L'oiseau des morts / André-Marcel Adamek

:7:

« J’avais été plaisir et douleur, soumission et colère et maintenant, je m’appelais corneille. Ce simple mot semblait contenir toute ma vie. » (p. 52)

:resu:

Un violent orage éclate et éjecte un nid abritant quelques corneilles nouvellement mises au monde. L’unique survivant de cette couvée nous raconte l’attente passive de la becquée, le premier envol, l’apprentissage de la chasse, l’exode hivernal, ses voyages, ses rencontres et son rapport – fasciné – à l’être humain…

« Quand il passa sous notre arbre, son odeur me parvint et j’y reconnus un mélange infini de parfums familiers : l’eau des pluies, la vase, le lait, la laine de mouton, le bois brûlé… Aucune menace ne sourdait de cet être impassible et s’il n’y avait eu l’épouvante de mes parents, j’aurais été tenté de le suivre, de partager son voyage secret et même de me poser en douceur devant ses pas. » (p. 15)

Nous suivons, dans ce livre à mi-chemin entre le conte et le roman initiatique, le singulier quotidien d’une corneille depuis la naissance jusqu’à la maturité.
:avis:

C’est suite au récent décès d’André-Marcel Adamek que j’ai souhaité aller à la rencontre de l’univers de cet auteur belge que je méconnaissais jusqu’alors.

En épluchant sa bibliographie, L’oiseau des morts m’a d’emblée paru être un roman qui pourrait me plaire… Et, en effet, ce livre m’a enchantée !

L’écrivain se met ici dans la peau d’une corneille, nous fait voir le monde dans les yeux d’un oiseau. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce conte n’est pas enfantin : par le biais d’un vocabulaire riche et d’une prose infiniment poétique, André-Marcel Adamek donne à son oiseau narrateur une personnalité légère, fragile et touchante…

« De mon observatoire, je surplombais les toitures du manoir et les coteaux avoisinants. Ma vision portait au-delà de la vallée, vers les étendues de champs clairs où glissait l’ombre rapide des nuages. Il n’était pas un jour sans que l’envie ne me surprît de m’élancer à la rencontre de cet horizon éclatant. Mais l’infini me rappelait soudain le regard d’eau de Barbelune et le murmure des feuillages portait les échos de sa voix. Ma liberté n’était plus à la traversée des espaces invisibles ni à la découverte de terres inconnues. D’une aile soumise, je regagnais la fenêtre entrebâillée. » (p. 60)

J’ai plongé très vite dans ce court roman et je me suis même surprise à être émue par lui au point de verser une larme.

L’auteur a signé ici un livre très éloigné de cette littérature belge qu’on prétend ou que je croyais systématiquement décalée et incongrue. Il fait preuve d’une originalité et d’un talent qui devrait sans nul doute plaire aux amis des animaux1.

Je vous recommande vivement ce titre qui se démarque par sa poésie et sa simplicité.

Quant à moi, j’ai trouvé un auteur remarquable dont j’envisage désormais de poursuivre la découverte !

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge « Littérature belge ».

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  1. Notez que L’oiseau des morts ne recèle pas de contenu morbide malgré son titre. []

9 Réponses au billet “L'oiseau des morts / André-Marcel Adamek”


  • Ca fait des années que je me promets de découvrir cet auteur. Et toujours pas lu :-/

  • Oh je le savais malade, mais pas qu’il était décédé il y a peu :-/
    D’André-Marcel Adamek j’ai lu : Le plus grand sous-marin du monde, Le sang du gourou, Contes tirés du vin bleu, L’oiseau des morts et La grande nuit.
    J’avoue que je ne me souviens pas de toutes les histoires, mais c’est un auteur que je lis avec plaisir. 

  • Manu > Lance-toi ! Ce roman-ci, il fait 92 pages – je l’ai lu en 1h30 – et, promis, c’est un conte simple, humble, plein de poésie… Un petit bijou. Mais si, comme moi, après l’avoir lu, tu ne penses qu’à apprivoiser une corneille, ça risque de ne pas être simple avec ton Petit Chat :D :evil:

    Del > Il est décédé le mois passé :( Tu en as lu beaucoup, des romans d’Adamek ! Je pense que le prochain que je me réserve sera La grande nuit, s’il est disponible à la bibliothèque près de chez moi :)

  • « cette littérature belge qu’on prétend ou que je croyais systématiquement décalée et incongrue » ? mais qui c’est qui nous fait des réputations pareilles, pauvres de nous petits Belges ;-)

  • Je ne connaissais pas du tout cet auteur jusqu’à aujourd’hui. C’est peut-être du fait que c’est de la littérature belge qui n’est pas souvent mise à l’honneur mais grâce à ce challenge, je pense que je vais faire de belles découvertes en lisant les articles des participantes. Je note donc cet auteur et tous les titres qu’a listé Del. 

  • Adrienne > Euh… ben, sans doute moi? Disons que je croyais et qu’ »on » ne prétend pas, je me trompe :$

    J’aurais dû dire « plus libres », soit par le style, soit par le thème (Ancion, Detrez, Polet, Adamek (même Adamek se montre ici libre et « innovant » dans sa façon de faire parler sa corneille)), mais c’est vrai que Jacqueline Harpman échappe peut-être à un tel critère… Je ne voulais rien colporter de négatif/péjoratif à propos de la littérature belge (ni même d’erroné mais ça, c’est fait, c’est trop tard ! ;) ) ! En même temps, j’ai l’impression que notre Nicolas Ancion, il est bien de chez nous… En tout cas, je ne connais pas d’auteur aussi décalé. Bien sûr, la littérature de chez nous ne se limite pas à Nicolas Ancion, et c’est là qu’est mon erreur : j’ai peut-être eu vite tendance à faire des généralités avec un échantillon clairement trop restreint.

    Anne > Bonne idée ! Il y en a qui valent clairement la peine d’être lus, ce serait dommage de passer à côté :)

  • Il est dans ma PAL depuis longtemps. Et tu l’as fait remonter de quelques cases.

  • Voyelle & Consonne > Qu’il remonte, seulement ! Et si jamais tu ne l’appréciais pas, je veux bien volontiers te le racheter, parce que je l’ai eu en prêt à la bibliothèque, et que je l’aime suffisamment que pour l’afficher « sur ma planche du dessus ».

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