

Ivan et Francesca ont projeté de monter la librairie idéale. Pour ce faire, ils ont élaboré un comité secret composé de 8 personnes ignorant chacune l’identité des 7 autres. Chargées à l’origine de dresser leur liste subjective et personnelle des 600 premiers ouvrages pouvant être, à leur sens, érigés au rang de chefs d’œuvre de la littérature, plusieurs d’entre elles vont être victimes de menaces à propos de leur participation au comité ainsi qu’à la mise en place d’Au Bon Roman, la librairie d’Ivan et Francesca. Souhaitant mettre à l’abri les membres ayant contribué à leur projet et préserver par ailleurs leur secret, les deux comparses vont être forcés de faire appel à un employé de la police judiciaire pour lui faire part de leur problème.
Si j’ai choisi ce livre, c’est par pur masochisme. Après m’être débattue avec Pennac et son chapitre « Le droit de lire n’importe quoi » (Comme un roman) que j’avais jugé injuste et obtus, j’ai estimé intéressant de voir si Laurence Cossé m’inspirait, elle aussi, des envies belliqueuses…
Ce fut vite vu…
Tout d’abord, on comprend assez vite que la librairie Au Bon Roman est l’ouvrage de deux personnes furieusement pédantes dont la compagnie rebuterait plus d’un quidam :
« - Je suis en train de faire de tête la liste de tous les romanciers français du 20e siècle qui devraient être représentés, cela va vite. Proust, Colette, Cendrars, Segalen, Renard, Gide, Drieu, Céline, Aragon, Giono, Bernanos, Malraux, Mauriac, Gracq, …
- Vous citez les plus célèbres, dit Van. Pensez aussi à Calet,Dietrich, Fargue, Jouhandeau, Reverzy, Bove, Vialatte… Sur quatre siècles, nous n’allons avoir aucun mal à trouver cent cinquante ou deux cents très grands auteurs français. Et pour beaucoup, il va être impensable de s’en tenir à un seul titre. Je ne vois pas comment faire autrement que retenir tout Stendhal, tout Flaubert, dix Balzac au moins, dix Zola…
- Plus près de nous aussi, on a l’embarras du choix, opinait Francesca. Je pense à tous les romans parus en français depuis vingt ans que j’adore, il y en a énormément, entre Modiano, Michon, Laurrent, Gailly, Echenoz, Oster, Bobin, les deux Rolin, Grenier, Roubaud, Rio, Bianciotti, Benoziglio, Bergounioux, Deville, Laclavetine, Cholodenko,Visage, Rousseau, Raphaële Billetdoux, Sylvie Germain, Annie Ernaux, Régine Detambel, Nicole Caligaris, Maryline Desbiolles – elle reprit sa respiration – Carrère, Millet, Chevillard, Holder, di Nota… » (p. 102-103)
Le livre de Cossé présente par ailleurs une importante quantité de dialogues (moi qui suis loin d’être une adepte du style direct dans les romans, c’était encore bien ma veine !) qui ont pour fâcheuse caractéristique de transpirer l’artifice et l’affectation.
Les échanges entre les personnages d’Au Bon Roman manquent en effet à ce point de naturel qu’ils ont tantôt l’aspect de joutes oratoires visant à exacerber l’autosatisfaction des intervenants…
« - [...] Dans ces moments-là, il se console, ou plutôt se distrait dans l’alcool, au sens le plus tragique du mot distraire.
- Dis-trahere, dit Armel : il demande à l’alcool de le soustraire à lui-même
- Je reconnais le latiniste, sourit Van. Ces derniers mois, Brother a trouvé l’oubli dans l’alcool et peu d’espoir chez Stendhal. Tout le monde sait que la Chartreuse de Parme a été écrite en cinquante-deux jours, juste avant Noël 1838. » (p. 42)
*
« - Nous avons huit grands romanciers à choisir, posa Francesca.
- Grands prosateurs.
- Huit thuriféraires du roman, que le chiffre de six cents titres n’effraiera pas. » (p. 104)
… tantôt l’allure de médiocres interviews :
« -Francesca, à l’instant vous avez fait allusion à l’amour des livres qu’on vous a transmis. Vous pensiez à votre grand-père? Vous deviez me reparler de lui. »1 (p. 161)
Mais que je cesse enfin de m’attarder sur la forme de ce roman. Venons-en au contenu :
Comme évoqué ci-dessus, les initiateurs de la librairie, Ivan et Francesca, rassemblent un comité de 8 personnes dont chacune a pour mission de livrer SA liste de merveilles de la littérature mondiale, composée de 600 ouvrages.
