
Plus d’un an après la disparition de sa compagne Sarah, Paul et ses enfants – Manon et Clément – partent vivre à Saint Malo. Si ce départ représente un moyen de commencer une vie nouvelle, c’est avant tout pour Paul une solution provisoire pour arrondir ses fins de mois : écrivain et sans contrat depuis un certain temps, ce père entend accorder à sa progéniture une vie décente. Pour ce faire, il n’a que son frère et sa belle-sœur sur qui compter. Alex et Nadine ont en effet repris l’entreprise parentale d’auto-école. Le récit commence donc là où s’amorce la nouvelle vie de Paul, en tant que moniteur auto-école. Nous découvrons son quotidien, ses rencontres, ses souvenirs, ses sentiments, sa solitude, ses errances et l’amour inconditionnel qu’il porte à ses deux enfants…
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Des vents contraires a pour moi été une très vive déception. Le fond autant que la forme ne m’ont pas du tout convaincue.
Une mère disparue subitement depuis près d’un an, un père abattu et dans un équilibre financier précaire avec deux enfants à charge : l’ampleur dramatique de la trame initiale du roman est déjà corsée à la base mais l’auteur ne s’en est visiblement pas satisfait… Si vous faites votre marché en vue d’affaires intéressantes, notez qu’Olivier Adam nous offre ici très généreusement dix tragédies pour le prix d’une.
Toutes les personnes que rencontre Paul pâtissent en effet d’un sort suffisamment sombre et pesant que pour faire l’objet d’un roman à elles seules. A titre exemplatif, voici quelques cas : un ex-taulard ayant dealé à qui on a retiré le droit de voir son fils et qui en souffre ; une jeune fille colérique dont on apprend que le beau-père est rude et injuste avec elle et qui disparait ; un individu qui a renié sa descendance étant jeune et qui est, deux ou trois décennies plus tard, incapable de corriger son erreur en se faisant connaître de sa propre fille, …
Ces premiers éléments mélodramatiques ne constituent que l’univers périphérique de Paul, mais le narrateur en personne (c’est-à-dire Paul) est de loin le plus enclin à générer le pathos et à susciter l’irritation. Il m’est effectivement apparu comme un homme assez irresponsable. Le fait qu’il s’occupe de deux jeunes enfants rend ce défaut d’autant plus insupportable…
Illustrons :
- Paul souffre d’alcoolisme1
- Paul se traîne et s’endort dans les dunes au lieu de se rendre sur son lieu de travail,
- Paul « baise »2 sa voisine Isabelle qu’il connaît depuis environ deux heures dans sa maison à elle sans avoir prévenu ses mouflets à tout casser âgés de 5 et 9 ans de son absence (peut-on seulement concevoir de laisser sans surveillance des rejetons quand on sait que la cadette est asthmatique et devenue abandonnique par la force des choses?),
« Manon ne cessait de pleurer et de réclamer sa mère, elle hurlait et s’étouffait, passait d’une crise de larmes à une crise d’asthme et refusait d’aller à l’école. Quant à Clément, il n’ouvrait pas la bouche et ne répondait plus à mes questions que par des hochements de tête absents et indéchiffrables. »3 (p. 96)
- Paul n’a pas le permis (mais il est moniteur auto-école : cherchez l’erreur!)
- Paul protège les repris de justice, ment à la police, accepte tous les caprices de ses apprenants sans broncher, ainsi que les humeurs dévastatrices de Mme Désiles, l’institutrice de Manon…
Au milieu de ce déluge de bêtises, des descriptions de paysages maritimes et évocations de ce vent qui fouette le visage décorent l’intrigue… ou ne font que l’alourdir un peu plus. Entre nous, comme on se fout de la mer, de la pluie, de la neige et du beau temps, on lit en diagonale, ce qui nous permet d’échapper peut-être à l’éventualité de lire une treizième fois le verbe gueuler dans le texte4. (A noter que je m’étais déjà plainte de la répétition de ce terme en lisant Les Déferlantes de Claudie Gallay, faut-il croire que les Français du Nord l’affectionnent particulièrement?)
- Il est où Clément? Elle a fait d’une voix candide.
Juchée là-haut, elle promenait son regard autour de nous en chantonnant, à part la mer zébrée d’écume et l’infinie succession de plages et de falaises il n’y avait rien, en bas les fulmars rasaient l’air dans la lumière déclinante. Alex et Nadine se sont décollés. Eux non plus n’avaient pas la moindre idée d’où avait pu passer le gamin. J’ai gueulé son nom et ma voix s’est perdue dans le bruit du ressac, à peine sortie de bouche, elle s’y noyait, engloutie et fracassée. Tout le monde s’y est mis avec moi, on a hurlé comme ça pendant deux minutes mais rien ni personne n’a répondu, le vent sifflait et les goélands poussaient des cris paniqués. J’ai posé la petite sur le sol, je l’ai confiée à Nadine et avec Alex on est partis à sa recherche, lui vers l’est et moi vers l’ouest, on commençait à ne plus voir grand chose et la mer faisait un boucan terrible, à croire que quelqu’un avait monté le volume une fois le soleil enfui. Un lapin a surgi des fourrés, il a détalé vers le large et je me suis demandé où il allait trouver refuge, s’il allait se planquer derrière un rocher ou se jeter dans le vide5, je marchais en gueulant Clément et je sentais mes tempes battre comme des mitraillettes sous la peau. (p. 148-149)
De bout en bout, ce livre m’a paru platement désespérant.
Même la fin n’arrange rien. Le mystère de la disparition de Sarah est pulvérisé, ça ne procure rien, ni chaud ni froid. Paul pète une durite, je ne spolie pas l’objet de son hallucination mais il y est question d’une histoire de « queue » (sic, hein, je ne me permettrais pas !) qui ne fait que confirmer le chaos de ce roman…
Bref, ce livre m’est apparu comme lent, lourd, geignard et creux. Infiniment creux.
Sur la blogosphère, les critiques positives ont foisonné à son propos, mais nous sommes au moins trois à ne pas l’avoir bien digéré. Voici donc par ailleurs la critique du Livraire, et celle d’Yspadadden, analogues à la mienne…

Des vents contraires a été lu dans le cadre d’une lecture commune avec Nina, qui devrait sans doute très bientôt nous faire part de son avis
- - Un peu d’empathie, Reka, que Diable ! Il a perdu sa femme !
- Oui mais il a deux enfants en bas âge. [↩] - En 283 pages, Olivier Adam ne semble connaître aucun synonyme à ce vocable même lorsqu’il se remémore l’amour avec Sarah, la mère de ses enfants. Il nourrit par ailleurs une affection manifeste pour le mot « queue ». [↩]
- Fallait-il que je le précise, l’emphase émane AUSSI du comportement des enfants, puisqu’il suinte de partout… [↩]
- Je vous promets avoir lu ce mot pas moins de 12 fois, j’ai compté! [↩]
- Toute amie voire amoureuse des animaux que je sois, comment peut-on se questionner sur le destin d’un petit lapin quand son propre fils s’est volatilisé et qu’il souffle un tel vent qu’on y voit plus rien – je vous le demande – ? [↩]


Reka, documentaliste, lectrice grognon, geekette fragmentaire. 
![reka [at] marecages .be](http://marecages.be/upload/out/mailreka.png)
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