Archive mensuelle de décembre 2010

Le rapport de Brodeck / Philippe Claudel

:7:

« .« L’homme est un animal qui toujours recommence ». Mais que recommence-t-il? Ses erreurs ou la construction de ses fragiles échafaudages qui parviennent parfois à le hisser à deux doigts du ciel? » (p. 175)

 

Brodeck n’était pas présent le fameux soir de l’Ereigniës - ce soir où les habitants du village ont volé la vie de l’Anderer, un étranger qui séjournait chez eux depuis déjà un certain temps -, mais c’est à lui que le Maire (Orschwir) et quelques autres ont imposé la rédaction d’un rapport dont l’objectif serait de les disculper de l’acte irréparable qu’ils ont commis.

En marge de ce rapport obligatoire, Brodeck entreprend d’écrire pour lui seul et en cachette de tous ce qu’il a sur le cœur. C’est de ce témoignage confidentiel qu’est constitué le roman. Brodeck y dit tout : l’amour qu’il porte à ses êtres les plus chers – Fédorine (sa mère adoptive), Emélia (sa compagne) et Poupchette (leur petite fille) – ; son arrivée au village, la façon dont il y a été accueilli, l’avènement de la guerre, les horreurs dont il a été victime, son retour chez lui au terme des hostilités, l’arrivée de l’Anderer et son assassinat…

Le récit de Brodeck n’est pas continu : il se disperse en épousant le va-et-vient de ses souvenirs, pensées et ressentis. Il nous offre un perpétuel voyage à divers moments-clés de son existence. Ce vagabondage incessant et dénué de logique entrave la progression du roman. D’aucuns, sur la blogosphère, ont parlé d’un puzzle dont on acquerrait, au fil de l’histoire, de plus en plus de pièces. Cette métaphore m’est apparue comme étant la plus adaptée. Cependant, le fait d’obtenir des pièces de manière totalement désordonnée m’a été, du moins au début, suffisamment désagréable pour que je songe à laisser ce livre me tomber des mains.

Toutefois, fatalement, l’histoire progresse et gagne peu à peu en intérêt, car si Brodeck nous offre sa vie en mode aléatoire, l’ordre de ses révélations se veut savamment pensé : les faits les plus bouleversants ne nous sont en effet livrés qu’à la fin. J’ai donc entamé les deux premiers tiers de ce bouquin en déplorant de le devancer continuellement (entendez par là que mon impatience et la lenteur du récit empêchaient la perspective d’une entente entre ce livre et moi) puis me suis faite littéralement traîner par lui tant les propos relatés par Brodeck à la toute fin m’enchaînaient, m’hypnotisaient.

Qu’on se le dise, Le rapport de Brodeck est un roman excessivement dur. Philippe Claudel y dépeint la noirceur de la guerre et l’inhumanité dont les êtres sont capables.

Nous sont racontés dans ce livre les atrocités qui ont été infligées à Brodeck et à d’autres dans le camp où ils ont été faits prisonniers.
Des années passées à faire Chien Brodeck pour amuser les Fratergekeime

« Parfois, lorsque les gardes étaient ivres ou désœuvrés, ils s’amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse.Il fallait que je marche ainsi, avec le collier et la laisse. Il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur moi-même, que j’aboie, que je tire la langue, que je lèche leurs bottes. Les gardes ne m’appelaient pas Brodeck mais Chien Brodeck. Et ils riaient de plus belle. La plupart de ceux qui étaient avec moi refusèrent de faire le chien, et ils moururent soit de faim, soit de coups répétés que les gardent portaient sur eux. » (p. 30)

… à voir, chaque matin, un compagnon être désigné pour mourir par pendaison…

« Tous les jours, un homme était ainsi pendu à l’entrée du camp. Chacun, le matin, en se réveillant se disait que ce serait peut-être son tour. Les gardes nous sortaient des cabanes où nous nous entassions à même le sol pour la nuit, nous faisaient mettre en rang, et nous attendions, ainsi, debout, longtemps, quel que soit le temps, nous attendions qu’ils choisissent l’un d’entre nous, la victime du jour. D’autres fois, ils nous jouaient aux dés ou aux cartes. Et nous devions attendre debout près d’eux, en rangs parfaits, immobiles. Les parties s’éternisaient et, au bout du compte, le vainqueur avait le privilège de faire son choix. Il passait dans les rangs. Nous retenions notre souffle. Chacun tentait de se rendre le plus insignifiant possible. Le garde prenait son temps. Puis il finissait pas s’arrêter devant un prisonnier, le touchait du bout de son bâton et disait simplement « Du ». Nous autres, tous les autres, au fond de nous, on sentait naître une joie folle, un bonheur laid et qui ne durerait que jusqu’au lendemain, jusqu’à la nouvelle cérémonie, mais qui permettrait de tenir, tenir encore. » (p. 79-80)