Ça n’a beau être qu’une fiction, j’avoue n’avoir pas pu m’empêcher d’en découdre avec cette information tout au long de ma lecture2. Ce roman se veut d’être pris au sérieux alors qu’il exploite, dès le début du roman, un fil rouge incroyablement absurde.
En effet, qui, dans sa vie, peut prétendre dresser une liste des 600 meilleurs romans?
Pour m’assurer du fait que cette entreprise était bel et bien extravagante, j’ai effectué deux-trois petits calculs…
Prenons mon propre exemple : sur 140 lectures, il n’en est que 2 que j’encense véritablement.
J’ai d’abord cru que je devais être infiniment difficile, jusqu’à ce qu’un extrait du livre approuve ma proportion de romans appréciés.
« C’est ce que j’ai fait à Méribel des années : lire cinq ou six cents livres pour en retenir dix. » (p. 160)
Combien donc faudrait-il avoir lu de livres dans sa vie pour pouvoir énumérer 600 chefs d’oeuvres? Oui oui : 36 000, ce qui équivaut à environ 1 livre par jour pendant 100 ans.
Or, à supposer que le lecteur se mette à lire à 15 ans et qu’il ait lu pendant 40 ans (les membres du comité se situant pour une majorité dans la « fleur de l’âge »), cela reviendrait à lire pas moins de 2,5 bouquins par jour.
Or, Francesca (quinquagénaire?), qui s’est elle-même soumise à l’inventaire de son top-hit des 600, est la riche héritière d’un grand père qui lui a légué sa bibliothèque dont elle n’a choisi de découvrir fiévreusement le contenu que tardivement (vers la trentaine) ou Anne-Marie Montbrun, une jeune mère instit dont la beauté et la sveltesse en font encore pâlir plus d’un (quarantaine pas encore franchie?) doivent avoir découvert autant de livres en un minimum plausible de 20 années, ce qui reviendrait à l’exploit d’une découverte de 5 livres par jour…
Bien sûr, le défi est relevable pour autant qu’on ose prétendre pouvoir estimer la qualité d’un roman en en lisant les 20 premières pages uniquement…
« -Soyons honnêtes, on peut faire une sélection sérieuse sans s’appuyer tous les livres de A à Z. Pour quatre-vingt pour cent d’entre eux, lire les vingt premières page suffit. Les habitués des librairies le savent bien : que font-ils d’autre, en feuilletant? » (p. 161)
… Mais QUI osera jamais reléguer une œuvre au rang des MAUVAIS ROMANS après en avoir lu seulement 20 pages?
« Il avait acquis un discernement formidable. Dans les deux premières pages, il repérait le très bon livre. Celui-là, il le lisait en entier. Les autres, il leur consacrait ni plus ni plus ni moins le temps qu’ils méritaient, trois minutes pour la pseudo enquête du journaliste gonflant un article déjà paru, cinq pour le pavé dans lequel il était évident qu’on ne trouverait pas qu’une phrase à noter, un quart d’heure pour le roman attendu – au deux sens du terme – de l’auteur exploitant sans risque sa réputation en récrivant toujours le même opus. » (p. 78)
…Pas moi en tout cas.
Au Bon Roman est un prétexte. Un prétexte pour Laurence Cossé d’exprimer ses goûts en matière de littérature ainsi que ses opinions quant au monde de l’édition et de la librairie.
Il va sans dire, ce roman se serait drôlement mieux plu dans la peau d’un essai. Mais c’est un roman, et on l’a pris comme il venait . Dommage qu’il ait été, selon moi, à mille lieues d’être lui-même ce que l’auteure appelle « un bon roman »3
- Si si, c’est un dialogue, ça ! [↩]
- Lecture avortée, je l’avoue, au quart du roman : le masochisme a ses limites que la raison a bien raison d’exhorter à ne pas dépasser. [↩]
- Je ne fais même pas état de mon appréciation de l’enquête policière, ni l’histoire d’amour triangulaire dans laquelle sont impliqués les personnages d’Ivan, Francesca et « l’autre » : ces faits m’ont paru complètement secondaires : la charpente, à mon sens, ce sont les caquètements sur les bouquins… Limite, j’aurais préféré une bête liste de 3000 titres qu’une brique de 500 pages aussi illisible. Maintenant, j’arrête, parce que je deviens vraiment méchante… [↩]




Ma foi, voici une critique bien… pointue!
