Archive mensuelle de juin 2011

Détecteur de typographie

N’avez-vous jamais été tenté de savoir quelle typographie avait été utilisée ici ou là, par un pair ou sur le Web?

C’est une curiosité qui m’habitait depuis un certain temps pour les badges Wikio.

Vous trouvez possiblement cette police tout à fait quelconque,

mais ce « Belgique », à la base de l’image, me tape dans l’œil depuis des mois…

Il semblerait que j’aie trouvé un très chic outil pour identifier les typo, et j’ai pensé que vous ne seriez peut-être pas mécontents, si vous aimez chipoter comme moi, d’en connaître le nom et les règles.

Il s’agit de WhatTheFont !

Pour utiliser ce site, vous devez y télécharger l’image où figure la police de caractères non identifiée.

Pour que le site reconnaisse au mieux les lettres qui figurent sur l’image…

  • tentez de redresser l’écriture horizontalement si elle ne l’est pas,
  • faites en sorte que les lettres ne se touchent pas les unes les autres, quitte à espacer les lettres davantage qu’à la normale pour plus d’efficience,
  • veillez à ce que chaque lettre ait une taille d’environ 100*100 pixels,
  • Tentez de trouver un échantillon de lettres de la même police le plus large possible, cela sera forcément significatif quant à l’exactitude des résultats (50 caractères max.),
  • optez pour un format TIFF de 300 ppp en niveaux de gris.

Ainsi, j’ai mis côte à côte plusieurs badges différents, agrandis tant par le format (200 px de hauteur) que par la résolution (300 ppp) :

Comme le site cafouillait – on dit de bien espacer les lettres, ne croyez pas gagner du temps en ne le faisant pas :/ -  j’ai isolé les différentes lettres avec mon logiciel :

Le site nous propose ensuite son déchiffrage des lettres, à nous de superposer ce qu’il scinde à tort (ex : i, i ; u, u) et de corriger sa mauvaise interprétation des lettres (a et non & ; n et non D ; I et non l, …) :

Quand les corrections sont faites, cliquez sur « Continue »

Et voici le résultat :

Magique, non?
Si le graphiste de chez Wikio passe par là et qu’il peut me confirmer les hypothèses de WhatTheFont, ce serait encore mieux ! :p

Après, il existe 6 autres outils, peut-être tout aussi performants, mais que je n’ai pas testés. Si l’envie vous prend de bidouiller, à vos clics et bon amusement ;)

Le mec de la tombe d'à côté / Katarina Mazetti

:7:

« On va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts. » (p. 145)

:resu:

Désirée est une bibliothécaire carriériste qui s’abreuve de culture. Elle vit dans un appartement immaculé et tendance dont elle a fait l’acquisition avec son époux récemment décédé, et enrage que ce dernier ait trépassé avant de lui avoir permis de connaître les joies de la maternité.

Benny, un fermier terre-à-terre, vit au rythme de ses vaches et a un emploi du temps chargé qui lui laisse relativement peu de marge de manœuvre. Il séjourne dans une rustique maison assez mal entretenue depuis la mort de sa mère, et rêve d’une femme qui l’épaulerait dans son travail, s’occuperait du ménage et lui ferait des enfants.

Désirée et Benny n’ont pour seuls traits communs que d’être trentenaires, célibataires et d’entretenir dans le même cimetière le lopin de terre de leurs morts respectifs.

Au début, chacun se laisse aller à de nombreux préjugés sur l’autre. Tout y passe : l’attitude, l’apparence, les habitudes, les goûts en général.

