Archive mensuelle de mars 2010

No et moi / Delphine de Vigan

:6:

:resu:

Lou Bertignac a 13 ans et un QI de 160, ce qui lui a valu de sauter deux années scolaires. Entourée de gens plus âgés qu’elle, Lou ne se sent pas à sa place à l’école. Hormis Lucas, la mascotte rebelle de la classe, personne ne lui témoigne d’attention ni d’affection. Au logis familial, un malaise l’incombe également. Depuis que sa mère a sombré dans la dépression, quelques années plus tôt, rien n’a plus jamais été pareil.

Un jour, alors que Monsieur Marin annonce qu’il attend de chacun de ses élèves un exposé oral sur un thème de leur choix, Lou s’affole – elle a horreur de prendre la parole en public -. Prise au dépourvu et peu confiante, cette dernière prétendra vouloir récolter le témoignage d’une jeune femme sans-logis.

C’est ainsi que l’étudiante va faire la rencontre de Nolwenn, une SDF de 18 ans. De rencontre en rencontre, Lou va tenter de lui faire exprimer sa réalité jusqu’à disposer de suffisamment de matière pour réaliser son exposé.
Seulement, l’aventure ne s’arrêtera pas aussitôt la présentation orale bravée, car Lou, en ces quelques instants où elle aura écouté No, aura eu tout le loisir de s’accrocher à son aînée au point de vouloir la sortir de la rue, au point de vouloir la sauver…

No et moi aborde les délicates thématiques des sans-abri, de l’alcoolisme, de la délinquance, de la prostitution, de la dépression, de la solitude, de l’abandon, de l’amour et de l’amitié.
:avis:

Malgré les thématiques scabreuses que ce livre traite, No et moi se boit comme du petit lait. Composé de chapitres très courts, on en tourne les pages sans même s’en rendre compte. Divertissant et léger de par les réflexions à la fois pertinentes et déconcertantes de Lou, ce roman se découvre avec beaucoup de plaisir.

L’écriture de Delphine de Vigan est légère, féminine, rapide, épurée. L’auteure touche avec simplicité tout en abordant des sujets lourds de raisons et de conséquences…

Je n’ai eu à déplorer que…

  1. le nombre de marques que l’auteure s’est permise de citer (Converse, Benetton, Eastpak, H&M, Pimkie, …). – J’ai cru comprendre, par la suite, qu’il ne s’agissait peut-être que d’un jeu de mise en forme pour mieux marquer l’antagonisme de l’aisance VS la précarité, mais cette façon de faire m’a quelque peu pesé à la lecture des premières pages…
  2. la toute dernière page – sirupeuse (!) – mais je suis une mère pisse-vinaigre, ce n’est pas d’aujourd’hui ! :p

Ca n’en est pas moins1 un roman agréable.
Merci à Julinou de me l’avoir conseillé :)

  1. Très laide expression, mais elle n’en est pas moins française. Enfin je crois? []

1984 / George Orwell

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:9: . :2:

:resu:

George Orwell aborde dans ce roman anticipatif l’anéantissement du droit à la vie privée et de l’individualité. Il dépeint dans 1984 un monde totalitaire.

Le Parti, représenté par l’emblématique figure de Big Brother, exerce sur l’Oceania une tyrannie où la liberté d’expression est totalement bafouée1, et où la surveillance et le contrôle musèlent immodérément les sujets de la Communauté2.
C’est donc face aux télécrans (concept anticipateur de la webcam) et aux micros que vit l’un d’eux, Winston Smith. Tacitement révolté du monde dans lequel il vit, Winston va, à l’abri des caméras, tenter d’alimenter un journal personnel. Ce sera là sa première résistance, frêle et timorée, jusqu’à ce qu’il fasse une rencontre qui intensifie sa soif de liberté et l’aide à recouvrer un rien d’espoir et de vie. Pour quelque temps.

:avis:

Le film de Michael Radford avec John Hurt et Richard Burton sorti en 1984 m’a totalement déplu.
Avant même de le découvrir, je craignais déjà le pire. Comment transposer, en effet, un livre si suggestif et éclairé à l’écran? Comment communiquer ce qui ne parait perceptible que par la lecture? Cette adaptation cinématographique pouvait-elle seulement être réussie?
Non : le film est à mes yeux bardé de défauts.

D’abord, les considérations de Winston sont quasiment absentes. Les faits s’enchaînent, étrangers à ses réflexions et inquiétudes – réflexions indispensables s’il en est puisqu’elles permettent de sculpter à la fois le personnage et l’intrigue du roman -. De par ce manquement, le film demeure extrêmement décousu, si pas incompréhensible.

Tantôt trop rapide (l’action démarre à brûle pourpoint, il n’y a que des faits, ce qui donne à l’histoire une impression de vitesse ultra dérangeante qui concoure à la confusion), tantôt trop lent (certaines scènes n’en finissent pas), le film est lourd et pénible à regarder…

Le roman est en revanche saisissant par la manière dont il brûle toutes les issues possibles et imaginables. Il revêt un caractère à la fois oppressant, glacial et inflexible qui tient en haleine et marque distinctement les esprits.

1984 est un livre admirable qui affûte l’esprit critique et que tout le monde devrait lire dans un but d’éducation permanente !

A lire et à ne surtout pas visionner à l’écran !


Ce livre a été lu dans le cadre d’une lecture commune avec Theoma

  1. On censure, on réécrit le passé. []
  2. Les propos, les agissements, et même les expressions faciales sont étudiés, interprétés et susceptibles d’être punis par les dirigeants du Parti. []