Archive mensuelle de août 2009

La tête en friche / Marie-Sabine Roger

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:resu:

Germain n’a pas vécu une enfance heureuse. Il n’a pas connu son père et a coulé des jours difficiles aux côtés de sa mère infâme et déséquilibrée. Sa scolarité fut aussi désastreuse. Confronté à un professeur peu pédagogue et foncièrement méprisant, Germain a souvent été la risée de sa classe et a, depuis lors, de vives réticences vis-à-vis de la « culture ».

A 45 ans, Germain – devenu lourdaud – erre entre le bistrot du quartier et le parc public, où il tue le temps à dénombrer les pigeons… Jusqu’à ce qu’il rencontre Margueritte, une vieille dame très cultivée qui, en plus de s’intéresser à sa personne sans se moquer de ses lacunes, va partager avec lui son amour du vocabulaire et de la littérature…
:avis:

En commençant ce livre, j’ai pris peur quant à son ton relativement brut1 et vulgaire, puis au fil des pages, j’ai éprouvé de plus en plus de plaisir à suivre Germain, ses aventures et ses réflexions.

En effet, une poésie toujours plus évidente se dégage à mesure que l’on progresse dans la lecture du récit. On le devine aussitôt qu’est mentionnée Margueritte : une amitié va naître. Une amitié qui va pousser Germain à se questionner, s’ouvrir et se « dérouiller ».

La tête en friche est un livre au style plaisant, qui se lit avec aisance et facilité. Un roman étrangement sensible et émouvant, malgré le peu de vocabulaire utilisé par l’auteure/le narrateur (Germain).

Au final, ce roman, plein d’humour, de fraîcheur et de tendresse m’a permis de passer un moment très agréable.

  1. La quatrième de couverture le trahit déjà un peu, le vocabulaire de Germain n’est pas très étendu. []

Hygiène de l'assassin / Amélie Nothomb

:5:

:resu:

Ce roman prend la forme d’une lutte verbale entre un écrivain (Prétextat Tach) et plusieurs journalistes survenus tour à tour pour interviewer l’auteur avant son imminent décès. Chacun d’eux devra tenter de déjouer ses arguments emprunts de mauvaise foi et sa méchanceté…
:avis:

Mieux vaut tard que jamais, Hygiène de l’assassin est le premier livre d’Amélie Nothomb que je découvre.

Hygiène de l’assassin n’est constitué que de dialogues. La plume d’Amélie Nothomb est fluide, son vocabulaire est riche et la lecture de ce livre demeure rapide et facile mais elle n’échappe malheureusement pas à la constante de ce mois d’août qui fut – notons-le – totalement secoué d’insatisfactions.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment aimé ce roman. L’importance des dialogues (95% du livre) a provoqué l’écœurement, et l’ambitieuse joute verbale à laquelle se livre Tach avec ses interlocuteurs (en particulier Nina) m’a semblé pompeuse et excédante.

Ce livre était, il faut le dire, excessif en tout. Le discours et le caractère des personnages se veut en effet totalement immodéré (mégalomanie, misanthropie, cruauté, dédain, folie, habitent, par exemple, une même et unique personne (P. Tach)).

Aussi, la fin m’a encore plus déçue que le développement du récit. J’avais lu qu’elle était saisissante, mais ne m’attendais certainement pas à ce qu’elle soit délirante… au point d’être confondue avec bâclage.

Une bizarrerie.

On sent qu’Amélie Nothomb s’est amusée lors de la rédaction de ce livre. Le plaisir que j’ai inversement éprouvé à découvrir celui-ci s’est pour moi avéré quasiment nul. Certes, j’avoue avoir peut-être souri deux fois et demi, mais cela n’a hélas pas contribué à rendre l’ouvrage beaucoup moins indigeste.

Sachant que Nothomb n’a cependant pas écrit que des romans dans lesquels le style direct prédomine, je me risquerai probablement bientôt à une autre tentative… Si vous avez une préférence pour l’un de ses autres titres, je suis intéressée !

La méthode Mila / Lydie Salvayre

:6:

:resu:

Fausto vit depuis quatre mois avec sa mère et ne souffre absolument plus cette situation. Les appels au secours et les pleurnicheries de sa génitrice lui donnent des envies de meurtre à son égard, ou de suicide. Pour survivre à cette situation, Fausto va se plonger dans les écrits de Descartes, espérant trouver grâce à lui une issue de secours. Mais c’est l’échec. La froideur et l’impavidité du philosophe lui semblent dénoter un manque de réalisme évident. Aussi décide-t-il de s’attaquer à sa Méthode, encouragé par Mila, une voyante auprès de qui Fausto trouve de plus en plus de réconfort…
:avis:

J’ai abandonné l’histoire d’une snob attentive à une nonagénaire boudeuse en fin de vie pour celle d’un fils désemparé et excédé par la présence de sa vieille mère plaintive à demeure. Rassurez-vous, je ne me suis pas imposé de challenge portant sur la lecture de romans abordant le thème très… jubilatoire des affres de la vieillesse, c’est juste venu comme ça ;) !

