Quand souffle le vent du nord / Daniel Glattauer

:7:

« J’embrasse comme j’écris. » (p. 338)

:resu:

Tout commence par une erreur de destinataire : Emmi Rothner écrit à Leo Leike en pensant s’adresser à l’agence qui publie Like, un magazine auquel elle souhaite résilier son abonnement. La répétition de cette méprise va amener Emmi et Leo à échanger quelques e-mails… Jusqu’à entamer une correspondance de plus en plus régulière, assidue et intimiste…

Assez vite, les deux protagonistes sont tentés de se donner rendez-vous afin de mettre un visage sur la personne avec qui ils échangent désormais plusieurs courriels par jour. Ils choisissent de se rendre à la même heure dans un lieu public très fréquenté pour tenter d’y deviner qui se cache derrière les messages qu’ils reçoivent, mais en s’interdisant de s’aborder mutuellement pour confirmer leurs présomptions. Ce jeu ne fera qu’attiser l’envie d’une rencontre véritable…

Tandis qu’Emmi, l’audacieuse, est singulièrement tentée par un « vrai » face-à-face ; Leo repousse quant à lui cette éventualité en permanence de peur que cela n’altère leur amitié et la vision qu’ils ont l’un de l’autre…

« Comment maîtriser l’immédiateté de la rencontre [...] ? Comment nous serions-nous regardés? Qu’aurions-nous soudain vu dans l’autre? Comment nous écririons-nous aujourd’hui? Qu’écririons-nous? Nous écririons-nous encore? Emmi, j’ai simplement peur de perdre ma « deuxième voix », la voix d’Emmi. Je veux la conserver. Je veux la traiter avec prudence. Elle m’est devenue indispensable. » (p. 120)

Bien que la tentation d’une entrevue se confirme davantage au fil des jours, plus le temps passe, plus Emmi et Leo éprouvent des difficultés à prendre le risque de se rencontrer… Car entre ces deux êtres qui ont appris à se connaître par le biais d’écrans interposés a éclos de part et d’autre un sentiment qui ressemble étrangement à de l’amour…

Seulement, un problème se pose : Emmi est mariée et mène, dit-elle, une vie de famille heureuse…
Quelle solution vont-ils privilégier en conséquence?

« Juste quelques baisers, Emmi. Est-ce mal? Est-ce adultère? Qu’est-ce qu’un adultère? Un mail? Ou une voix? Ou un parfum? Ou un baiser? J’aimerais être près de vous. » (p. 279)

:avis:

Suite à l’immense engouement qu’a suscité livre sur la blogosphère, j’ai souhaité le découvrir à mon tour et, comme la plupart des lectrices1, je suis tombée sous le charme de cette fiévreuse et haletante correspondance.

Il faut bien le dire, le pouvoir attractif de ce roman est démentiel. Je me suis risquée à y goûter alors que j’avais une lecture en cours et je n’ai pas eu d’autre choix que de voracement l’engloutir ! Ce livre est un piège : parcourir ses trois premières pages revient forcément à en lire pas moins de cent d’un seul coup2.

Bien que ce bouquin n’innove en rien dans le répertoire « roman épistolaire amoureux »3, il n’empêche qu’il se laisse dévorer et apprécier comme s’il s’agissait du premier du genre.

En un sens, Quand souffle le vent du nord est malgré tout avant-gardiste (du moins, à ma connaissance) dans sa façon d’illustrer ce qui ressort des relations tissées via Internet. On y distingue les prémices d’une réflexion relative à la transition entre le virtuel et le réel (l’image que l’on se fait de l’Autre VS l’Autre), on y retrouve le plaisir et la difficulté de lire entre les lignes ainsi que l’avalanche de sentiments (confiance, tendresse, ivresse, dépendance, …) qui est susceptible de découler de ce type de communication…

Certains lecteurs ont trouvé le contenu de ce livre tout à fait improbable. Je l’ai quant à moi trouvé très représentatif de la réalité. Bien sûr, ce roman comporte des originalités4 mais il n’empêche qu’il s’en dégage beaucoup de justesse : l’exaltation générée à la suite d’un pétillant dialogue électronique et l’attente/la dépendance à une personne qui n’existe pas pour soi « en chair et en os » sont à mon sens deux exemples des plus avérés.