[Elle] « A côté de la pierre tombale d’Örjan, il y a une stèle funéraire monstrueuse, oui, carrément vulgaire !1 Marbre blanc avec calligraphie dorée, des angelots, des roses, des oiseaux, des guirlandes de devises et même une petite tête de mort vivifiante et une faux. La tombe elle-même est couverte de plantes, on dirait une pépinière. » (p. 10)

[Lui] « Et alors je la trouve assise là.
Décolorée comme une vieille photo couleur qui a trôné dans une vitrine pendant des années. Des cheveux blonds fanés, le teint pâle, des cils et sourcils blancs, des vêtements ternes et délavés, toujours un truc bleu ciel ou sable. Une femme beige. Toute sa personne est une insulte – un peu de maquillage ou un joli bijou auraient indiqué à l’entourage qu’elle prête attention à son image et à l’opinion des autres, sa pâleur en revanche ne dit que : “Je m’en fous de ce que vous pensez, je ne vous vois même pas. » (p. 12-13)

Qu’on se le dise, ils se détestent, et pourtant, un jour, un concours de circonstances va les amener à se sourire mutuellement…

Ce sourire échangé va générer une profonde métamorphose dans la vision qu’ils ont l’un de l’autre et mettre subitement fin à leurs a priori. Plus que ça, ils vont être les proies d’une ruade de sentiments encline à les attirer l’un vers l’autre. C’est ce qu’on appelle un coup de foudre.

A l’amorce de leur relation, le mot « passion » prend sens pour Désirée et Benny. Légers, ils se croient redevenus adolescents, mais les premiers nuages ne tardent pas à survenir en raison de leurs divergences fondamentales.
Katarina Mazetti illustre un choc culturel spectaculaire…

[Elle] « Jamais un point de croix ne franchira ma porte, et il est probable qu’un Käthe Kollwitz ne franchira jamais la sienne – ce n’est pas uniquement une question de goûts, autant se l’avouer une bonne fois pour toutes ! » (p. 103)

[Lui] « Elle ne sait même pas préparer des boulettes de viande, ai-je dit. Elle sait seulement lire des livres et parler des théories d’un certain Lacong ! » (p. 93)

:avis:

Mon entourage m’a houspillée pour que je lise ce livre dès sa parution. C’est ma maman qui a commencé. L’ouvrage qui était en sa possession était paré de pages roses (oui, le papier de la belle édition est proprement rose !) et j’ai pris peur en apprenant qu’il mettait en scène une bibliothécaire : sans le savoir, je me suis, comme Désirée et Benny à leurs débuts, armée de puissants préjugés en considérant dès la première seconde qu’un roman rose ne pouvait que discréditer le métier de bibliothécaire (et pourtant, c’était avant même d’avoir connu cette première mauvaise expérience).

La sortie en poche du Mec de la tombe d’à côté ne m’a pas davantage inspiré d’envie d’achat. Oui, je l’avoue honteusement : je suis à ce point sensible aux couvertures. C’est bête, mais ce cœur rouge diablement cucul a fait figure de second prétexte pour me tenir à distance de ce roman… Jusqu’à ce que deux autres personnes de mon entourage me tombent dessus et me répètent à nouveau que je ne savais pas ce que je manquais…

Je l’ai donc emprunté du bout des doigts, comme on saisit un mouchoir usagé qui n’est pas le sien2.

Quand j’ai entrepris d’ouvrir ce bouquin, j’ai vu mes poils se hérisser de détresse en lisant sur la couverture que Katarina Mazetti était Suédoise. Certaine d’être confrontée à un humour de genre pénible tel que celui d’Arto Paasilinna (écrivain scandinave) dont j’avais détesté la prose, j’ai commencé la lecture de ce roman avec la motivation d’un cochon qu’on dirige à l’abattoir…3

Et puis, forcément, je me suis rendue compte combien j’avais été stupide tant ce roman si redouté regorgeait de qualités !

Désirée et Benny y sont tous deux narrateurs de leur histoire. Leurs voix s’alternent de chapitre en chapitre. Cette démarche permet bien évidemment de connaître le point de vue de chacun, mais aussi de s’attacher, en tant que lecteur, aux personnages : des êtres sincères et authentiques qui, comme l’a si bien dit Cynthia, ne trichent ni avec eux-mêmes ni avec les autres.

