Archive mensuelle de novembre 2010

Des vents contraires / Olivier Adam

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Plus d’un an après la disparition de sa compagne Sarah, Paul et ses enfants – Manon et Clément – partent vivre à Saint Malo. Si ce départ représente un moyen de commencer une vie nouvelle, c’est avant tout pour Paul une solution provisoire pour arrondir ses fins de mois : écrivain et sans contrat depuis un certain temps, ce père entend accorder à sa progéniture une vie décente. Pour ce faire, il n’a que son frère et sa belle-sœur sur qui compter. Alex et Nadine ont en effet repris l’entreprise parentale d’auto-école. Le récit commence donc là où s’amorce la nouvelle vie de Paul, en tant que moniteur auto-école. Nous découvrons son quotidien, ses rencontres, ses souvenirs, ses sentiments, sa solitude, ses errances et l’amour inconditionnel qu’il porte à ses deux enfants…
:avis: .

Des vents contraires a pour moi été une très vive déception. Le fond autant que la forme ne m’ont pas du tout convaincue.

Une mère disparue subitement depuis près d’un an, un père abattu et dans un équilibre financier précaire avec deux enfants à charge : l’ampleur dramatique de la trame initiale du roman est déjà corsée à la base mais l’auteur ne s’en est visiblement pas satisfait… Si vous faites votre marché en vue d’affaires intéressantes, notez qu’Olivier Adam nous offre ici très généreusement dix tragédies pour le prix d’une.

Toutes les personnes que rencontre Paul pâtissent en effet d’un sort suffisamment sombre et pesant que pour faire l’objet d’un roman à elles seules. A titre exemplatif, voici quelques cas : un ex-taulard ayant dealé à qui on a retiré le droit de voir son fils et qui en souffre ; une jeune fille colérique dont on apprend que le beau-père est rude et injuste avec elle et qui disparait ; un individu qui a renié sa descendance étant jeune et qui est, deux ou trois décennies plus tard, incapable de corriger son erreur en se faisant connaître de sa propre fille, …

Ces premiers éléments mélodramatiques ne constituent que l’univers périphérique de Paul, mais le narrateur en personne (c’est-à-dire Paul) est de loin le plus enclin à générer le pathos et à susciter l’irritation. Il m’est effectivement apparu comme un homme assez irresponsable. Le fait qu’il s’occupe de deux jeunes enfants rend ce défaut d’autant plus insupportable…

Illustrons :

- Paul souffre d’alcoolisme1
- Paul se traîne et s’endort dans les dunes au lieu de se rendre sur son lieu de travail,
- Paul « baise »2 sa voisine Isabelle qu’il connaît depuis environ deux heures dans sa maison à elle sans avoir prévenu ses mouflets à tout casser âgés de 5 et 9 ans de son absence (peut-on seulement concevoir de laisser sans surveillance des rejetons quand on sait que la cadette est asthmatique et devenue abandonnique par la force des choses?),

« Manon ne cessait de pleurer et de réclamer sa mère, elle hurlait et s’étouffait, passait d’une crise de larmes à une crise d’asthme et refusait d’aller à l’école. Quant à Clément, il n’ouvrait pas la bouche et ne répondait plus à mes questions que par des hochements de tête absents et indéchiffrables. »3 (p. 96)

- Paul n’a pas le permis (mais il est moniteur auto-école : cherchez l’erreur!)
- Paul protège les repris de justice, ment à la police, accepte tous les caprices de ses apprenants sans broncher, ainsi que les humeurs dévastatrices de Mme Désiles, l’institutrice de Manon…

Au milieu de ce déluge de bêtises, des descriptions de paysages maritimes et évocations de ce vent qui fouette le visage décorent l’intrigue… ou ne font que l’alourdir un peu plus. Entre nous, comme on se fout de la mer, de la pluie, de la neige et du beau temps, on lit en diagonale, ce qui nous permet d’échapper peut-être à l’éventualité de lire une treizième fois le verbe gueuler dans le texte4. (A noter que je m’étais déjà plainte de la répétition de ce terme en lisant Les Déferlantes de Claudie Gallay, faut-il croire que les Français du Nord l’affectionnent particulièrement?)