Outre le fait qu’il m’ait plu d’avoir affaire à un bouquin magnétique et vrai, j’ai apprécié le caractère franc et prononcé des interlocuteurs, leur spontanéité qui, malgré des réponses échangées à une vitesse parfois exemplaire5 ne sont jamais dénuées d’esprit ; la fluidité de leur langage, ainsi que l’humour et le cynisme qui est savamment distillé dans leurs répliques.

Malgré ses qualités, Quand souffle le vent du nord reste un roman d’amour facile à lire et évoquera par conséquent chez certains les genres tant décriés de Marc Lévy ou encore d’Anna Gavalda. Je le conçois, sans toutefois me résoudre à le trouver creux ou niais. Sa fin abrupte6 et le délicat sujet d’adultère qu’il traite sont les principaux arguments que je détiens pour tenter de le sauver de cette sinistre réputation… Dommage, cependant, que Glattauer nous offre sa fatalement très attendue Seconde Septième vague qui demeure sans doute le contre-argument par excellence pour empêcher d’écarter ce livre de la littérature de consommation…

En définitive, Daniel Glattauer nous offre ici un roman joli et pétillant qui séduit les foules pour son attractivité et son parfum « raisonnablement fantasmatique » … mais qui, à la manière d’un savoureux bonbon, ne laisse pas non plus un souvenir impérissable.

A découvrir toutefois pour le vif plaisir qu’il procure au moment de sa découverte !

« Idylle familiale » est un oxymore, une association de mots qui se contredisent : on a soit la famille, soit l’idylle. » (p. 225)

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  1. C’est sans surprise qu’on découvre que ce type littérature n’est pas la tasse de thé de certains représentants de la gente masculine;) []
  2. N’entamez donc pas ce bouquin si vous ne disposez pas devant vous de deux magnifiques heures de temps de libre sous peine 1. d’être tenté de le rouvrir en des moments et des lieux où la lecture d’évasion est normalement proscrite (au bureau, en réunion, …), 2. d’être proprement incapable d’en sortir (j’ai failli rater mon bus pour ne pas l’avoir vu arriver !). []
  3. Une romance qui naît à la suite d’une correspondance écrite, ça s’est déjà vu dans L’amour, Béatrice de Janine Boissard (oui, j’ai de sacrées références !) ou dans Vous avez un message mais rassurez-vous (je parle pour ceux qui, comme moi, garderaient un souvenir abominable de ce film qui réunit Meg Ryan et Tom Hanks), Daniel Glattauer nous offre ici une fiction nettement moins quiche mièvre à mon sens. []
  4. Originalités indispensables pour ne pas sombrer dans la banalité, surtout au vu de la généreuse expérience dont disposent déjà les générations Y et Z ! ;) []
  5. Emmi et Leo font du mail l’usage d’un tchat quand ils ont la possibilité de rester immobiles derrière leurs PC respectifs. []
  6. Fin qui rappelle Le mec de la tombe d’à côté, de Katarina Mazetti. []

18 Réponses au billet “Quand souffle le vent du nord / Daniel Glattauer”


  • A défaut d’expérience, c’est l’insouciance de la génération Y et Z qui est originale. L’expérience est seulement dans les mains de la Gen précédente ;)

    Ce fut un plaisir de lire ces quelques lignes … tant le texte est bien écrit !

  • Tout à fait d’accord avec ta conclusion! Je l’ai bien aimé sur le moment. On passe un bon moment  en fin de compte avec ce livre. 

  • Devant l’engouement blogesque, j’ai souhaité le lire. Mais j’ai eu la chance d’attendre et de laisser retomber la vague. Du coup, j’ai pu réellement apprécier cette lecture. Je ne dirai pas la même chose du deuxième tome, qui reprend tous les défauts du premier, mais en pire !!! C’est niais, ils tournent autour du pot alors que tout a déjà été dit… En bref, une suite absolument pas nécessaire.