« Ce rire est désormais ma récompense et je fais presque n’importe quoi pour l’entendre. C’est comme un de ces appareils qu’ils ont dans les fêtes foraines pour mesurer la force. On doit frapper avec un gros marteau sur une pointe et ça fait grimper le curseur sur une échelle graduée. Quand on est vraiment fort et qu’on enfonce la pointe jusqu’au bout, il y a une cloche qui sonne.
Son rire, c’est cette cloche-là. » (p. 118)

Jusqu’où des êtres que tout oppose sont-ils capables d’aller pour rejoindre l’autre? Peuvent-ils s’aimer et se comprendre durablement? Est-il possible pour Désirée – la citadine – et Benny – le paysan – d’envisager une vie commune, donc de renoncer à la vie qu’ils se sont construite, sans faire preuve d’abnégation? Telles sont les questions qu’aborde ce roman.

Sans (trop) verser dans le pur cliché, Katarina Mazetti traite ici d’un problème grave avec une légèreté et un humour  à la fois cru, subtil et mordant. De très nombreux passages de ce livre me restent en mémoire, et ce, pour mon plus grand plaisir !

En définitive, Le mec de la tombe d’à côté est un roman malin, jubilatoire, tendre, juste et addictif !

Un bon bol d’air frais !

Je remercie les gens sans qui je n’aurais jamais ouvert ce livre et le recommande à mon tour à ceux qui ne l’auraient encore découvert  ! :)

  1. Vous le comprendrez, c’est la tombe entretenue par Benny dont il est ici question. []
  2. J’exagère, mais ça m’amuse. []
  3. Hyperbolique aussi, n’est-il pas? ^^ []

Le fils / Michel Rostain

:5:

« Un père qui hérite de son fils, ce sont des déchaînements de mots inconcevables. Désordres du temps. » (p. 28)

:resu:

Lion, l’unique fils d’une heureuse famille, est mort à vingt et un ans d’une méningite foudroyante. C’est ce jeune homme, défunt, qui se rend narrateur des faits ayant eu lieu avant, pendant et après sa mort. C’est aussi celui-là qui observe et expose l’immense chagrin éprouvé par ses parents, et plus particulièrement par son père.

Dans un premier temps, le fils relate la dernière semaine que lui et ses parents ont vécue – une semaine harmonieuse et sans heurts, dénuée de signes annonçant la fin imminente de ce bonheur partagé…

Puis il recontextualise l’approche de son décès, en mettant en parallèle les gestes anodins de son père – quelques courses au supermarché, la résolution de deux-trois soucis logistiques, … – et le fulgurant déclin de son propre état de santé…

Quand les taches violacées, mortifères succèdent en moins de vingt quatre heures à l’inquiétante poussée de fièvre de Lion, ses parents apprennent qu’il est déjà trop tard. C’en est – en effet – presque aussitôt fini. Sa mort brutale laisse place à un vide incommensurable, fatalement synonyme d’effondrement…

Lion se veut ensuite observateur de la vie amère qui se prolonge après lui.

Une fois « parti », il rapporte non sans ironie les toquades, interrogations et la culpabilité de son père,

« Papa cerné par mille doutes, mille remords. Il aurait dû… Ponctuation permanente du deuil, l’infâme culpabilité fait son boulot. C’est ce qu’on appelle les regrets éternels. » (p. 22)

l’âpre organisation de ses obsèques,

Maintenant, il faut en venir au cercueil: la couleur (brun, noir ou blanc?), la forme, le bois (essence précieuse ou pin?), la garniture (capiton intérieur en satin ou en synthétique?), les poignées (argentées?). À eux de choisir. Et les annonces dans la presse (locale? nationale?). Et les faire-part? Et les repas, et l’hébergement des amis et les coups de téléphone, les mails? Qui s’en occupe? Veulent-ils une aide? Ils bafouillent toujours. Ils ne parviennent à penser à rien. Ils ne veulent rien. Ils disent n’importe quoi, que j’avais vingt et un ans, que… La question n’est pas du tout là pour les obsèques. Alors, ils disent qu’ils ne savent pas, que stop, qu’ils n’en peuvent plus. Désarroi. (p. 84)