- Il est où Clément? Elle a fait d’une voix candide.
Juchée là-haut, elle promenait son regard autour de nous en chantonnant, à part la mer zébrée d’écume et l’infinie succession de plages et de falaises il n’y avait rien, en bas les fulmars rasaient l’air dans la lumière déclinante. Alex et Nadine se sont décollés. Eux non plus n’avaient pas la moindre idée d’où avait pu passer le gamin. J’ai gueulé son nom et ma voix s’est perdue dans le bruit du ressac, à peine sortie de bouche, elle s’y noyait, engloutie et fracassée. Tout le monde s’y est mis avec moi, on a hurlé comme ça pendant deux minutes mais rien ni personne n’a répondu, le vent sifflait et les goélands poussaient des cris paniqués. J’ai posé la petite sur le sol, je l’ai confiée à Nadine et avec Alex on est partis à sa recherche, lui vers l’est et moi vers l’ouest, on commençait à ne plus voir grand chose et la mer faisait un boucan terrible, à croire que quelqu’un avait monté le volume une fois le soleil enfui. Un lapin a surgi des fourrés, il a détalé vers le large et je me suis demandé où il allait trouver refuge, s’il allait se planquer derrière un rocher ou se jeter dans le vide5, je marchais en gueulant Clément et je sentais mes tempes battre comme des mitraillettes sous la peau. (p. 148-149)

De bout en bout, ce livre m’a paru platement désespérant.

Même la fin n’arrange rien. Le mystère de la disparition de Sarah est pulvérisé, ça ne procure rien, ni chaud ni froid. Paul pète une durite, je ne spolie pas l’objet de son hallucination mais il y est question d’une histoire de « queue » (sic, hein, je ne me permettrais pas !) qui ne fait que confirmer le chaos de ce roman…

Bref, ce livre m’est apparu comme lent, lourd, geignard et creux. Infiniment creux.

Sur la blogosphère, les critiques positives ont foisonné à son propos, mais nous sommes au moins trois à ne pas l’avoir bien digéré. Voici donc par ailleurs la critique du Livraire, et celle d’Yspadadden, analogues à la mienne…

Des vents contraires a été lu dans le cadre d’une lecture commune avec Nina, qui devrait sans doute très bientôt nous faire part de son avis :)

  1. - Un peu d’empathie, Reka, que Diable ! Il a perdu sa femme !
    - Oui mais il a deux enfants en bas âge. []
  2. En 283 pages, Olivier Adam ne semble connaître aucun synonyme à ce vocable même lorsqu’il se remémore l’amour avec Sarah, la mère de ses enfants. Il nourrit par ailleurs une affection manifeste pour le mot « queue ». []
  3. Fallait-il que je le précise, l’emphase émane AUSSI du comportement des enfants, puisqu’il suinte de partout… []
  4. Je vous promets avoir lu ce mot pas moins de 12 fois, j’ai compté! []
  5. Toute amie voire amoureuse des animaux que je sois, comment peut-on se questionner sur le destin d’un petit lapin quand son propre fils s’est volatilisé et qu’il souffle un tel vent qu’on y voit plus rien – je vous le demande – ? []

Melting pot : une info, un tag

Par ce billet, je mélange tout : les tags, les infos, tout ça-tout ça.

