
« J’embrasse comme j’écris. » (p. 338)
Tout commence par une erreur de destinataire : Emmi Rothner écrit à Leo Leike en pensant s’adresser à l’agence qui publie Like, un magazine auquel elle souhaite résilier son abonnement. La répétition de cette méprise va amener Emmi et Leo à échanger quelques e-mails… Jusqu’à entamer une correspondance de plus en plus régulière, assidue et intimiste…
Assez vite, les deux protagonistes sont tentés de se donner rendez-vous afin de mettre un visage sur la personne avec qui ils échangent désormais plusieurs courriels par jour. Ils choisissent de se rendre à la même heure dans un lieu public très fréquenté pour tenter d’y deviner qui se cache derrière les messages qu’ils reçoivent, mais en s’interdisant de s’aborder mutuellement pour confirmer leurs présomptions. Ce jeu ne fera qu’attiser l’envie d’une rencontre véritable…
Tandis qu’Emmi, l’audacieuse, est singulièrement tentée par un « vrai » face-à-face ; Leo repousse quant à lui cette éventualité en permanence de peur que cela n’altère leur amitié et la vision qu’ils ont l’un de l’autre…
« Comment maîtriser l’immédiateté de la rencontre [...] ? Comment nous serions-nous regardés? Qu’aurions-nous soudain vu dans l’autre? Comment nous écririons-nous aujourd’hui? Qu’écririons-nous? Nous écririons-nous encore? Emmi, j’ai simplement peur de perdre ma « deuxième voix », la voix d’Emmi. Je veux la conserver. Je veux la traiter avec prudence. Elle m’est devenue indispensable. » (p. 120)
Bien que la tentation d’une entrevue se confirme davantage au fil des jours, plus le temps passe, plus Emmi et Leo éprouvent des difficultés à prendre le risque de se rencontrer… Car entre ces deux êtres qui ont appris à se connaître par le biais d’écrans interposés a éclos de part et d’autre un sentiment qui ressemble étrangement à de l’amour…
Seulement, un problème se pose : Emmi est mariée et mène, dit-elle, une vie de famille heureuse…
Quelle solution vont-ils privilégier en conséquence?
« Juste quelques baisers, Emmi. Est-ce mal? Est-ce adultère? Qu’est-ce qu’un adultère? Un mail? Ou une voix? Ou un parfum? Ou un baiser? J’aimerais être près de vous. » (p. 279)
Suite à l’immense engouement qu’a suscité livre sur la blogosphère, j’ai souhaité le découvrir à mon tour et, comme la plupart des lectrices1, je suis tombée sous le charme de cette fiévreuse et haletante correspondance.
Il faut bien le dire, le pouvoir attractif de ce roman est démentiel. Je me suis risquée à y goûter alors que j’avais une lecture en cours et je n’ai pas eu d’autre choix que de voracement l’engloutir ! Ce livre est un piège : parcourir ses trois premières pages revient forcément à en lire pas moins de cent d’un seul coup2.
Bien que ce bouquin n’innove en rien dans le répertoire « roman épistolaire amoureux »3, il n’empêche qu’il se laisse dévorer et apprécier comme s’il s’agissait du premier du genre.
En un sens, Quand souffle le vent du nord est malgré tout avant-gardiste (du moins, à ma connaissance) dans sa façon d’illustrer ce qui ressort des relations tissées via Internet. On y distingue les prémices d’une réflexion relative à la transition entre le virtuel et le réel (l’image que l’on se fait de l’Autre VS l’Autre), on y retrouve le plaisir et la difficulté de lire entre les lignes ainsi que l’avalanche de sentiments (confiance, tendresse, ivresse, dépendance, …) qui est susceptible de découler de ce type de communication…
Certains lecteurs ont trouvé le contenu de ce livre tout à fait improbable. Je l’ai quant à moi trouvé très représentatif de la réalité. Bien sûr, ce roman comporte des originalités4 mais il n’empêche qu’il s’en dégage beaucoup de justesse : l’exaltation générée à la suite d’un pétillant dialogue électronique et l’attente/la dépendance à une personne qui n’existe pas pour soi « en chair et en os » sont à mon sens deux exemples des plus avérés.
Outre le fait qu’il m’ait plu d’avoir affaire à un bouquin magnétique et vrai, j’ai apprécié le caractère franc et prononcé des interlocuteurs, leur spontanéité qui, malgré des réponses échangées à une vitesse parfois exemplaire5 ne sont jamais dénuées d’esprit ; la fluidité de leur langage, ainsi que l’humour et le cynisme qui est savamment distillé dans leurs répliques.
Malgré ses qualités, Quand souffle le vent du nord reste un roman d’amour facile à lire et évoquera par conséquent chez certains les genres tant décriés de Marc Lévy ou encore d’Anna Gavalda. Je le conçois, sans toutefois me résoudre à le trouver creux ou niais. Sa fin abrupte6 et le délicat sujet d’adultère qu’il traite sont les principaux arguments que je détiens pour tenter de le sauver de cette sinistre réputation… Dommage, cependant, que Glattauer nous offre sa fatalement très attendue Seconde Septième vague qui demeure sans doute le contre-argument par excellence pour empêcher d’écarter ce livre de la littérature de consommation…
En définitive, Daniel Glattauer nous offre ici un roman joli et pétillant qui séduit les foules pour son attractivité et son parfum « raisonnablement fantasmatique » … mais qui, à la manière d’un savoureux bonbon, ne laisse pas non plus un souvenir impérissable.
A découvrir toutefois pour le vif plaisir qu’il procure au moment de sa découverte !
« Idylle familiale » est un oxymore, une association de mots qui se contredisent : on a soit la famille, soit l’idylle. » (p. 225)
- C’est sans surprise qu’on découvre que ce type littérature n’est pas la tasse de thé de certains représentants de la gente masculine…
[↩] - N’entamez donc pas ce bouquin si vous ne disposez pas devant vous de deux magnifiques heures de temps de libre sous peine 1. d’être tenté de le rouvrir en des moments et des lieux où la lecture d’évasion est normalement proscrite (au bureau, en réunion, …), 2. d’être proprement incapable d’en sortir (j’ai failli rater mon bus pour ne pas l’avoir vu arriver !). [↩]
- Une romance qui naît à la suite d’une correspondance écrite, ça s’est déjà vu dans L’amour, Béatrice de Janine Boissard (oui, j’ai de sacrées références !) ou dans Vous avez un message mais rassurez-vous (je parle pour ceux qui, comme moi, garderaient un souvenir abominable de ce film qui réunit Meg Ryan et Tom Hanks), Daniel Glattauer nous offre ici une fiction nettement moins
quichemièvre à mon sens. [↩] - Originalités indispensables pour ne pas sombrer dans la banalité, surtout au vu de la généreuse expérience dont disposent déjà les générations Y et Z !
[↩] - Emmi et Leo font du mail l’usage d’un tchat quand ils ont la possibilité de rester immobiles derrière leurs PC respectifs. [↩]
- Fin qui rappelle Le mec de la tombe d’à côté, de Katarina Mazetti. [↩]




Reka, documentaliste, lectrice grognon, geekette fragmentaire. 
![reka [at] marecages .be](http://marecages.be/upload/out/mailreka.png)
Inscrivez-vous à mon fil RSS.



Vous avez dit…