  • Je n’ai pas du tout trouvé ce roman improbable ; au contraire, il est tellement réaliste que je n’ai pas compris l’engouement qu’il suscite. En-dehors de la situation initiale, cela m’a semblé plutôt banal.
    Par contre j’ai aimé la fin qui me semble la seule possible et sensée à ce genre de relations.

  • J’ai moi aussi savouré cette lecture, un vrai bonbon !

  • Après relecture attentive de ton billet, me voilà tout à fait d’accord avec toi ! Fraîcheur et innovation, histoire qui pourrait être véridique et qui a bien plus de profondeur qu’on ne veut bien lui en donner au premier abord, puisqu’il est question de ces fameuses rencontres via le net, qui peuvent s’avérer aussi extraordinaires que faussées, et aussi de l’adultère potentiel de Emma. L’auteur aurait dû s’en tenir là… C’est en effet dans le second tome – et non dans le premier – que ça dérape en historiette un peu harlequin… Bravo pour ton billet !

  • Douguipat > Merci pour votre visite et pour le compliment : il me va droit au cœur !

    Mango > C’est incontestable, on passe un excellent moment… Mais le roman s’oublie étonnamment vite !

    Petite fleur > Il faut toujours laisser retomber la vague ! ;)
    Pour ma part, j’avais constaté qu’il avait fait énormément de bruit mais je m’étais abstenue de lire toutes les éloges qu’on faisait de ce livre… Ce n’est qu’en découvrant la déception patente de Manu que je me suis dit « il me le faut » ! :D

    Concernant le deuxième tome, je ne suis absolument pas étonnée… Et comme je le laissais entendre dans ma chronique, ça ne risque pas de sauver l’auteur d’une réputation nettement plus mitigée par la suite, j’ai l’impression. Si les ficelles étaient déjà, pour certains, trop épaisses avec ce premier opus, que dire de celui qui le suit…? La réponse me semble évidente.

    Mypianocanta > Bienvenue par ici :) Je n’avais pas pensé à considérer les choses de cette manière. Peut-être qu’il est si réaliste que les gens, nostalgiques, qui ont vécu une discussion virtuelle semblable à celle à laquelle on assiste dans ce roman ont revécu de douces impressions…? :p

    Noukette > Un bon bonbon qui fond.

    Liliba > Ah, je suis contente qu’on soit d’accord ! Je ne suis pas étonnée de la tournure que prend la Septième vague. Dommage, Glattauer a pris le risque de perdre son lectorat le plus terre-à-terre…

  • Oh je crois que même celles qui avaient été enthousiasmées pour le 1er et criaient Léo Léo partout ont été un peu déçues par le retour de Léo qui est devenu tout mou et bêta alors que Emmi est une véritable chieuse…

  • Je me demande si je suis sur le bon blog ? Oui, c’est bien celui de Reka ! Bon je suis assez étonnée de lire des adjectifs tels que « attractif », « démentiel » ou « magnétique » et des locutions comme « engloutir voracement ». Je n’aurais jamais misé un kopeck sur un tel engouement de ta part mais voilà, je me suis encore trompée. On n’a décidément pas toujours la même notion de mièvrerie ou de livres intéressants :-D Mais c’est justement ce qui rend les échanges intéressants ! Mais aussi ce qui rend la sélection pour mon petit colis un vrai casse-tête hihi. Mais bon, il sera bientôt fini et tu subiras les conséquences de ta chance :-D

  • Liliba > Catastrophe… :/

    Manu > L’adjectif « démentiel » s’applique à l’attractivité, hein ! Le roman en tant que tel ne mérite pas un tel compliment ;)

    Je le disais à Liliba sur son blog, un vent d’orgueil me donne par moments envie de me cacher sous la table d’avoir apprécié ce livre, mais voilà… même si les best seller ne m’atteignent généralement pas, force est de constater que celui-ci ne m’a pas loupée !