T’es sûre que le « c’est une grosse merde, voilà » n’était pas chouette? T’aurais pu le mettre dedans, non? Hihihi!
Franchement, ce genre d’étalage de la supériorité des classiques ne me parle pas. Mais bon… chacun ses goûts.
Je ne lirai donc pas « un bon roman ».
Par contre, je pense que toi tu pourrais lire « La solitude des nombres premiers ». Sauf si tu es fâchée avec les « non-fin »
(Attention : la fin n’est pas bâclée, elle n’existe juste pas, en tout cas pas à mes yeux).
Pfou! la pauvre auteur est bien malmenée!
Allez, je n’avais pas non plus accroché à l’histoire d’amour des deux autres et le style était assez plombant. Sinon, c’était quand même une belle idée, mais qu’est ce qu’un bon roman? Qui peut le décider? Et puis pour une personne, cela dépend aussi des jours parfois …
Nous revendiquons le droit de lire ce qu’on veut quand on veut, et de décider si c’est bon…
HS : ça y est, c’est la bonne adresse? ^_^
L’auteure s’est attaquée à un sujet risqué qui allait forcément diviser les lecteurs, tant cette notion de « chef-d’oeuvre » se veut subjective.
J’ai croisé plusieurs fois ce roman depuis sa récente sortie en Poche mais sans jamais me décider. Je crois que je vais continuer à passer
Je n’ai lu que tes citations: mais ai-je l’autorisation de le mettre dans la catégorie mauvais roman?!
Comme tu dis tout ça sent le pretexte à plein nez (car si l’on a pas le cran de parler des livres qui comptent pour soi comme ça, c’est bien un pretexte..)En plus, cela a quelques relents d’élitime (ah, cher élitisme…quand tu nous tient!!). Tes calculs sont très justes: je salue la critique rationnelle!!
Encore qui ne s’accrochera pas sur mes étagères
Lalou > Non, je n’aurais pas pu le mettre. C’était tentant mais un brin outrageant… Quoique, est-ce que ma critique l’est moins, je ne sais le dire
Attention que Cossé ne défend pas que des classiques. Ce n’est donc pas quelque chose que j’ai à lui reprocher. Je lirai La solitude… sans faute, ta critique m’a grandement alléchée
Keisha > De décider si c’est bon, mais sans l’imposer à autrui ! Oui, parfaitement d’accord.
Oui, maintenant, c’est la bonne adresse. Mille pardons
Cynthia > Eh oui, je pense qu’elle devait savoir à quoi elle se risquait en publiant ce bouquin. Malgré tout, j’ai lu pas mal de billets laudatifs au sujet de ce roman, je trouve qu’elle s’en tire franchement pas mal…
Aurore > Non, ne nous abaissons pas à le mettre dans la catégorie des mauvais romans, ce serait donner raison à l’auteure !
pas tenté par ce qui est pour moi un exemple même de pédanterie malvenue.
Tout à fait d’accord avec Cynthia. La notion de bon roman est forcément subjective, celle de Laurence Cossé et de ses personnages est en plus élitiste. Mais j’ai quand même beaucoup aimé l’idée de départ : faire des listes de livres, choisir impitoyablement des titres, des auteurs (même si effectivement, le chiffre de 600 me semble faramineux), j’adore !
Un avis négatif très bien argumenté … si bien que moi qui ai aimé le roman, je ne peux pas vraiment aller à l’encontre de ce que tu as écrit.
J’ai vu tous ces défauts que tu pointes du doigt, et pourtant chez moi la magie a opéré. Il faut dire que je ne m’attendais pas à lire un bon roman, non plus.
