Archive mensuelle de juillet 2009

La route / Cormac Mc Carthy

:9:

:resu:

Il ne reste que l’obscurité. Que la pluie, la neige et les cendres. Qu’un paysage désolé, ravagé par le feu.

Une catastrophe planétaire est en effet survenue quelques années plus tôt, mais nous n’apprendrons jamais quelle en a été l’origine.
Ils ne sont que quelques survivants car les denrées se font extrêmement rares et l’approche de l’hiver, toujours plus rude. Ils ont faim, froid et se cachent les uns des autres parce que certains d’entre eux, terriblement affamés, ne rechignent plus à se nourrir de leurs semblables.

Sur la route, nous suivons un père et son fils. Leurs vies, comme celles des autres, ne tient désormais plus qu’à un fil. Marchant vers le Sud, leur quotidien n’est fait que de prospection de moyens de subsistance en tous genres (nourriture, couvertures, …). La route raconte toute la peine que se donnent deux êtres pour survivre en ayant constamment la peur au ventre…
:avis:

L’envie de survivre, il ne la doit qu’à son fils à qui il va tenter d’apprendre à ne jamais renoncer alors que l’espoir le quitte comme il semble avoir quitté tous les autres survivants…

L’homme et l’enfant s’épaulent l’un l’autre. Ce don de soi contraste fortement avec cette prégnante idéologie du chacun pour soi qui sévit tout autour d’eux. Ce type de contraste et les dialogues contribuent à rendre la relation du petit et de son père profondément émouvante…

Le petit, lui, est l’antithèse du monde terrifiant dans lequel ils évoluent. Il pourrait être le Dieu de tous ces hommes car rien, en lui, ne s’est encore altéré. L’enfance prodigue à son père une force miraculeuse. Inégalable. Il est peut-être le seul chez qui l’humanité et l’espoir ont perduré…

Plonger dans ce roman, c’est se déconnecter de notre monde enchanteur, lumineux et coloré pour un univers dévasté où la vie n’existe (presque) plus. La plume de McCarthy bouleverse et noue les gorges. La force qui se dégage de ce roman est sidérante. La route est un roman oppressant et poignant. Un bijou dont le fond et la forme resplendissent, détonnant du misérable et terne décor exposé dans le récit.

Lecteur n’en revient pas de constater combien notre monde est encore beau une fois le livre clos. La maestria de McCarthy est évidente. La puissance de La route, incommensurable.

NB : Ce livre a été récompensé par le prix Pulitzer en 20081.

  1. Enfin un prix qui a du sens ! []

Amazon ou la simulation de l'avènement d'une Tyrannie

22 juillet. Amazon provoque une vive poussée d’adrénaline auprès de ses clients. Ceux-ci se sont en effet vus privés d’accès à leurs acquisitions numériques du jour au lendemain, sans avertissement.
Au coeur du problème, les e-books.
Quelques ouvrages seulement causent du souci, mais, comble de l’ironie, 1984 de Georges Orwell constitue l’un des ouvrages dont on a observé la disparition.
Ces fichiers ont été supprimés par le monstre Amazon, dépossédant les utilisateurs d’un bien qu’ils croyaient avoir définitivement acquis.
Amazon a fait son mea culpa en promettant que ça ne se reproduirait plus à l’avenir, mais telle n’est pas la question… Ce problème technique soulève des interrogations dans le monde des sciences et technologies de l’information, notamment quant aux droits que possèdent ce genre d’intermédiaires monopolistiques. Voilà l’illusion empirique d’une menace à la démocratie.

Francis Pisani s’exprime à ce propos mieux que moi.
Quant au Monde et à Marianne, ils résument la situation avec leurs arguments propres.

N'oublie pas d'être heureuse / Christine Orban

:6:

:resu:

Dans ce roman, Marie nous livre les souvenirs de son enfance et les affres de son avenir ; ses rêves de fillette et ses désillusions d’adulte.

Ce livre est scindé en deux parties. La première est consacrée à Fédala (Mohammediah, Maroc) où Marie a vécu son enfance.
La narratrice nous y raconte sa période la plus douce, entourée de sa mère, de son père, de sa meilleure amie Sofia et de son excentrique et admirée marraine Fifi qui, chaque année, prend congé de Paris pour venir se reposer à Fédala auprès de sa famille.

La seconde partie du roman se déroule à Paris, la ville de son choix, celle où elle a rêvé de vivre du temps de sa jeunesse mais où elle ne parvient définitivement pas à s’intégrer…
:avis:

Ce roman aborde le choc culturel et intellectuel qui oppose deux civilisations d’une part (Fédala -Terre de simplicité, de spontanéité, de chaleur et de connivence- et Paris -Ville froide, rigide et sans âme-), et deux âges d’autre part (la naïveté et l’insouciance de l’enfance ; le réalisme, les contrariétés et la nostalgie propres à l’âge adulte).

N’oublie pas d’être heureuse est un roman d’apprentissage fortement inspiré de la vie de l’auteure elle-même. Ce livre est ponctué de réflexions introspectives et existentielles, mais, sans qu’elles soient pour autant stériles, elles m’ont paru assez mièvres.

Ce roman se lit rapidement et demeure assez agréable. Néanmoins, il ne m’a pas vraiment transportée. J’estime que l’importante médiatisation duquel il a été la cible n’égale pas sa qualité : je l’ai lu sans être gagnée, malgré quelques jolis passages.



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