Une info

Je vous annonce solennellement que mon blog Marécages est désormais équipé d’une bannière ! :D

Après 6 mois de patience dans lesquelles se sont disséminées une trentaine d’heures de gribouillage, d’insatisfaction, de rage et de mises en pièces, me voilà enfin… avec un résultat qui n’a pas fini à la poubelle ! Mon blog n’est plus tout nu, j’espère que sa nouvelle parure vous plaira :)

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Un tag

Concernant le tag – celui qui circule plus vite que son ombre et qui consiste à donner en moins de 15 minutes 15 auteurs qui me viennent spontanément à l’esprit et 15 blogueurs qui prendraient la relève -, bien après tout le monde, voici mes réponses :

J’ai été taguée de toutes parts : par Lalou, Cynthia et Cricri S. (et par – ai-je constaté a posteriori – Voyelle&Consonne et EstelleCalim)
Merci, les filles d’avoir pensé à moi… ;)

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Les auteurs

18h01… C’est parti !

  • Jonathan Safran Foer (tout le monde sait que j’ai dédié la moitié de mon cœur à Oskar Schell, son inventeur ne pouvait donc partager la première place avec quiconque)
  • Véronique Ovaldé (je suis bleue de sa prose et attends depuis quelque chose comme 300 ans la parution de Ce que je sais de Vera Candida en poche…)
  • Jeanne Benameur (elle ne m’a jamais déçue, et vous non plus (comment ça, je m’avance?))
  • Cormac McCarthy (il a réussi à me faire pleurer comme personne et le pire, c’est que j’ai aimé ça…)
  • Françoise Chandernagor (la diva de la description de la détresse et de la décrépitude. C’est fun.)
  • Lionel Shiver (Kevin a marqué mon esprit, sa mère aussi.)
  • Stefan Zweig (c’est une valeur sûre, (sauf parfois))
  • Kate Atkinson (auteure marquante même si je ne suis pas une inconditionnelle…)
  • Nicole Krauss (parce que c’est l’épouse de mon premier et qu’il faudrait que je me décide tôt ou tard à lire L’histoire de l’amour, dans ma PAL depuis un bon demi siècle (non, je n’exagère jamais, ce n’est pas du tout mon genre!))
  • Dominique Mainard (une belle découverte, je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin)
  • Camille Laurens (elle m’a fait gratter dans mon carnet de citations au point que j’en ai perdu la moitié de pages blanches)
  • Marie Darrieussecq (parce que c’est facile, quand on pense à Laurens, on pense à Darrieussecq. Dans mes projets court toujours l’envie de lire Romance Nerveuse et Rapport de police.)
  • George Orwell (un grand visionnaire.)
  • Georges Simenon (A l’heure où je vous écris, il fait un temps gris digne d’un des romans de Simenon, ça ne donne pas franchement envie de le lire…)

18h07, 14 auteurs
Pour le dernier, j’hésite entre…

  • Pierre Larousse et Barbara Cartland (M’enfin, Reka, qu’est-ce qui te prend? Tiens, vous avez déjà vu sa tête, à Barbara Cartland?… A moi, ça m’a fichu un choc.)

Les blogueurs

Je ne m’inquiète pas de savoir s’ils y ont déjà répondu ou non…

Brize, Amanda, George (jamais 2 sans 3), Antoine, Violaine (non, je ne triche pas !! :p ), Ys, Nina (encore pardon pour la LC ratée), Cuné, Lou, Lukes, Voyelle&Consonne, Sébastien, Keisha, Cécile, Robert (‘y a pas de Robert? Prouvez-le!).

Il est 18h10, j’ai rempli ma mission en 9 minutes. Ne me reste plus qu’à agrémenter ce tag de quelques parenthèses futiles et le tour sera joué ;)

Bon amusement à qui vaquera à ce divertissement (s’il y en a encore derrière moi…)

http://www.amandameyre.com/

L'effet Larsen / Delphine Bertholon

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Durant l’été caniculaire de 1998, Nola, dix-huit ans, ramène l’argent à la maison grâce au job qu’elle a décroché pour les vacances au café l’Evasion.

