Archive mensuelle de octobre 2009

Des phrases courtes, ma chérie / Pierrette Fleutiaux

:6:

:resu:

Pierrette Fleutiaux1 expose sa relation avec sa mère devenue vieille, et les sentiments que font naître les derniers moments partagés (ceux qui font suite à son arrivée en maison de retraite). Plus largement, elle exprime son ressenti face au « déclin » (sic) de sa mère et à l’approche de son décès.

Devant les activités ordinaires – pour ne pas dire banales2 – qu’ensemble, mère et fille accomplissent,  la « narratrice » tangue sentimentalement, manifestant tantôt de l’impatience et de l’irritation, tantôt une admiration inouïe pour cette dame qui, paradoxalement à son affaiblissement, garde en elle un charme, une force, une vie insoupçonnés3.
:avis:

Ce livre est puissamment intime, c’est la raison pour laquelle j’éprouve de grandes difficultés à formuler une critique. J’aurais eu envie de prendre ce que l’auteure avait à donner sans le moindre jugement. Hélas, je ne peux me soumettre à un exercice aussi difficile que… la neutralité. Parce que je suis ainsi faite – j’entends dotée d’une fichue subjectivité -, je ne peux dès lors qu’exprimer ce que ce livre a éveillé en moi avec le plus de tact et de respect possible4.

Pierrette Fleutiaux exprime dans ce livre un étrange cocktail de sentiments, chargé en contradictions et ambivalences. Sa mère vieillie lui inspire en effet un mélange d’attirance et de répulsion. Cette impression m’a semblé infiniment réaliste, dénuée de toute hypocrisie.

L’écriture de l’auteure est par ailleurs esthétique, riche, intime et féminine. Cependant, le style de P. Fleutiaux est alourdi, plombé, à l’image de cet écho engendré par sa confrontation avec la vieillesse et la mort. A ce titre, je suis tentée de rapprocher la prose de Pierrette Fleutiaux à celle de Françoise Chandernagor : elles traitent toutes deux de sujets sinistres et noirs, mais Chandernagor me séduit infiniment plus. L’écriture de Fleutiaux a à mon sens le tort d’être trop dense et, surtout, répétitive. Les scènes qui réunissent mère et fille sont très similaires, et les sentiments de la « narratrice » évoluent de façon identique tout  au long du roman : l’agacement laisse constamment place à une admiration renversante…

A vrai dire, Des phrases courtes, ma chérie n’a pas la puissance et les qualités que j’espérais. J’attendais d’être émue aux larmes. J’attendais de ce livre qu’il me retourne les tripes. Mais ce témoignage ne mène même pas crescendo vers un lien filial toujours plus profond, palpable, fiévreux. Les mêmes sentiments contradictoires virevoltent et se déchaînent de la même façon durant plus de 200 pages.

En définitive, ce livre aurait, à mes yeux, peut-être gagné à être plus bref, sans pour autant qu’on en écourte les phrases…

« Quel étrange renversement, moi qui voulais qu’elle s’en aille sans bruit, sans lutte, sans souffrir (c’est à dire sans me déranger) et maintenant je bataille contre cet évanouissement, je m’acharne pour ramener sa lutte sous les yeux des vivants… et je n’ai pas de mélodie, que des mots qui me gênent, n’accrochent que de pauvres objets et des instants disparates, et aucun n’a d’élan pour s’élever, s’enlacer à d’autres et nous emporter, elle et moi, dans un grand chant, un vrai roman. Ils secouent la tête, refusent obstinément, do not want to go gentle into a novel, rétifs. » (p. 174-175).

Ce livre a été lu dans le cadre d’une lecture commune avec Karine qui n’a pas, elle non plus, été très réceptive même si ce ne fut pas pour les mêmes raisons que moi !

NB : Des phrases courtes, ma chérie a obtenu le Prix national des bibliothécaires en 2002.

  1. Il semblerait que ce soit P. Fleutiaux en personne qui s’exprime dans ce livre. Elle y parle d’elle en tant qu’écrivain : « Je ne suis bien que dans la fiction, et la plus éloignée possible du témoignage. [...] Mais ma mère ne se laisse pas faire, je ne peux la faire entrer dans un roman. » Comme la quatrième de couverture ne m’indiquait pas qu’il ne s’agissait pas d’une fiction, je me suis demandé jusqu’au bout si P. Fleutiaux se serait vraiment risquée à réaliser un témoignage aussi viscéral, personnel ; s’il s’agissait d’une autobiographie ou d’un simulacre… Mais il semblerait que ce ne soit effectivement pas un « roman ». []
  2. Achat d’une robe, rendez-vous chez le coiffeur, etc. []
  3. Ceci n’est pas une phrase courte :p []
  4. C’était mon intention et, après relecture de ce billet, je ne suis pas certaine d’y être parvenue. Je le regrette… []

Petits suicides entre amis / Arto Paasilinna

:3: :stop:

:resu:

Onni Relonnen et Hermanni Kempainnen ont envisagé de se donner la mort le même jour, à la même heure et au même endroit. Ces velléités communes leur ont permis de se rencontrer et de tisser très rapidement une amitié. Ce n’est toutefois pas ce qui annihile leur envie d’en finir. Au contraire, leur vient l’idée de publier une annonce visant à rassembler les suicidaires de Finlande1 pour que l’acte soit réalisé dignement… et en groupe. Mais quelle n’est pas la surprise des deux individus de constater que près de six cents candidats ont répondu à leur invitation !