… et réchapper à la mort pour revenir au village et y retrouver une Emélia devenue muette et sans ressort…

Nous reste donc à savoir ce qui a eu lieu au village en l’absence de Brodeck et à comprendre les griefs qu’avaient les habitants du village à l’égard de l’Anderer

« J’avais l’humeur légère. J’étais, j’en prends seulement conscience aujourd’hui conscience, peut-ête le seul du village à qui plaisait l’arrivée d’un inconnu chez nous. J’avais l’impression que c’était une renaissance, un retour à la vie. C’était pour moi comme si on avait soulevé une lourde plaque de fer, fermant depuis des années une cave, et que cette cave recevait subitement le vent et les rayons d’un grand soleil. Mais je ne pouvais pas imaginer que parfois les soleils deviennent des gêneurs, et que leurs rayons qui éclairent le monde et le font resplendir, malgré eux, dévoilent aussi ce qu’on cherche à enfouir. » (p. 188)

Outre les actes innommables perpétrés au camp, l’atmosphère insoutenable régnant dans le climat d’avant et d’après-guerre n’assurent aucun répit au lecteur. La divulgation de la cruauté et de la veulerie des habitants du village ne fait qu’asséner, avec une puissance folle, le dernier coup en guise de bouquet final.

En effet, l’intégralité de l’existence de Brodeck tient du cauchemar et l’intrigue concourt progressivement à un sentiment d’oppression, d’asphyxie qui nous fait tourner les pages à un rythme de plus en plus soutenu. On se découvre avide d’en savoir plus alors que quelques pages plus tôt, nous nous plaignions d’ennui…

En somme, la découverte de ce roman peut s’avérer fort appréciable à condition de s’accrocher et de surmonter l’empressement…

Un mot sur l’écriture de Philippe Claudel, aussi : en dépit de ficelles dont on sent qu’elles sont tout à fait sciemment tirées – on décèle que l’auteur calcule techniquement le résultat stylistique de sa prose -, ce roman, élégant, se boit avec beaucoup de plaisir et de facilité.

Une jolie trouvaille exhumée de ma PAL après quelques années grâce à une lecture commune aux côtés de Val, Cynthia et Liyah !

NB : Ce roman s’est vu récompensé par le Prix Goncourt des Lycéens (2007), le Prix des libraires du Québec (2008), le Prix Claude Farrere et le Prix des Lecteurs du Livre de Poche (2009) !

« L’homme est un animal qui toujours recommence ». Mais que recommence-t-il? Ses erreurs ou la construction de ses fragiles échafaudages qui parviennent parfois à le hisser à deux doigts du ciel? (p. 175)

Brodeck n’était pas présent le fameux soir de l’Ereigniës – ce soir où les habitants du village ont volé la vie de l’Anderer, un étranger qui séjournait au village depuis déjà un certain temps -, mais c’est à lui que le Maire (Orschwir) et quelques autres ont imposé la rédaction d’un rapport dont l’objectif serait de les disculper de l’acte irréparable qu’ils ont commis.

En marge de ce rapport obligatoire, Brodeck entreprend d’écrire pour lui seul et en cachette de tous ce qu’il a sur le cœur. C’est de ce témoignage confidentiel qu’est constitué le roman. Brodeck y dit tout : l’amour qu’il porte à ses êtres les plus chers – Fédorine (sa mère adoptive), Émélia (sa compagne) et Poupchette (leur petite fille) – ; son arrivée au village, la façon dont il y a été accueilli, l’avènement de la guerre, les horreurs dont il a été victime, son retour chez lui au terme des hostilités, l’arrivée de l’Anderer et son assassinat…

Le récit de Brodeck n’est pas continu : il se disperse en épousant le va-et-vient de ses souvenirs, pensées et ressentis. Il nous offre un perpétuel voyage à divers moments-clés de son existence. Ce vagabondage incessant et dénué de logique entrave la progression du roman. D’aucuns, sur la blogosphère, ont parlé d’un puzzle dont on acquerrait, au fil de l’histoire, de plus en plus de pièces. Cette métaphore m’est apparue comme étant la plus adaptée. Cependant, le fait d’obtenir des pièces de manière totalement désordonnée m’a été, du moins au début, suffisamment désagréable pour que je songe à laisser ce livre me tomber des mains.