C’est suite à cet article de Leiloona que j’ai acquis La méthode Mila. Ce roman avait piqué ma curiosité. Pour avoir en effet vécu, comme Fausto, la présence d’un proche âgé (en l’occurrence mes grands-parents) à la maison, j’ai été tentée de découvrir la manière dont Lydie Salvayre avait traité cette réalité.

Il s’agit d’un travail réussi à mon sens. Bien que le discours de Fausto soit d’une dureté radicale, j’ai trouvé sa rage tout à fait réaliste pour l’avoir, en vérité, partagée. Si, d’ailleurs, vous avez craint de tomber sur un livre épouvantablement triste en prenant connaissance de son résumé, je vous le dis, détrompez-vous ! Le sujet épineux dont il est ici question est en réalité exprimé avec beaucoup d’humour et de causticité.

J’ai donc apprécié ce roman pour l’écriture riche et piquante de Salvayre et sa perspicacité. Cependant, plusieurs aspects ont annulé mon ravissement : La répétitivité ou l’indifférenciation des ressentis exprimés par Fausto a été le premier élément à participer à ma déception. La plume de Salvayre a beau m’avoir semblé florissante et admirable, il n’en est pas moins vrai que le discours du personnage principal manquait pour moi de variations, au point de vue du contenu. Ainsi, la lassitude a commencé à me gagner autour de la centième page.

Ensuite, j’ai trouvé très risqué de s’attaquer à la philosophie de Descartes.
Bien qu’il faille…

  1. ne pas oublier qu’il s’agit d’une fiction,
  2. considérer le contexte1,
  3. souligner que Lydie Salvayre a usé de précautions en ne manquant pas de déclarer, à travers Fausto, qu’il s’agissait d’une entreprise prétentieuse (il est préférable d’être bien sûr qu’elle dispose d’un sens du discernement ;) ),
  4. avouer qu’il faut un cran monstre pour aller de la sorte à l’encontre du « politiquement correct »,
  5. envisager que la philosophie de René Descartes est peut-être bien -objectivement- tout à fait critiquable,

… les griefs exposés contre Descartes et sa Méthode m’ont embarrassée.

C’est surtout le fait que je n’aie pas été en mesure de faire la part des choses qui m’a dérangée. N’ayant pas lu Le discours de la Méthode, j’ai sans cesse redouté les critiques de Fausto/Salvayre. J’ai craint d’ingérer des absurdités (peut-être émises sans volonté d’induire les lecteurs en erreur) et de me faire « manipuler » : il me semble en effet tellement facile de se méprendre quant à l’interprétation de discours philosophiques que ses attaques tendaient à aggraver fâcheusement ma confusion tout le temps…

Outre ce point, j’avoue également ne pas avoir apprécié – du tout – la fin du livre. Dans la première partie, Fausto fait part de sa colère et de sa détresse face à un quotidien routinier de plus en plus insupportable. Dans la seconde, il rencontre Mila et sa fille Perline. L’histoire prend alors un ton plus narratif. Radicalement différent. D’abord parce que nous avons droit, nous lecteurs, à des contes sortis tout droit de l’imagination de Mila, et qu’il leur arrive ensuite (à Mila, Perline, Fausto et sa mère) toute une série d’aventures. Le ton, qui se fait alors plus léger, n’est pas du tout en adéquation avec la première partie du livre. Ce détonnant contraste m’a contrariée.

Enfin, Fausto est décrit comme étant un personnage érudit, pédant, vaniteux, misanthrope et lubrique. Il vit de surcroît dans un village où les petites gens, prudes, ne se cultivent pas et semblent préférer mourir que d’ouvrir un livre…
Je n’ai pas saisi l’intérêt qu’il y avait de dresser des êtres un portrait si caricatural. Cette opposition entre lui et le monde qui l’entoure est énorme… et m’a paru inutile. Ce contraste, criant, m’a donc déplu dans ce cas également.

En définitive, je suis très mitigée vis-à-vis de ce livre. Afin de me faire une opinion moins hésitante, je tenterai certainement la lecture d’un autre roman de l’auteure (La vie commune ?)… A moins que vous ne m’affirmiez que Lydie Salvayre est spécialiste en contrastes à travers toutes ses œuvres. Si tel est le cas, il est à craindre que j’abandonne là ma découverte.

  1. C’est Mila qui encourage Fausto à rédiger une lettre ouverte à Descartes à des fins quasi thérapeutiques. []


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