Retournement de situation : Relonnen et Kempainnen se sentent subitement responsables de la survie de plusieurs centaines d’êtres humains… Cependant, les suicidaires n’entendent pas se laisser convaincre de prolonger leur navrante existence. A la suite d’un colloque très alcoolisé, ces derniers vont d’ailleurs désigner le colonel Kempainnen comme guide et responsable de leur groupe, lui confiant la mission de les mener tous ensemble aux portes de l’enfer. De ce rassemblement résultera le projet d’un voyage en car vers le sud, voyage au terme duquel devront advenir les funestes perpectives de tous ces candidats au suicide…
:avis:

Je n’ai adhéré ni au style, ni à l’histoire, ni à l’atmosphère. Il faut dire que le roman regorge de personnages qui, en plus de pâtir de noms aussi illisibles qu’imprononcables2 pour la pauvre latine que je suis, se multiplient de chapitres en chapitres.

Ma mémoire a rechigné catégoriquement à enregistrer le destin subi par chacun des suicidaires ainsi que le nom et les caractéristiques qui leur étaient propres… La pluralité de personnages au sein du roman n’a cependant pas été le moteur de mon déplaisir, car la déception a immergé dès les premiers chapitres, où seuls figuraient Rellonen et Kempainnen…

Le problème de ce roman, c’est qu’il ne comprend que des faits.
Rien n’est approfondi. Même pas l’histoire personnelle des personnages  ou leur psychologie : quelques paragraphes ou quelques pages suffisent à dresser un portrait. Qu’y trouve-t-on? : leur profession, leur attitude générale, et la cause de leur désarroi, brossée vite fait. Bref, inutile de dire que ce roman n’est pas pour créer l’empathie. Mais lorsque le style m’est hostile, et que les personnages d’un roman sont esquissés de façon si évasive qu’on les confondrait avec feuilles blanches, que reste-t-il… ? Pour moi, rien. Rien pour me séduire. M’accrocher à ces personnages avait tout d’une mission impossible : en vérité, ils disparaissaient de mon esprit aussitôt le chapitre en cours achevé…

Mon imagination, désœuvrée, s’est plainte de ne pas même trouver une brèche dans laquelle s’immiscer pour s’animer un rien. Il n’y avait qu’à assimiler, tant et plus, qui était qui, avait vécu quoi et participé de quelle manière au périple,
Mes tripes ont pleuré de ne pas pouvoir souffrir aux côtés des acteurs du roman. Confrontées à du vide, privées de compassion, passives, elles ont pâti d’un ennui innommable.

On dit de ce roman qu’il est désopilant, cynique, bien mené ; je l’ai trouvé malsain, grotesque, insipide, harassant (pardon, j’y vais sec !).
Rongée par l’écœurement3, j’ai choisi d’interrompre le supplice à mi-course… Et, seigneur, quel soulagement !

Ce livre a été lu à l’occasion d’une lecture commune avec Bladelor. J’espère qu’elle aura apprécié ce roman beaucoup plus que moi… :/

  1. La Finlande est, si l’on en croit l’auteur, un pays où le désespoir et la morbidité demeurent des ressentis fondamentalement tabous. []
  2. Des noms où sont redoublées les consonnes, les voyelles, et où les tréma pleuvent sur chaque mot []
  3. J’ai traîné cette lecture tel un boulet durant près de deux semaines… []

Ce n'est pas sérieux…

Et voilà. Je ne sais quel démon m’a pris, je m’y suis rendue.
… A nouveau.

Ils se tenaient là, déterminés et fiers.
Ils savaient d’avance que j’allais coopérer…

Je ne mentirai pas : je ne me suis pas débattue…
D’avance, j’ai cru en leur beauté intérieure, et je les ai recueillis.

… Mais c’est ni plus ni moins une catastrophe. A un rythme de 5 livres lus, 12 achetés1, comment voulez-vous qu’ils ne finissent pas tôt ou tard par me faire la guerre, mes adoptés?!

Ils sont aujourd’hui au nombre de 64, et je n’ai plus de place sur mes étagères.

Le constat est évident, mes amis…
La situation m’échappe TOTALEMENT ! :|

  1. Enfin, je n’en ai acheté que 8, les 4 autres m’ayant été offerts par un vil personnage qui me veut du mal mon amoureux. Ceci expliquant cela et constituant par ailleurs une occasion de l’en remercier une fois de plus :) []