Toutefois, fatalement, l’histoire progresse et gagne peu à peu en intérêt, car si Brodeck nous offre sa vie en mode aléatoire, l’ordre de ses révélations se veut savamment pensé : les faits les plus bouleversants ne nous sont en effet livrés qu’à la fin. J’ai donc entamé les deux premiers tiers de ce bouquin en déplorant de le devancer continuellement (entendez par là que mon impatience et la lenteur du récit empêchaient la perspective d’une entente entre ce livre et moi) puis me suis faite littéralement traîner par lui tant les propos relatés par Brodeck à la toute fin m’hypnotisaient.

Qu’on se le dise, Le rapport de Brodeck est un roman excessivement dur. Philippe Claudel y dépeint la noirceur de la guerre et l’inhumanité dont les êtres sont capables.

Nous sont racontés dans ce livre les horreurs qui ont été infligées à Brodeck et à d’autres dans le camp où ils ont été faits prisonniers. D’années passées à faire Chien Brodeck pour amuser les Fratergekeime

« Parfois, lorsque les gardes étaient ivres ou désoeuvrés, ils s’amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse.Il fallait que je marche ainsi, avec le collier et la laisse. Il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur-moi-même, que j’aboie, que je tire la langue, que je lècle leurs bottes. Les gardes ne m’appelaient pas Brodeck mais Chien Brodeck. Et ils riaient de plus belle. La plupart de ceux qui étaient avec moi refusèrent de faire le chien, et ils moururent soit de faim, soit de coups répétés que les gardent portaient sur eux. » (p. 30)

… à voir, chaque matin, un compagnon être désigné pour mourir par pendaison…

« Tous les jours, un homme était ainsi pendu à l’entrée du camp. Chacun, le matin, en se réveillant se disait que ce serait peut-être son tour. Les gardes nous sortaient des cabanes où nous nous entassions à même le sol pour la nuit, nous faisaient mettre en rang, et nous attendions, ainsi, debout, longtemps, quel que soit le temps, nous attendions qu’ils choisissent l’un d’entre nous, la vicime du jour. D’autres fois ils nous jouaient aux dés ou aux cartes. Et nous devions attendre debout près d’eux, en rangs parfaits, immobiles. Les parties s’éternisaient et, au bout du compte, le vaingueur avait le privilège de faire son choix. Il passait dans les rangs. Nous retenions notre souffle. Chacun tentait de se rendre le plus insignifiant possible. Le garde prenait son temps. Puis il finissait pas s’arrêter devant un prisonnier, le touchait du bout de son bâton et disait simplement « Du ». Nous autres, tous les autres, au fond de nous, on sentait naître une oie folle, un bonheur laid et qui ne durerait que jusqu’au lendemain, jusqu’à la nouvelle cérémonie, mais qui permettrait de tenir, tenir encore. » (p. 79-80)

… et réchapper de cette kyrielle de monstruosités pour revenir au village et y retrouver une Emelia devenue muette et sans ressort…

Nous reste donc à savoir ce qui a eu lieu au village en l’absence de Brodeck et à comprendre les griefs qu’avaient les habitants du village à l’égard de l’Anderer…

« J’avais l’humeur légère. J’étais, j’en prends seulement conscience aujourd’hui conscience, peut-ête le seul du village à qui plaisait l’arrivée d’un inconnu chez nous. J’avais l’impression que c’était une renaissance, un retour à la vie. C’était pour moi comme si on avait soulevé une lourde plaque de fer, fermant depuis des années une cave, et que cette cave recevait subitement le vent et les rayons d’un grand soleil. Mais je ne pouvais pas imaginer que parfois les soleils deviennent des gêneurs, et que leurs rayons qui éclairent le monde et le font resplendir, malgré eux, dévoilent aussi ce qu’on cherche à enfouir. » (p. 188)

Outre les actes innommables perpétrés au camp, la divulgation de la cruauté / de la veulerie des habitants du village et l’atmosphère insoutenable régnant dans ce climat d’avant et d’après-guerre n’assurent aucun répit au lecteur.