le déroulement de sa cérémonie, l’obsessionnelle obstination du père à « perpétuer » son fils en retouchant des photos de lui sur ordinateur et en les revisionnant inlassablement, les faits et les signes qui le rappellent constamment à leur souvenir,

les traits parfois inhumains de la société bureaucratique dans laquelle on vit,

« Maman a dû faire des démarches à la Sécu pour des feuilles de maladie en retard. On y refuse de traiter son dossier : « Votre livret de famille n’est pas à jour! Il faut faire rayer votre fils du livret. »  » (p. 125)

et enfin, la survie des parents, presque en dépit du bon sens…

« Au fil des années, il faut bien le constater, la douleur s’est un peu calmée.
- Pas vrai ! se récrie maman.
Il n’y a pas de mesure objective pour la douleur. Tout de même, il y a quelques repères. Par exemple, le rythme des crises de larmes qui s’estompe. Autre exemple : le nombre d’antidépresseurs, d’anxiolytiques, de consultations psys dont ils ont besoin et qui diminue. Ce sont des quantités mesurables, assez objectives après tout. » (p. 170)

Ce roman développe le rapport à la mort, ses séquelles térébrantes et le deuil qu’on voudrait incessant même si toujours, la vie reprend ses droits…

« [...] la mort fait partie de la vie, on peut vivre avec ça. » (p.173)

:avis:

Tragique et plombant sujet que la perte brutale d’un fils unique. Pour alléger ce livre qui se veut naturellement encombrant, j’ai supputé que Michel Rostain avait, en habile technicien, tenté de sauver préventivement ses lecteurs de la noyade. Pour cela, il entrecoupe son œuvre de courts paragraphes, permettant d’avaler le poison à coups de menues gorgées. Il distille quelques notes d’humour dans son récit et présente le désespoir ravageur du père1 à travers le regard nettement plus tiède de son enfant.

C’est là que le bât blesse : s’il s’agit d’une manœuvre de l’auteur visant à éviter de sombrer dans le pathos – il est vrai que la souffrance des parents est en soi largement… suffisante -, ce fils presque neutre, qui observe en omettant de partager son ressenti, m’est apparu comme faux.

La construction du roman est techniquement réfléchie, le style est sobre et efficace, mais j’ai à déplorer un manque : la compassion du fils. Comment cet enfant peut-il constater la peine dévastatrice de ses parents et rapporter leurs sanglots sans cesse renouvelés sans sembler s’en émouvoir une seconde?

Ça ne fait pour moi pas l’ombre d’un doute, ce livre a brillamment évité l’étiquette « pathétique ». Cependant, le fait de ne pas avoir pris en considération le ressenti difficile de toutes les parties – c’est-à-dire la faiblesse du fils aussi – rend ce récit insondable et invraisemblable.

Enfin, comme Lili Galipette, j’ai trouvé les ruptures temporelles et les coupures narratives trop nombreuses. Elles aident le lecteur à ne pas devoir maintenir l’attention trop longuement sur des anecdotes pesantes, mais elles empêchent en même temps de rentrer tout à fait dans le récit et d’y adhérer…

Autant de raisons pour lesquelles ce livre ne m’aura, hélas, pas vue ni frémir ni pleurer…

Bien que cette lecture n’ait pas été aussi magistrale2 que je ne l’avais espéré, je remercie chaudement Marion de m’avoir offert ce livre !

Syllogisme : papa pleure chaque fois qu’il pense à moi. Papa n’est heureux que lorsqu’il pense à moi. Papa est heureux chaque fois qu’il pleure. » (p. 119)

  1. C’est-à-dire le sien propre puisque ce drame, Michel Rostain l’a authentiquement vécu… []
  2. Le fils a été récompensé par le Goncourt du premier roman en 2011. []


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