voit proposer un poste atypique dans une agence de presse : chargé d’écrire les nécrologies de personnes à la fois célèbres et vivantes, il s’accommode de ce nouvel emploi peu contraignant sans se poser aucune question… Mais il se rend compte rapidement que son nouveau travail n’est pas sans risque, car les morts qu’il honore à l’écrit finissent par trépasser les uns après les autres.

De rencontres insolites en péripéties incongrues, Le pingouin est un roman absurde et inattendu…

:avis:

Bon, bon, bon.

J’ai l’impression de n’avoir rien compris à ce livre. Les allusions à l’histoire et à la culture post-soviétiques – à propos desquelles j’avoue ne rien connaître1 – ainsi que la grande place dédiée à l’absurde y sont sans doute pour beaucoup… Mais pas seulement !

En effet, Andreï Kourkov nous propose de suivre ici un personnage (Victor) franchement naïf. La lectrice que je suis n’a donc eu d’autre choix que de poser sur les événements un regard… si pas tout aussi naïf, presque autant ! Oserais-je publiquement révéler que je n’ai jamais envisagé que la mafia jouait un rôle dans ce livre? …

« Va à la rédaction… Je vais appeler ma secrétaire pour qu’elle te laisse entrer dans mon bureau. Dans le coffre-fort, tu prendras la serviette marron que tu me rapporteras… Je vais te donner la clé. Si tu te rends compte que tu es suivi, débarrasse-t-en sans qu’on te voie et balade-toi en ville jusqu’au soir… » (p. 142)

Malgré plusieurs passages criants, je n’ai vu, comme Victor, que des « bizarreries » que je n’étais pas capable de nommer : la mafia n’étant jamais évoquée explicitement en dehors de la quatrième-de-couverture-que-je-n’avais-pas-lue (!), ce n’est qu’en lisant quelques critiques après avoir fini le bouquin que les choses se sont soudainement clarifiées…

Cette mise en lumière tardive ne m’aura toutefois pas permis de revoir mon jugement. Or, ce roman a fait pour moi figure de déception… Je peux sans problème reconnaître au Pingouin une évidente originalité et une grande force : celle de propulser habilement le lecteur dans une perception candide/désaxée au point de le rendre tout à fait innocent (j’en suis la preuve vivante), mais si je m’étais attendue à lire une fiction désopilante et éminemment sympathique, je l’ai perçue comme plutôt cafardeuse… Bref, je n’ai pas le souvenir d’avoir souri.

Ce livre, bien que riche en rebondissements, m’a paru plat et longuet. J’ai déploré la banalité des personnages ou, plutôt, leur personnalité très terne, leur manque d’expressivité et de relief : Le pingouin ne fait pas dans le sentiment. Seul Micha m’aura attendrie quelques fois…

« Le pingouin, son repas englouti, revint près de son maître, que cette attitude câline étonnait. Il le caressa, et sentit son protégé se serrer plus fort contre sa jambe. » (p. 140)

Enfin, et sans doute que cela contribue en partie à la singularité de ce roman, nombreuses sont les énormités qui prennent place dans la vie de Victor et qui suscitent son attention pour un temps dérisoire. Alors que le lecteur est tenté de creuser, il n’a d’autre choix que de suivre le narrateur qui y pense et qui oublie. Ce manque de suite dans les idées – parfaitement réfléchi et maîtrisé par l’auteur – m’a parfois quelque peu agacée…

Pour finir, la traduction de ce poche – truffée de coquilles – et son style saccadé ont définitivement empêché ce livre de me convaincre.

Reflet de la période post-soviétique, les contemporanéistes trouveront sans aucun doute à ce roman un véritable intérêt historique. Ils percevront les subtilités de cette histoire et s’amuseront de son caractère absurde. Quant à moi, mon amertume tient en grande partie, je crois, de mon inculture et de mon absence de prise de conscience par rapport à l’étendue de la naïveté du personnage principal au commencement de cette lecture… Malgré tout, je crois que Le pingouin n’est pas le genre de lecture dont j’avais envie ou besoin pour le moment. Je suis donc malheureusement passée à côté…

Un roman qui, objectivement, mérite le détour pour autant qu’on évite de tomber dans les mêmes pièges que moi… BE AWARE ! ;)

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac 2012, catégorie « animal » (1/10).

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  1. Ignorance à laquelle j’ai vaguement tâché de remédier entre temps, merci Szymon ! []

Bilan 2011 : tardivement mais sûrement !

Bonjour à tous,

Permettez-moi dans un premier temps de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2012 – mes voeux courront 25 jours de plus que ceux que des autres, vous êtes couverts pour le froid de janvier 2013 ! ;):)

Voici le bilan – peu grisant – de cette année littéraire :

2011 aura été une année plus active que 2010 comme l’atteste ce tableau où je passe pour tout sauf pour une littéraire ;)

42 bouquins lus cette année contre 28 l’année précédente : une performance pour l’escargot que je suis. Répétez-le moi encore : « ce n’est pas la quantité qui compte ». Oui, sauf qu’on peut se dire qu’en en lisant plus, on a peut-être aussi plus de chances de tomber sur davantage de coups de coeur. Ca n’a malheureusement pas été le cas cette année…

Avec une appréciation globale de 5/10, je ne peux pas prétendre avoir trouvé de quoi vraiment combler la lectrice que je suis. Ce 5 n’est pas le résultat d’une moyenne de grands hauts et de grands bas, mais de petits bas et de petits hauts : huit 7, neuf 6, quatorze 5, six 4, deux 3. 2011 n’aura donc, cela se voit, pas connu de coups de foudre.