Yv > Alors passe ton chemin sans regret…
Ys > L’idée de départ ne me gênait pas réellement. Certes, je craignais d’avance que ce livre m’énerve, mais j’étais ouverte, j’attendais de voir… Il aurait pu se passer quelque chose entre ce livre et moi, peut-être, si la façon dont Cossé faisait s’exprimer ses personnages avait été tout autre. Sans ce pédantisme, je n’aurais sans doute pas éprouvé le dixième de mon aversion actuelle envers ce livre, et j’aurais plausiblement été jusqu’au bout…
Leiloona > Je ne sais pas si je me suis attendue à lire un bon roman… J’avais lu pas mal de critiques mitigées avant d’acquérir le bouquin, donc plutôt non… Mais voilà, les facteurs négatifs que j’ai souligné ont totalement entravé mon plaisir de lecture. Je trouve assez dingue que tu sois parvenue à aimer malgré que tu aies toi-même remarqué ces défauts en cours de lecture, mais c’est tant mieux si chez toi, la magie ait opéré !
J’aime bien quand un livre t’énerve !
Ce roman, malgré pas mal de billets élogieux lus à son sujet, ne parvient pas à me tenter. De toute manière, j’ai beaucoup de mal avec cette histoire de « bon » roman : il y a un paquet de livres que j’éliminerais facilement, parce que, visiblement, ils ont versé dans la facilité, mais pour le reste… ; ça rejoint ma réticence devant le système des « cotations » que certains utilisent sur leurs blogs (encore que, lorsqu’il est précisé qu’il s’agit d’une appréciation de leur « plaisir de lecture » tout ce qu’il y a de plus personnel, je le comprends et l’accepte mieux).
Brize > Parfois, j’ai peur de choquer quand un livre m’énerve… Je suis donc ravie que ma façon de grogner ne semble incommoder personne (jusqu’à présent !
).
Contrairement à toi, je suis une malade des systèmes de cotations. J’évalue tout : mon appréciation des livres, des films, des logiciels (si !), … le goût des légumes, de la viande, (non, là, j’avoue, j’exagère !
). Par contre, je n’ai jamais prétendu vouloir ériger mes avis en diktat : il s’agit bel et bien de MES goûts.
De toute façon, l’on sait combien les notions de subjectivité et d’universalité se veulent antinomiques ; il me paraîtrait donc totalement absurde que qui que ce soit – seul – veuille définir tel ou tel roman comme classique incontournable, ou comme médiocre bouse à éviter…
Je n’ai d’ailleurs jamais dit à qui que ce soit qui voulait lire ou défendre un roman que je n’avais pas aimé de l’éviter, ou que son jugement ne valait rien. J’adore la différence, elle crée la discussion !
Je cote pour donner une appréciation chiffrée, carrée, directe (sans mot, sans phrase) de l’intérêt que j’ai eu pour un livre. Il me plait de pouvoir dire d’un roman combien je l’aime en 5 étoiles.
Bien sûr, la cote s’applique au livre vu par moi, et pas au livre en tant que tel. Je ne suis personne pour juger de la valeur intrinsèque d’un bouquin. Et personne n’est en droit de le prescrire, même les critiques littéraires à mon sens !
C’est assez complet comme critique! Mais je vais quand même y jeter un coup d’oeil! ;p
Eh bien, pour une fois, ta critique ne me donne pas envie de lire le roman que tu présentes. D’habitude, même tes avis « négatifs » laissent une ouverture. Mais là, j’avoue que ce que j’en lis parvient déjà à m’irriter. J’ai carrément un ressentiment négatif par rapport aux personnages, voire à l’auteure! Ce bouquin me semble d’une prétention sans nom. Le pire, c’est qu’elle est probablement inconsciente ; il y a une réelle construction, mais comme tu l’as dit, elle n’a rien de « naturel »… Cossé est-elle consciente des clichés élitistes qu’elle véhicule, ne serait-ce que par son style?
Comme tu le sais, je pense que ce passage doit être tempéré ; je crois que Pennac voulait « lancer le pavé dans la mare ». Comme tu le fais remarquer ensuite, je crois que les deux romans n’ont aucun point de comparaison. Pennac est conscient et propose un débat (présente une argumentation possible). Cossé n’est pas consciente de ce qu’elle fait. Il me semble qu’elle « vomit » sa « culture »…
Et de l’auteure!? Et du lecteur du même type?
