Archive mensuelle de juillet 2010

Recommandations ministérielles relatives aux lectures scolaires

Je n’ai jamais tenu à faire de politique sur ce blog mais… La récente décision de Marie-Dominique Simonet (ministre belge de l’enseignement secondaire) m’a occasionné une belle poussée d’urticaire.

Maman Ingérence et Papa Faux-semblant trouvent déplacée la lecture de Je vais bien, ne t’en fais pas (Olivier Adam) ou encore de La Nuit des enfants rois (Bernard Lenteric)…

Du coup…

Du coup, Madame la Ministre trouve du temps à perdre pour énoncer des directives au contenu vide de sens :

« [...] Ce qui est plus délicat, c’est lorsque des livres de qualité contiennent des passages de violences, de manipulation, qui pourraient éveiller chez le lecteur des comportements indésirables.

Dès lors, d’une manière générale, le professeur ne proposera pas des textes qui s’inscrivent résolument dans un registre de mauvais goût [...]. »

Oui, bon, bref : ça m’énerve…

Allez, on se relit 1984?

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:va:

Presse

Réaction / Carte blanche

L'étourdissement / Joël Egloff

:6:

:resu:

Dans L’étourdissement, Joël Egloff nous offre en une centaine de pages le quotidien décousu et absurde d’un narrateur vivant avec sa grincheuse grand-mère dans un endroit hautement improbable.

Perdu à proximité d’un aéroport – fatalement bruyant – d’où décollent des avions conduits par des pilotes très peu adroits…,

« Parfois, je me demande comment ils feraient les types si j’étais pas là, je veux parler des pilotes qui ont bien du mal au décollage, souvent quand on n’y voit pas grand chose, comme aujourd’hui, et que le vent s’en mêle en plus. Une fois sur deux, ça passe tout juste au ras des lignes et des pylônes. C’est pour ça que, pendant la pause, si je peux rendre service, j’hésite pas. » (p. 83)

…  d’un parking de supermarché, des voies ferrées, de la décharge où vit l’un de ses amis et de la station d’épuration – qui tient lieu de destination de vacances -…

« Un beau matin, on se levait à l’aube, on coupait l’eau et l’électricité, on fermait la maison, on planquait la clé, et on s’en allait passer l’été du côté de la station d’épuration.
Là-bas, comme chaque année, on retrouvait les vieux habitués. Rien que des gens du coin, des voisins, qui venaient camper par ici pour prendre un peu de bon temps. Et moi, je retrouvais les copains que j’avais quittés la veille. A peine arrivés, on détalait comme des lapins, on disparaissait dans les herbes hautes, les bosquets, les fourrés, et on nous revoyait plus de la journée. » (p. 47)

… le narrateur nous relate des pans de sa vie : son travail à l’abattoir, pour le moins ardu et éreintant, mais dont il sait aussi parfois profiter avec insouciance et légèreté ; ses relations avec ses collègues, sa grand-mère, … et nous livre conjointement ses ressentis, donc une partie de sa personnalité.
:avis:

Ce roman expose une réalité noire mais Joël Egloff l’exploite de façon surprenante en donnant au pire des accents cocasses, des envols lyriques, et des retombées plombantes, à la limite du réalisme – oppressant -.

Un petit livre dont les cordes sont intelligemment tirées et qui s’avère être tour à tour étonnamment rafraîchissant, discrètement émouvant, et vaguement triste.

La découverte poursuivie d’un auteur dont j’avais également apprécié L’homme que l’on prenait pour un autre.

Je vous recommande l’univers curieux et fragile de Joël Egloff, car il est loin de ce qu’on a généralement l’habitude de rencontrer.

« Je me dis que si je m’étais mieux démerdé, sûr que je pourrais être chef à l’heure qu’il est, plus chef que « Cause-toujours » et peut-être même sous-directeur si ça se trouve. Mais ce qui me console, c’est de me dire qu’avec un gros billet en poche à la place de mes petites pièces , j’aurais pas l’air plus malin devant la machine à café. » (p. 73)