
« Quand on n’est rien, on invente. Pour combler le vide. » (p. 164)
Margaret Lea, jeune libraire et biographe reçoit une lettre de Vida Winter, l’une des auteurs les plus en vogue de sa génération. Cette dernière l’invite à venir dans le Yorkshire sous son toit afin de concevoir sa biographie.
Réputée pour avoir livré nombre de fois à des journalistes des vies qui n’étaient pas la sienne et qui relevaient de sa fertile imagination, Vida ne pourra plus, avec Margaret qui entend bien s’assurer que son interlocutrice lui dit la vérité, se laisser porter par sa créativité…
Très vite, elles concluent un pacte : en échange de trois faits véridiques et vérifiables survenus de la vie de Vida, Margaret n’aura, pour la suite, le droit de ne poser aucune question, ni de brûler les étapes. Mrs Winter racontera à son rythme, comme bon lui semble, le récit de sa vie.
Malgré le caractère revêche de son hôte, Margaret va progressivement s’attacher à Vida… Basé sur sa gémellité, le récit de la narratrice va amener Margaret à frôler d’on ne peut plus près son vécu similaire, mais douloureux…
De son côté, Vida entreprendra la narration de son passé en tant qu’Adeline March, jumelle d’Emmeline. Commence le récit de drôles d’enfants nées avec un drôle d’héritage…
« Mon histoire n’est pas seulement la mienne, c’est aussi celle d’Angelfield. Angelfield le village. Angelfield la maison de maître. Et la famille Angelfield elle-même. George et Mathilde ; leurs enfants, Charlie et Isabelle ; les enfants d’Isabelle, Emmeline et Adeline. Leur maison, leurs destins, leurs peurs. Et leurs fantômes. On devrait toujours prêter attention aux fantômes, Miss Lea, vous ne croyez pas? » (p. 86)
C’est pour avoir lu de nombreuses critiques élogieuses à propos de ce roman que Le treizième conte s’est un jour inscrit dans mon pense-bête. Après avoir négligé des années cet élément de ma LAL, très chère Niche1 est apparue et m’a mis ce livre sous le nez, déclarant que je risquais bien d’apprécier…
Ne pouvant que difficilement passer à côté d’une suggestion provenant de l’éclaireuse plutôt éclairée qu’elle fut quelques fois à mon endroit, j’ai entamé la lecture dudit roman. Le côté obscur de la force – Reka ronchonchon – avait au commencement de cette fiction le dessus : le résumé du roman ne cadrait guère avec le genre de livre que j’apprécie de découvrir à l’accoutumée, c’est pourquoi je me trouvais dans un état de perplexité avancé. Les histoires, les contes, les fables fleuris de secrets, magie, intrigues et fantômes … n’étaient pas, pensais-je, des sujets susceptibles de me mettre en appétit.
Et pourtant ! C’est avec étonnement que je me suis vue plonger dans ce livre dès le troisième chapitre.
L’intrigue du Treizième conte est bien ficelée, bien menée, captivante, agréable. L’écriture est élégante, et, surtout, la magie qui se dégage de ce livre n’a rien de mièvre…
Diane Setterfield excelle dans l’art de mettre en abîme (lecture d’un roman à l’intérieur d’un roman) et enchante, par la façon dont elle aborde le rapport du lecteur à la littérature.
« Toute la matinée, j’eus l’étrange impression de sentir se mêler deux univers, les fragments épars de l’un s’infiltrant à travers les fissures de l’autre. Vous connaissez ce sentiment qui vous vient quand on commence un nouveau livre avant que la membrane du précédent ait eu le temps de se refermer complètement? Les idées, les thèmes et même les personnages du dernier ouvrage ont imprégné les fibres de vos vêtements, et quand vous ouvrez le suivant, ils sont toujours là. J’éprouvais une sensation du même ordre. Toute la journée, je fus distraite. Par des pensées, des souvenirs, des sentiments, des fragments de ma vie ressurgissant de façon saugrenue, qui rendaient toute concentration impossible. » (p. 402)
Première fois que je rencontre un livre mystérieux qui ne m’énerve pas à force de suspendre le récit. Je n’ai eu à déplorer ni longueurs, ni prévisibilité. En prime, ce roman, à force de faire des références aux classiques de la littérature anglaise (Jane Eyre, La Dame en blanc, les Hauts de Hurlevents, …) m’a presque donné envie de me débrider un peu de ma littérature contemporaine pour aller vers ce à quoi je tourne inexplicablement le dos depuis les secondaires…
Seul bémol : les dix dernières pages, rose bonbon, en dissonance avec le reste du livre, assez sombre et mélancolique… Mais un très plaisant moment dans l’ensemble !
Merci à Niche de m’avoir exhortée à batifoler un peu en dehors de mes habitudes et frontières
« Tous les enfants construisent un mythe autour de leur naissance. C’est là un trait universel. Vous voulez comprendre quelqu’un? Son coeur, son esprit, son âme? Demandez-lui de vous parler de sa naissance. Ce que vous obtiendrez ne sera pas la vérité, mais une histoire. Et rien n’est plus révélateur qu’une histoire. » (p. 44)
- Une parente bien inspirée qui m’a tout de même permis d’identifier mon livre de chevet
et qui, contrairement à beaucoup de mes amies, n’a pas des goûts tout à fait dégueu (bien qu’il faille parfois se méfier d’elle sur le plan cinématographique…)[↩]



Reka, documentaliste, lectrice grognon, geekette fragmentaire. 
![reka [at] marecages .be](http://marecages.be/upload/out/mailreka.png)
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