Ce roman transpire l’artifice…
Ca, par contre, je ne suis pas sûr. Je pense qu’elle voulait « faire rêver ». Je ne suis pas sûr, comme je l’ai dit, qu’elle ait conscience de son élitisme pédant. Mais je me dis que certaines personnes avides de littérature peuvent s’y retrouver, peuvent rêver du fait que tant d’œuvres soient citées (il y a sans doute des livres qu’on apprécie parmi elles). L’ « aventure » parmi la littérature dans son ensemble doit plaire à certains lecteurs, j’imagine : cela doit être agréable, pour un lecteur assidu, de s’imaginer dans cette posture, entre tous les livres, à fonder une librairie. Maintenant, clairement, quand je lis ton billet, les extraits,… Je n’ai qu’une envie, c’est reléguer cet ouvrage au rang, non pas des « mauvais romans », je n’ai pas cette prétention, mais en tout cas des romans que j’estime sans intérêt!
J’étais curieuse de lire ce livre quand j’ai appris qu’il sortait en poche mais en fait je ne pense pas l’acheter, j’ai lu trop d’articles réservés ou négatifs qui soulignaient les mêmes points négatifs, le côté élitiste, pédant et je déteste vraiment cela…
Ton nouveau blog est vraiment sympa!
Oups… ton système de cotation est si discret que je n’y avais même pas fait attention, sinon j’aurais évité mes remarques à ce sujet
!
En tout cas, tu es très claire sur la question et, vu sous cet angle, je comprends (et je reconnais que c’est un moyen très pratique pour repérer rapidement ce que tu as aimé).
Décidément… En farfouillant sur le côté droit du blog, pour accéder aux billets précédents, je viens seulement de voir les appréciations liées au nombre d’étoiles, telles qu’elles figurent dans les « catégories ».
Jules > Merci
J’espère que cette lecture te plaira mieux qu’à moi, j’ai hâte de connaître ton avis!
Julien > Eh bien, pour une fois, j’aurais eu grand mal à donner l’envie. La différence entre ce livre et les autres, c’est que d’habitude, je me sens coupable de ne pas aimer parce que ça ne correspond pas à mes attentes, à mes goûts. Là, en revanche, je n’ai pas éprouvé de scrupules parce que la « faute » me semblait venir de l’auteur…
Pour Pennac, je ne suis toujours pas d’accord avec toi. J’ai le sentiment que Pennac veut objectiver sa définition du mauvais roman et ça me dérange. Cossé, quant à elle, ne fait, au fond, qu’émettre ici la liste de ses meilleurs romans. Maintenant, j’ignore si elle sait qu’ils ne le sont pas universellement.
Je crois aussi que si ce livre plait à certains lecteurs, c’est par son sujet : « le livre ». J’ai lu à plus d’une reprise sur des blogs tiers que ce roman ne pouvait que ravir les lecteurs étant donné qu’il abordait la littérature et le monde du livre en général. Pour moi, ce n’est pas du tout un motif suffisant pour apprécier un ouvrage, manifestement.
Emilie > Tiens, j’ai vu des articles mitigés et déçus mais pas de franchement négatifs comme le mien. Je serais amusée de pouvoir les lire… Merci pour le blog
Brize > Je me disais aussi que c’était bizarre ! Mais c’est tant mieux, ça aura été pour moi l’occasion de préciser… J’ai tenté, après lecture de ton commentaire, d’augmenter la visibilité de mon système de cotations. C’est vrai qu’il était bien caché
Wahou ! j’adore ton approche de ce roman (que je n’ai pas encore lu!) et ton calcul révèle des invraisemblances qui me font douter du plaisir que je vais en avoir ! d’après ce que j’ai lu à propos de ce roman, les avis sont assez partagés ! le mien viendra sans doute s’ajouter aux autres cet été !!!
