
« Les deux premiers jours, tout s’est bien passé. Le troisième, non. » (p. 10)
Voltaire (le narrateur), Oum (sa femme) et Géo (leur enfant) ont cette année-là opté pour l’Italie en guise de destination de vacances.
A Peschici1, il fait une chaleur torride. La famille se prépare sereinement à entamer sa troisième journée de farniente – bouquinage, apéro, baignade et gros dodo -, mais un gigantesque nuage passe devant la résidence des touristes, une odeur de barbecue s’élève et la panique grandit quand la famille se rend compte qu’un incendie de forêt s’est déclaré et ravage tout en son passage.
Voltaire nous relate l’angoisse qui monte, la course contre le feu qui se propage et les souvenirs qui affluent, avant la mort qui paraît de plus en plus inéluctable…
Ce roman est inspiré d’un fait réel vécu par Philippe Jaenada et sa famille en 2007. L’auteur nous propose donc ici un pur récit d’autofiction2. Je ne suis pas du tout une ennemie du genre, mais je n’ai pas cessé d’y voir l’auteur à la place de Voltaire et le charme n’a de ce fait qu’à moitié opéré.
On retrouve dans La plage de Manaccora, 16h30 le style caractéristique de Philippe Jaenada – imposantes digressions, parenthèses imbriquées – mais elles se prêtent à mon sens moins bien au personnage de Jaenada Voltaire qu’à Halvard Sanz, le « héros » gauche, gentil, farfelu et attendrissant du Chameau sauvage.
L’auteur distille son humour habituel dans un événement qui se veut insoutenable et anxiogène, il s’efforce de faire du léger avec du lourd au point d’en devenir, à mon sens, parfois lourd lui-même. N’ayant pas la maladresse et la candeur de Halvard, Voltaire/Jaenada – écrivain, époux et père de famille – m’a par moments semblé pesant dans sa manière (patente !) d’essayer de faire rire son lectorat…3
« J’ai fermé la voiture (elle a clignoté orange comme pour me dire : « Ne me laisse pas là, patate ») et nous avons rejoint le groupe, sur la terrasse. » (p. 37)
~
« C’est source de rage et de haine comme un ongle trop long de Mozart est source de suicide collectif. Comment ai-je pu être assez stupide (moi, Voltaire) pour lui en vouloir et la haïr? J’aime Oum, et j’aime Mozart (mais moins qu’Oum – tocard, Mozart). » (p. 166)
Aussi, les digressions de l’auteur m’ont tour à tour amusée et dérangée, semblé utiles et parfaitement insignifiantes selon les cas.
Rabat-joie, j’ai eu à déplorer aussi le trop grand nombre d’anecdotes du narrateur/auteur quant à son absorption d’alcool (chose que j’avais eue à reprocher au Chameau sauvage également).
Malgré tout, l’humour décalé de l’auteur a opéré de temps en temps, quand je m’y attendais le moins…
« - Oum ! OUM ! (Descends, Anna, ne nous attends pas…) OUM !
Depuis l’intérieur, une voix très naturelle m’a répondu, à peine appuyée, étonnée, celle de quelqu’un qu’on dérange dans un puzzle :
- Quoi?
Comment ça, quoi? Rien, je voulais savoir s’il fallait acheter du pain, pour midi.
- Viens ! Vite ! Sors ! SORS ! » (p. 45)
Ce roman n’a certainement pas que des défauts : il exprime le rapport des uns et des autres face à la peur, au danger, à la mort ; il dit l’anxiété qu’inspire la perte des gens qu’on aime, les lâchetés desquelles on devient capable dans l’insécurité, les souvenirs – ici étonnamment anodins – qui refluent quand on pense vivre les dernières minutes de son existence… Plage de Manaccora, 16h30 aurait clairement pu être un roman parfaitement maîtrisé et intéressant, mais il croule à mon sens sous bon nombre de parenthèses vides et de considérations sans queue ni tête.
Je ne prétends pas ne pas avoir ri (ça s’est produit 4 ou 5 fois) ni avoir détesté ce livre, mais je n’ai pas retrouvé les traits foncièrement jubilatoires et tendres de son premier roman, Le chameau sauvage.
Bilan plus que mitigé : une déception que je partage avec L’Ogresse.

Cette lecture rentre dans le cadre du challenge « Petit bac », catégorie « Sport et loisir/divertissement » (5/7).
- Ville en bord de mer longée par une forêt, dans la région des Pouilles, en Italie. [↩]
- « Récit fondé, comme l’autobiographie, sur le principe des trois identités (l’auteur est aussi le narrateur et le personnage principal), qui se réclame cependant de la fiction dans ses modalités narratives et dans les allégations péritextuelles (titre, quatrième de couverture…). On l’appelle aussi « roman personnel » dans les programmes officiels. Il s’agit en clair d’un croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur et d’un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci. » (Définition de Wikipédia). [↩]
- J’entends par là que le rire provoqué par Halvard m’a paru franc et naturel en raison de son caractère, alors que celui qu’essaie de provoquer Voltaire est forcé, justement par l’Halvard qu’il n’est pas… [↩]


![Udall, Brady. Lâchons les chiens. 10-18, 2003 [1997]. 247 p.](http://upload.marecages.be/couv/udalac.gif)
Reka, documentaliste, lectrice grognon, geekette fragmentaire. 
![reka [at] marecages .be](http://marecages.be/upload/out/mailreka.png)
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