Malgré tout, je retiens plusieurs livres que j’ai pu conseiller chaleureusement même si j’eus préféré pouvoir en recommander ardemment.

Mary R. Ellis m’a capturée dans un univers tragique et dense mais ô combien émouvant quand j’ai découvert son premier roman Wisconsin ; Le treizième conte de Diane Setterfield m’a permis de passer un moment très agréable, hors du temps ; Premier amour de Joyce Carol Oates m’a marquée par son étrangeté et son onirisme ; L’oiseau des morts d’André-Marcel Adamek m’a ravie par sa poésie et ce partage, rare, de la vie d’une délicate et innocente corneille ; Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer s’est laissé dévorer en dépit de sa facilité et de ses répétitions, « faiblesses » discrètes qui m’auront tout de même empêchée de découvrir la suite de ce roman…

Ce n’est pas rien, il n’y a pas eu que des déceptions ! Néanmoins, le grand rêve d’un livre qui se distingue et surplombe dignement tous les autres se sera fait attendre jusqu’au bout et en vain…

J’entame donc 2012 sans acharnement et me laisse le loisir d’oublier une frustration bien présente.
J’ai pris la décision de lire à mon aise, de ne plus écrire de critique si je dois chercher à exprimer un ressenti qui flirte avec quelque chose comme de l’indifférence ou de la lassitude. Je pense que je me suis éreintée à toujours rendre compte de mes lectures, à toujours vouloir trouver des mots pour ce qui n’en avait pas. Plutôt que d’écrire avec une régularité de métronome1 et voir la qualité de mes arguments s’effilocher, je préfère me faire plus rare et rendre compte des livres qui auront eu une résonance, un impact, qui m’auront touchée d’une manière ou d’une autre, simplement…

Je vous souhaite à tous des lectures tout en couleurs qui vous enthousiasment, vous ébranlent, vous émeuvent, vous percutent… Bref, qui ne vous laissent pas insensibles ! ;)

A bientôt,

Reka

  1. Et encore, pas tant que ça ! []

D’autres prendront nos places / Pierre Noirclerc

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« Je crois que nous venons tous au monde avec des désirs de perfection qui s’amenuisent au contact de la réalité. Quand la vie vous met à genoux faut bien revoir ses ambitions à la baisse. » (p. 220)

:resu:

Pierre n’a pas la trentaine. Il est sans emploi et célibataire. Il quitte le logis parental et les tensions familiales pour s’installer à Paris où il espère trouver un job plus facilement.

Dans son modeste quinze mètres carrés à 600€ où des rats ont élu domicile, Pierre vit un quotidien peu glorieux : entre les recherches d’emploi peu fructueuses, les rencontres insolites, l’ennui et l’alcool à son continuel secours, notre narrateur s’enlise doucement.

D’autres prendront nos places raconte la vie d’un Parisien désenchanté. Mais tout arrive à qui sait attendre…

:avis:

Entre les déboires sentimentaux, la recherche d’emploi compliquée et l’alcool où se noie son narrateur, on pourrait s’attendre à ce que Pierre Noirclerc nous délivre ici un livre1 franchement déprimant et pourtant, il n’en est rien.

Notre auteur s’en tire en effet habilement par le cynisme qu’il distille dans les courts chapitres (2 à 7 pages) qui constituent son ouvrage.

Ce livre, très contemporain de par son style et les problèmes de société qu’il évoque (Internet et la crise de notre siècle – à commencer par la « pénurie » d’emploi – prennent ici une grande place) m’a interpellée çà et là par les justes réflexions qu’il soulève…

« On parvient à survivre tant qu’on ne se compare pas aux autres. Ce n’est qu’à ce prix qu’on réussit à se supporter soi-même. » (p. 179-180)

« Le début comme tous les débuts n’était pas si désagréable. Ce n’est que lorsque les choses trainent en longueur qu’on commence à s’en lasser et à les percer à jour. Il en est ainsi pour n’importe quel job, il en est ainsi pour n’importe quelle histoire d’amour. » (p. 185)

Pierre Noirclerc fait non sans dérision le procès du paraître/des faux semblants, de la déshumanisation de la société, etc. Son personnage est réaliste, distant (désabusé?) et ne manque jamais de mordant (humour noir… criard) pour appréhender le monde qui l’entoure.

« L’électricité est une invention géniale. On s’en sert pour ôter la vie des gens et aussi pour les concerts de rock. » (p. 58)

Je suis rentrée dans ce livre avec rapidité et facilité (Noirclerc use d’un style proche du langage oral que j’ai trouvé plutôt efficace) mais j’ai déploré deux-trois petites choses : le nihilisme et l’aigreur constante (fatigants à la longue), l’absence d’espérance (même dans les dernières pages, abruptement dures même si chargées d’une mélancolique amertume assez poétique, en fin de compte), le manque d’ambition qui caractérise le narrateur (comme une envie de le secouer comme un prunier, par moments !) et la crudité de certains passages (impossible de les lire sans piquer un fard dans les transports en commun !).

En définitive, une lecture agréable entrecoupée de sourires amusés, plusieurs réflexions pertinentes reflétant avec justesse la mentalité de notre société actuelle, mais pas un coup de cœur en ce qui me concerne !

Je remercie 2 – et plus particulièrement Roxane, sans qui je n’aurais peut-être jamais pu découvrir ce livre – de m’avoir proposé ce livre en partenariat !

  1. Roman ou autobiographie? Rien ne le dit. Troublante est pourtant la coïncidence entre les prénoms de l’auteur et du narrateur, leur âge et leur lieu de résidence… []
  2. Le livre de Pierre Noirclerc a été récompensé en 2011 par le prix Welovewords. []