Une observation technique au point particulier relatif aux 600 livres et 36000 lectures, qui seraient apparemment nécessaires pour faire la sélection initiale du « Bon Roman »: il me semble que le chiffre de 36 000 est une sérieuse erreur de compréhension de l’aventure du « Bon Roman ».Je m’explique , lorsque Van ,qui a été libraire de terrain,dit qu’il retenait très très peu de livres de ses centaines de lectures annuelles, il ne vise bien sûr que les NOUVEAUTES,que reçoit aujourd’hui encore tout libraire abonné à « l’Office », pour ce qui concerne les romans;ces nouveautés représentent en effet , en France ,plusieurs centaines de titres de nouveaux romans, bon an mal an!En revanche ,quand il s’agit de constituer ce qu’on appelle le « fonds » de la librairie, les membres du comité de sélection , composé d’écrivains reconnus, n’ont évidemment pas besoin de lire 36 000 livres pour leur propre sélection!Car le fonds de la librairie est constitué de chefs d’oeuvre indiscutables, qui ne sont bien sûr pas des nouveautés ;nul besoin de lire 600 livres pour retenir « Ethan Frome », « La Chartreuse de Parme »ou « Mme Bovary »…C’est peut-être un choix « élitiste », mais les chefs d’oeuvre du passé, ayant subi la critique de leur temps(pas toujours favorable…),sont aujourd’hui peu contestés,mais toujours nécessaires , comme l’explique le (bon) roman ,dans le plaidoyer de Francesca ).La difficulté , et c’est là une bonne part du sujet du roman, se concentre en revanche sur le choix des nouveaux romans : il y a toujours aujourd’hui de « bons romans » , voire des chefs d’oeuvre, mais ils sont noyés dans la médiocrité générale , et surtout pas mis en valeur par la critique , qui abuse du « attention chef d’oeuvre »,quand elle ne se contente pas du pur copinage dans ses comptes rendus.
Mais il n’y rien de nouveau sous le soleil : il suffit de lire « les Illusions perdues » et les aventures de Lucien de R dans la critique parisienne,il y a bientôt 200 ans…
Donc soyez plus indulgent pour la sélection du Bon Roman, qui est certainement possible sans avoir besoin de lire »36 000″ livres!
George > J’ai hâte de lire le tien, je te souhaite que rien n’entrave ton plaisir de lecture
J. De Bodman > Merci pour cet éclaircissement.
Evidemment, cela ne me réconcilie pas pour autant avec ce roman
Je sais que je vais me montrer anarchiste et subversive, mais l’idée même de chefs d’œuvres indiscutables me gêne en ce qu’ils sont justement indiscutables. Il devrait ne rien y avoir d’indiscutable !
Mais bref, il est certain que je suis passée à côté de la difficulté que vous soulignez… Cependant, -sans prétention – j’estime que Cossé ne nous apprend pas grand chose par ce discours non plus : il me semble évident que les jaquettes criardes fanfaronnant « attention chef d’oeuvre » demeurent « douteuses ». Le marketing n’est pas la pratique la plus sincère qui nous soit donnée de connaître…
Mon « manque d’indulgence » ne se prête pas réellement à leur sélection, mais au pédantisme des personnages, de toute façon
Billet passionnant ! Mais pour ma part, j’ai adoré ce livre… Billet prochainement.
Un temps, au moment de sa sortie, j’ai cru que ce livre était une blague, un truc à prendre au 18e degré tant l’énormité du seul postulat de départ me sautait aux yeux. Et ben non en fait, l’auteur est sérieuse, et ça me fait presque peur, cet état d’esprit. A quand le « au bon lecteur » ? Bref, j’ai lu ton avis et les commentaires avec grand interet, force est de reconnaitre que j’aime au moins une chose : le débat que ce livre suscite !
Liliba > J’ai hâte de lire ton avis argumenté
Pickwick > J’aime beaucoup ta façon de voir les choses. Je ne suis pas non plus pressée de voir émerger des ouvrages traitant de « bons lecteurs » !
Comme toi, j’aurai aussi bien apprécié les débats que génère ce roman
Quand on sait que l’ auteure est madame jean de bodman à l’ état civil, on ne peut que s’ amuser de la « réponse » de son époux sur ce blog . C’ est chouette l’ esprit de famille, mais la transparence, c’ est bien aussi !!!
Ah oui, ça c’est un avis tranché. J’ai bien aimé mais j’avais pris pour acquis au départ qu’il ne s’agissait que des goûts de l’auteure alors j’ai été moins agacée que toi. Et j’avais tiqué un peu sur le truc des 20 pages aussi… et sur une histoire d’amour, que tu n’as pas dû voir non plus !!
)
En fait c’est un bouquin qui porte super mal son nom (°__°)/
Bonjour,
Bien après la bataille, mais toujours aussi mauvais.
http://scriptogram.free.fr/fichiers/AuBonRoman.pdf