En effet, l’intégralité de l’existence de Brodeck tient du cauchemar et l’intrigue concourt progressivement à un sentiment d’oppression, d’asphyxie qui nous fait tourner les pages à un rythme de plus en plus soutenu. On se découvre avide d’en savoir plus alors que quelques pages plus tôt, nous nous plaignions d’ennui…

En somme, la découverte de ce roman peut s’avérer fort appréciable à condition de s’accrocher en dépit du manque de patience dont nous serions les proies.

Un mot sur l’écriture de Philippe Claudel, aussi : en dépit de ficelles dont on sent qu’elles sont tout à fait sciemment tirées – on décèle que l’auteur calcule techniquement le résultat stylistique de sa prose -, ce roman, élégant, se boit avec beaucoup de plaisir et de facilité.

Une jolie trouvaille exhumée de ma PAL après quelques années grâce à une lecture commune aux côtés de Val, Cynthia et Liyah !

NB : Ce roman s’est vu récompensé par le Prix Goncourt des Lycéens (2007), le Prix des libraires du Québec (2008), le Prix Claude Farrere et le Prix des Lecteurs du Livre de Poche (2009) !

Challenge Petit Bac : j'en suis, et vous?

Pas plus tard que… 2 minutes avant de m’inscrire à ce challenge, je confiais à mon amie Lalou que mes résolutions pour 2011 étaient celles-là : je ne souscrirais plus à aucun partenariat / challenge / lecture commune. Rien qui, à l’un ou l’autre moment, rentre dans le cadre de la contrainte et me paraisse, tout près de l’échéance, ardu voire insurmontable.
En somme, rien qui me stresse, me bloque, et entrave mon plaisir de lecture : finies les bêtises.

Ça, c’était donc le discours que je tenais un instant avant d’ouvrir mon agrégateur de flux RSS et de découvrir ce challenge initié par Enna et relayé par George… : le Challenge Petit bac ! Un jeu de société qui me rappelle les plaisirs de mon enfance… De mon adolescence… Et, malheureusement, pas des âges qui ont suivi… (Tentez, à vingt-cinq ans, de demander à vos amis de jouer un Petit bac et sondez leur réaction : la réponse fuse, toujours la même, jamais la bonne !)

Aujourd’hui, il n’est plus question de digérer son amertume, de déplorer que les gens grandissent/vieillissent (ou fassent semblant), Enna m’arrache à ma nostalgie ! … Et ce qui est magnifique, c’est que je ne déroge pas à mes résolutions puisque ce n’est en rien contrainte que de jouer au Petit bac ! ;)


Le principe du jeu est évidemment adapté aux lecteurs compulsifs que nous sommes et propose sympathiquement de remédier au volume gargantuesque de nos PAL : l’objectif est que le titre de nos livres réponde aux critères-petit bac suivants : prénom, lieu, métier, animal, végétal/minéral1, objet et sport/loisir.

Voici donc le fruit de ma pêche (a priori, je privilégierai le premier des titres inscrits) :

  • Prénom : Magnus / Sylvie Germain -ou- Ce que savait Maisie / Henry James -ou- Trudi la naine / Ursula Hegi
  • Lieu : Wisconsin / Mary Relindes Ellis
  • Métier : Le délégué / Didier Desbrugères -ou- Les veilleurs / Vincent Message -ou- Le cosmonaute / Philippe Jaenada -ou- Portrait de l’Ecrivain en Animal Domestique / Lydie Salvayre
  • Animal : De si jolis chevaux / Cormac McCarthy -ou- Rapport aux bêtes / Noëlle Revaz
  • Végétal/Minéral : Cœur de pierre / Pierre Péju
  • Objet : La cloche de détresse / Sylvia Path -ou- L’horloge sans aiguilles / Carson McCullers
  • Sport et Loisirs: Voyage au bout de la nuit / Louis Ferdinand Céline -ou- Plage de Manaccora, 16h30 / Philippe Jaenada

J’ai déjà royalement savouré la moitié du challenge rien qu’en identifiant les romans que j’allais consommer en 2011. Si c’est pas un défi d’enfer, ça, hein? ;)
Merci Enna !

Si vous êtes intéressés de participer à ce challenge, les inscriptions ont lieu là-bas.
Enjoy ! :)

  1. Petite adaptation de mon cru, gentiment validée par Enna, parce que je n’avais, en dépit de mes 88 livres en attente, rien qui fasse appel à quoi que ce soit de végétal. []

Les grands romans français / Christophe Hardy

:6:

 

Lorsque j’ai souscrit, en janvier 2010, à la septième édition de l’opération Masse critique chez Babelio, ce livre de Christophe Hardy a été proposé aux membres, en partenariat.