    Et bon, ne me fais pas non plus dire ce que je n’ai pas dit : je n’ai pas prétendu qu’il était intéressant. J’ai plus volontiers qualifié ce roman de « joli » que d’intellectuel, même s’il n’est à mon sens pas totalement dépourvu de réflexion, (aussi légère soit-elle).

    C’est avec un mélange de frousse, d’amusement et d’empressement que je recueillerai le casse-tête qu’aura avalé ma boîte aux lettres…  *Glups* ! :D Merci beaucoup :) :$

  • un bon souvenir pour moi!! dégusté sur un transat au soleil, du bonheur! :)

  • Je t’ai répondu sur mon blog et, pour ma défense, je dirai que j’avais beaucoup aimé « Le mec de la tombe d’à côté » et même, je l’avoue sans (trop) rougir « Ensemble c’est tout ». J’ai surtout trouvé que tout ce dialogue était trop répétitif et tombait parfois dans les platitudes.

  • Ton avis correspond bien à ce que j’ai ressenti aussi en lisant ce livre. J’ai toutefois trouvé un peu le temps long au milieu du livre, cela n’avance pas beaucoup et j’ai eu un petit creux, avant d’entrer dans le dernier quart du livre où la tension redémarre un peu.

  • Je me suis aussi fait prendre au piège de ce roman : l’écriture est savoureuse, l’histoire d’amour virtuelle nous tient bien en haleine… Par contre je me suis un peu lassée au bout d’un moment, le récit manque de concret, l’amour de véritalse rencontre…

  • Lasardine > Il ne me manquait que le transat, c’est vrai !

    Voyelle et Consonne > Répétitif, je l’ai perçu aussi. Mais pour moi, ça s’est arrêté juste à temps…

    Estellecalim > Un peu creux, oui, je l’ai constaté mais ça ne m’a pas dérangée…

    Céline > C’est inversement pour ça que la fin est nickel à mon sens (et que je ne veux par conséquent pas lire La septième vague) : c’est comme si Glattauer disait : « Haaaa tu as souhaité du concret, de l’encore-plus-croustillant! Et bien, prends ça! » J’ai trouvé que c’était une manière de faire la morale de façon originale et intelligente (parce que l’auteur pourrait se défendre en prétendant n’avoir pas eu cette intention et c’est peut-être vrai, mais j’aime bien de m’être sentie « remise à ma place »… Moi, maso? :p )

  • je suis bien d’accord avec toi, il se « bouffe » ce livre! J’aimerais lire la suite malgré les défauts qui m’ont parfois agacée

  • Salut !
    J’étais à la recherche de nouvelles lectures et j’ai été inspirée par ton blog. Je me suis mise à lire « Le mec de la tombe d’à coté » et ce livre-ci. Autant le premier ne pas emballée plus que ça, je te rejoins complètement pour « Quand souffle le vent du nord », j’ai eu du mal à le lâcher et l’ai englouti en un temps record !
    J’ai bien envie de lire la suite, retrouver les personnages, mais j’ai peur d’être déçue, cela risque de sentir le réchauffé…
    Bonne continuation ;)

  • Violette > Malgré que je l’aie dévoré, je ne lirai pas la suite. Mais je lis toujours vos avis avec plaisir, donc n’hésite pas à me faire savoir ce que tu auras pensé de la Seconde vague si tu t’y plonges un jour :)

    Julie > Coucou vous! Je suis super contente de voir que tu me lis encore de temps en temps et, mieux, que je parviens à t’inspirer des idées de lectures !

    Pour la suite de ce livre-ci, je crains aussi que ça sente le réchauffé. La blogosphère souffle le chaud et le froid à propos de la suite de ce roman : certains trouvent que le charme de la correspondance entre Emmi et Léo s’essouffle, d’autres y prennent autant de plaisir qu’au début. Je serais curieuse de connaître ton avis si tu le lis… Tu me diras quoi? ;) Bise et bonne continuation à toi aussi :)

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