Dans ce petit appartement à l’architecture saugrenue où Mira (sa mère) et elle ont récemment déménagé en espérant se reconstruire de la mort brutale de Jacques (le père de Nola), la vie semble hélas ne faire que se compliquer. Mira, oisive parce que dévorée par les médicaments, est en proie à un comportement de plus en plus inquiétant. Asthénique et renfrognée – à l’inverse de l’image de mère absolument exemplaire qu’elle renvoyait auparavant -, elle se plaint bientôt de percevoir chaque son avec tant de force qu’elle en vient à obstruer toutes les bouches d’aération de leur logement en dépit de la chaleur insoutenable qui inonde le pays…

Elle qui, durant dix-huit ans,  avait été la Mère des Mères, étouffante d’amour, un amour dont elle vous gavait comme on gave les oies, perpétuellement inquiète, perpétuellement aux petits soins, insupportablement parfaite, à croire qu’elle était en lice pour recevoir un prix, eh bien celle-là, celle qui jadis avait été « maman » n’était plus qu’une gamine qui boudait, enfermée avec des boules Quiès dans un trois pièces meublé. (p. 49)

Par ces longues journées à tanguer entre l’univers des pochards du bistrot dans lequel elle travaille et l’enfer que lui impose une mère s’enlisant perceptiblement dans la dépression, Nola n’a pas le temps d’essuyer son propre deuil et oscille entre colère, tristesse et empathie. L’effet Larsen raconte la sidérante rapidité à laquelle une jeune fille fut forcée de se faire femme…

[...] cette jeune fille promise à un brillant avenir, un peu excentrique mais tout de même, sage et studieuse – de cette jeune fille-là que j’étais, celle que j’aurais du devenir, il ne restait plus rien. Ma mère continuait parfois de m’appeler Moineau mais l’oisillon semblait passé sous un bus, amas d’osselets et de plumes raides, écrabouillé. Je ne suis pas sûre qu’elle s’en rendit compte, ma mère, tout entière à tenter de survivre, à coups de médicaments, de larmes, et de momification ; mais cet été-là, je l’avais enviée. Envié sa douleur presque comique de veuve sicilienne, son superlatif malheur, ses étranges symptômes. Envié sa réclusion, cette espèce d’hors-la-vie auquel je n’avais pas droit, puisqu’il fallait bien que quelqu’un reste debout. En un sens, elle ne m’avait pas même laissé le temps d’être malheureuse. La perte de mon père m’avait volé l’enfance ; Mira me volait jusqu’à mon chagrin. (p. 46-47)

:avis:

L’effet Larsen met au jour les sentiments d’une jeune fille à qui tout avait réussi durant les dix-sept premières années de sa vie. A peine majeure, Nola se retrouve orpheline de père et contrainte de materner sa mère devenue très fragile.

Malgré l’abondance d’événements tragiques qui peuplent l’existence de Nola durant cette étrange année, ce livre m’a semblé n’avoir rien de « bêlant ».
L’histoire est au contraire dynamique et prenante, parce que riche en nuances : la narratrice fait en effet souvent preuve d’humour/de cynisme dans ses observations de la société ; ses réflexions, en dépit d’un langage « jeune » – donc relativement « léger » – ne sont jamais puériles, et sa peine, quand elle l’exprime, est si palpable que Nola tendrait presque à prendre vie sous les lignes… Ce personnage est vivant, attachant, en couleurs, à l’inverse des coups durs qui l’appellent vers le bas. Le seul bémol – que j’ai réfléchi a posteriori – est d’ailleurs lié à cela : la combativité indéfectible de Nola aurait parfois tendance à tuer la crédibilité du personnage ou même de son histoire, mais ce fait ne dérangera que les lecteurs les plus terre-à-terre et n’a pas grande chance d’altérer pour autant le plaisir de lecture.

Enfin, cette fiction fluide et magnétique1 offre une conclusion inattendue qui finit de confirmer la réussite de ce roman…

Un bon moment de lecture, riche en émotions.

Merci à Keisha d’avoir permis à ce roman de voyager jusqu’à moi :)

  1. Cette histoire m’a happée dès les premières lignes et n’a pas cessé de me rappeler à chaque fois que je la quittais un moment. []


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