L’ouvrage, loin d’être publié à ce moment-là, devait à l’origine s’intituler Petit complexe en littérature française ? Guide de premiers secours pour ceux qui ont tout oublié ou presque rien appris.
Neuf mois plus tard, il m’a toutefois été communiqué que le titre de ce livre tant attendu1 avait fait l’objet d’une modification. Il s’appellerait finalement Les grands romans français: les connaître, les aimer, en parler.

Ce changement, bien que mineur, m’a tout à coup fait redouter l’arrivée de ladite publication dans ma boîte aux lettres : si je prêtais au premier titre des airs sympathiques, légers, ainsi que, peut-être, une bienheureuse prétention à l’exhaustivité ; le second, en revanche, ne m’évoquait rien qui vaille. J’ai été un peu désappointée en constatant que l’accent était mis sur les romans uniquement. Cela ne pouvait à mon sens que tronquer l’étendue du contenu à laquelle on s’attendait avec son premier intitulé : il n’était plus question de littérature mais de l’un des objets d’étude de la discipline. Par conséquent, le livre a perdu à mes yeux de sa générosité, de son ambition, et ce partenariat m’a d’ores et déjà un peu dégrisée…

Mes attentes? Découvrir un livre plus complet que léger. J’aspirais à un vrai cours de littérature, avec une ossature s’articulant autour des mouvements littéraires, un contenu explicitant les caractéristiques propres à ceux-là, présentant les différents auteurs ou romans s’y rattachant, etc.
Bref, j’attendais de pouvoir découvrir un documentaire à la fois dense (c’est-à-dire comblant une majorité de lacunes ou de notions oubliées) et lisible (pour être bien reçu par les profanes, comme le présupposait le titre initial).

Lorsque j’ai eu le loisir de manipuler, compulser et enfin lire le « guide », j’ai pu constater que celui-ci, s’il ne rencontrait pas mes attentes, recelait pourtant de précieuses qualités…

Les grands romans français est en effet un documentaire très agréable à découvrir et tout à fait abordable. Sa structure, limpide et constante, rend ce livre tout à fait lisible : chaque chapitre traite le cas d’une œuvre. A mesure que l’on progresse dans l’ouvrage, sont présentées des romans de plus en plus « jeunes ». Ainsi, Les grands romans français commence par la présentation de Lancelot ou le Chevalier de la Charrette (Chrétien de Troyes, XIIIe siècle) et s’achève par Balcon en forêt (Julien Gracq, 1958).

Dans chaque chapitre, un premier point offre un résumé de l’œuvre ainsi qu’une brève analyse de ses particularités; ensuite vient un extrait-phare du roman. Font suite à cela quelques éclairages quant à la vie de l’auteur, à l’intégralité de sa production littéraire, au contexte historique et/ou culturel de l’œuvre. Enfin, des prolongements nous sont proposés par l’auteur (il nous y indique quelles éditions du roman persistent dans le commerce (nous sont suggérés autant les grands formats que les poches, pour les petits budgets), quelles adaptations a subi l’œuvre au cinéma, au théâtre, à l’opéra, etc.). De la sorte, ce livre ne ressemble en rien à manuel de littérature française, pompeux et dissuasif, comme certains peuvent l’être, mais tient lieu d’invitation : Christophe Hardy appelle à la découverte intégrale des fictions qu’il explore.

Malgré tout, il reste un bémol : mes attentes relatives à la densité du contenu n’ont pas été rencontrées. J’ai en effet à reprocher à cet ouvrage sa quatrième un peu orgueilleuse. On y lit que « c’est un livre généreux, qui brosse un panorama large, clair, depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours ». Pour la générosité et la largesse du panorama, on repassera : ce livre n’analyse pas davantage que 23 romans… Ce que j’ai trouvé fort peu. Les (article défini : l’outil permettant la détermination complète) grands romans français ne seraient-ils donc pas plus de 23? Par ailleurs, le roman le plus récent que l’auteur nous invite à découvrir date de 1958 : la contemporanéité des œuvres m’apparaît donc, hélas, toute relative…

Merci à Babelio et aux éditions Carnets de l’info de m’avoir offert ce livre en partenariat.

  1. Je le recevrais finalement à la fin du mois d’octobre 2010. []