
« Comment ne pas suspecter tout jusqu’à soi-même quand on a distillé en vous tant de mensonges? » (p. 142)
Franz-Georg a cinq ans et la mémoire vide de tout. Le seul vestige de son passé s’appelle Magnus, il s’agit d’un petit ours en peluche amoché qui dégage une « imperceptible odeur de roussi et de larmes ».
L’enfant doit tout réapprendre : ses souvenirs, sa langue et les proches qui étaient les siens.
En ce presque milieu de 20e siècle, en Allemagne, Thea Dunkeltal, la mère, œuvre patiemment à la retransmission de cette mémoire perdue. Franz-Georg assimile avec candeur son enfance dorée, ignorant que la vie qu’on lui rapporte n’est en rien celle dont Magnus fut spectateur…1
En dehors de vécu révolu – celui qu’a renié sa mémoire, devenue vierge -, Franz-Georg pose également sur le monde qui l’entoure au présent un regard dénué de tout soupçon/interprétation…
« Clemens Dunkeltal est médecin, mais il n’a pas de clientèle privée et ne travaille pas dans un hôpital. L’endroit où il exerce son métier se situe non loin de leur village, mais Franz-Georg n’y est jamais allé. A son allure majestueuse, à son air grave, le docteur Dunkeltal doit être quelqu’un d’important – un magicien de la santé. Il reçoit des patients par milliers, dans son vaste asile de la lande, et tous souffrent certainement de maladies contagieuses puisqu’ils n’ont pas le droit de sortir. Franz-Georg se demande d’où peuvent bien venir ces foules de malades – de toute l’Europe, a dit un jour sa mère, avec une imperceptible moue d’orgueil et de dégoût confondus. L’enfant a cherché dans un atlas et est resté pantois – l’Europe est tellement vaste, les peuples si nombreux. » (p. 20)
Un soir, les parents de Franz-Georg sont appelés à fuir leur foyer précipitamment. L’enfant découvre alors l’horreur en bas de chez lui : des villages incendiés, anéantis.
Face aux paroles réconfortantes de sa mère, l’enfant, ingénu, ne désespère pas de connaître des jours meilleurs, mais bientôt, Thea, autrefois douce et attentionnée, se montre irritable et dure à l’instar de Clemens Dunkeltal, le père, qui n’a jamais cessé de porter sur son fils un regard inexplicablement sévère…
Le tableau se ternit d’autant lorsque Thea apprend la mort de son époux décimé à la guerre. Affaiblie, cette dernière confie Franz-Georg à son frère, Lothar, qu’elle tenait à distance et boudait depuis de nombreuses années.
Expatrié chez son oncle à Londres, Franz-Georg va devoir digérer bien vite le décès de sa mère, mais aussi d’autres terribles vérités à propos de ses origines et de son père, son « maître de la nuit » (p. 22) à qui il vouait jusque là une fascination débordante…
Pour s’arracher à ses fausses origines, à ce père désigné coupable de crimes de guerre, cet enfant devenu déjà grand – qui se fera par la suite appeler Adam, puis Magnus – va partir en voyage, à la rencontre du monde, de son passé et de son avenir.
Magnus est un roman initiatique où tente de progresser un être obsédé et dévoré par sa propre identité…
Ce livre a pour moi été une déception. Plusieurs raisons ont concouru à me rendre cette lecture revêche :
- Le style de l’auteure : il est sans conteste brillant ; sa maîtrise du verbe est parfaitement gérée, … mais elle transpire. En effet, aucun mot semble n’avoir été laissé au hasard, le travail de l’écriture s’impose lourdement au détriment de tout le reste. J’ai l’impression d’avoir eu entre les mains une démonstration de virtuosité stylistique. Par conséquent, Franz-Georg/Adam/Magnus n’a pas pris forme. Il est resté un personnage inodore, irrémédiablement enfermé dans ses pages de papier…
- Les pauses intercalaires : Magnus est scindé en chapitres – dits fragments – qui sont eux-mêmes entrecoupés de courts poèmes/notules/séquences/… évoquant ou explicitant Magnus et/ou son monde. Je n’ai pas tant à reprocher à ces « césures » le fait qu’elles cassent le rythme du roman, mais plutôt leur absence d’intérêt. Elles m’ont donné l’impression de perdre mon temps, principalement quand il s’agissait de poésie. Faute de goût, manque de romantisme ou esprit trop terre à terre, les vers m’ennuient.
- Le genre du roman : je pense qu’on peut volontiers classer Magnus dans les romans initiatiques voire les contes philosophiques. Une fois pour toutes, je comprends que je suis réfractaire à ce type de littérature. Ce livre m’a vaguement rappelé L’alchimiste de Paulo Coelho, qui demeure pour moi une expérience passablement… pénible2.
En somme, Magnus est un roman dont je peux sans problème reconnaître la richesse, mais ce n’est absolument pas le genre de livre susceptible de me décocher une flèche en plein cœur…
Une lecture que j’aurais sans nul doute avortée si j’avais su qu’elle recelait une fin aussi dépourvue de rationalité/clarté.

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Petit bac, catégorie « prénom » (3/7).
- Je ne suis pas claire? Je vais l’être : Franz-Georg est un enfant adopté à qui on raconte d’innombrables salades. [SPOIL]D’ailleurs, ce pauvre gosse n’est pas Allemand, il est ISLANDAIS (ce qui ne veut pas dire que le lecteur a tôt ou tard le privilège d’apprendre quelle a été sa vie de 0 à 5 ans : on ne suit pas Dieu, on suit Franz-Georg de bout en bout, avec sa mémoire trouée et ses lancinantes interrogations ![/SPOIL] [↩]
- C’est principalement la chute du roman qui me rappelle L’alchimiste. Il y est question d’une rencontre mystique dont l’interprétation me laisse tout à fait stupide, faute d’intelligibilité… [↩]




Oui…un manque de compréhension également de mon côté. Mais un bon souvenir toutefois.
Cela fait longtemps que je l’ai lu, mais je me souviens pour ma part d’une lecture qui m’avais profondément touchée.
Ce fur pour moi au contraire, un grand moment d’émotion. Et je comprend mal la comparaison avec l’alchimiste que je trouve sans intérêt
Lili Galipette > Tant mieux si le souvenir est resté bon ! C’est tellement plus agréable…
Miss Alfie > J’ai dû passer à côté, je suppose.
Delphine > Je compare L’Alchimiste et Magnus quant au genre, pas quant à la qualité !
Ces deux romans n’ont-ils pas en commun d’émettre un message philosophique? (Qu’importe que le message délivré dans L’alchimiste soit « sans intérêt » (…à moins que ce soit ma comparaison qui soit sans intérêt??))
N’y est-il pas question de personnages qui évoluent ou tentent de progresser vers davantage de « sagesse » ou de sérénité qu’au commencement du livre?
Le livre de Sylvie Germain n’endosse-t-il pas un petit quelque chose d’ésotérique/mystique vers la fin du livre avec l’apparition du moine? Or, L’alchimiste n’est-il pas un livre fondamentalement ésotérique?
Donc, bon, est-il si incongru de les rapprocher?
Voici qui est éclairant.
Pour moi, déjà plus beaucoup de souvenirs de cette lecture…. et tant mieux peut-être ! Mais ton analyse me rappelle certaines choses que je n’avais pas appréciées.
Et comme toi, pas du tout accroché à ce personnage principal.
On a déjà comparé le style de mes nouvelles à celui de Sylvie Germain; il faudrait donc que je lise cet auteur – dont je ne connais rien de plus que le nom…
PS: merci pour le clin d’oeil à mon article!