Archive mensuelle de juin 2009

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil / Haruki Murakami

:5:

:resu:

Incapable d’oublier Shimamoto-san, celle qui, durant son enfance, fit battre son coeur d’un amour pur et tacite, Hajime souffre d’une insatisfaction lancinante. A mesure qu’il grandit puis vieillit, l’homme multiplie les conquêtes sans jamais trouver ce qu’il cherche. Il se contente de relations motivées par la seule « attraction sexuelle » qui s’exerce entre lui et les femmes. Après avoir trouvé en Yukiko une épouse honorable qui lui a donné deux enfants, Hajime rencontre à nouveau Shimamoto-san…

Ce roman traite de l’adultère et évoque la frustration et le mal-être d’un homme au passé rêvé et inassouvi ; d’un homme ordinaire plein de remords qui ne cherche pas le pardon, qui se raconte tel qu’il est, avec ses désirs, ses faiblesses, ses choix, son existence…
:avis:

On m’a recommandé des dizaines de fois les livres d’Haruki Murakami. Dernièrement, Damien vantait les mérites d’Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. Intriguée par son ravissement, je me suis plongée pour la première fois dans un des romans de cet auteur japonais au probant succès.

Et ce fut, à peu de choses près, un échec…

Si beaucoup de lecteurs ont trouvé le personnage principal touchant, en ce qui me concerne, j’ai su admettre qu’il l’était fondamentalement au sens propre mais peu au figuré…

Ayant « peu d’affinités » avec le thème de l’adultère à la base, je n’ai pu m’empêcher de reculer. J’ai donc suivi Hajime de très loin et avec beaucoup de désaffection dès le départ. La plume de Murakami m’a aidée à comprendre le personnage, mais pas à l’excuser. Ses écarts de conduite m’ont agacée. J’ai été incapable de faire preuve d’un rien d’empathie à son égard…

Contrairement au Livre de Joe qui m’avait gagnée petit à petit au point que j’en sois à même de retourner ma veste ; ce roman, lui, ne persuade pas d’aimer le personnage principal parce que ça n’est, je crois, simplement pas le but de Murakami. Pour paraphraser un extrait du livre, il faut prendre Hajime tel qu’il est. Tout entier. L’accepter et l’accompagner. Moi, je l’ai toléré et pris en filature en espérant qu’il polisse son âme écorchée, déviante ou qu’il chute pour de bon. Je n’ai donc, en vérité, été séduite que par les dernières lignes de ce livre…

Du bruit dans les arbres / Christian Garcin

:6:

« Ils vont sonner et sans leur demander de décliner leur identité je vais ouvrir. Ce sera très bref, je les accueillerai en leur disant que je n’ai rien à dire, que je vais mourir bientôt, qu’il n’est rien dans ma vie que je regrette, aucune action, aucune parole, et là chacun reconnaîtra les siens, et que tout se trouve dans mes livres. Je leur dirai que rien aujourd’hui ne me semble avoir plus d’importance que le bruit du vent dans les arbres, que la seule chose au monde que je regretterai à l’instant où j’en terminerai avec cette comédie de la vie ce sera cela. »

:resu:

Norwich Restinghale, un vieil écrivain acariâtre, a publié son dernier roman et s’apprête à répondre à l’interview d’un journaliste et d’un photographe qui ont tous deux eu des interactions difficiles avec celui-ci par le passé. Chacun, avec sa part de rancœur ou de tristesse s’exprime face à l’évènement à venir (l’interview) et relate ses impressions ainsi que les souvenirs que leur évoque cette délicate situation, synonyme d’affrontement du passé.
:avis:

Du bruit dans les arbres est un récit à trois voix. Tour à tour – chapitre après chapitre -, Paul, Georges et Norwich Restingale prennent la parole et exposent leurs points de vue par rapport à leur situation actuelle et au passé.

J’ai trouvé que la plume de Christian Garcin était assez inconstante : certains passages sont coulants et esthétiques, d’autres passablement ennuyeux.

Malgré ce manque d’homogénéité stylistique, je ne déplore en réalité qu’une chose : que les trois intervenants s’expriment exactement de la même façon : seul le contenu de leur discours permet en effet d’éviter de les confondre. Norwich Restingale se détache un peu, mais Paul et Georges sont largement confusionnels : on a l’impression d’être confronté à deux hommes dont les personnalités ne se distinguent pas, qu’il s’agit donc d’un seul homme qui aurait vécu deux vies différentes, en quelques sortes. Bien sûr, ces trois prises de paroles sont le fruit d’un seul auteur, mais J. Safran Foer avait prouvé à travers Extrêmement fort et incroyablement près que la variation de style n’était pas impossible, d’où ma déception et mon exigence…

Un autre point négatif : l’auteur se lance des fleurs par l’intermédiaire de Georges, qui vante les mérites de la prose de Norwich Restingale dont on lit, au milieu du roman, deux extraits de sa production littéraire1. Ces éloges pourraient à la rigueur passer inaperçus si les extraits en question  n’étaient pas – selon moi – les deux chapitres les plus mal fichus du bouquin. Alors quoi? Immodestie ou maladresse?

Par moments, j’ai toléré le livre et, à d’autres, je l’ai savouré. J’ai notamment ressenti un petit frisson électrique lorsque j’ai parcouru les dernières lignes du livre… Mais une jolie fin ne suffit pas à procurer un assentiment définitif…

Malgré que ce roman ne m’ait pas déplu, je crains de voir s’envoler le souvenir de tout ce qu’il contenait en un rien de temps.
J’ai transcrit cinq très beaux extraits dans mon carnet de citations, et je me contenterai de ceux-là sans regretter le reste.

PS : L’éditeur vend son bouquin en annonçant sur la quatrième : Un roman polyphonique drôle et cinglant, sans concession, ni pour l’université, ni pour la critique. Détrompez-vous, ce roman est polyphonique mais les qualificatifs qui suivent m’ont paru tout bonnement inadaptés.

  1.  « Il était un très grand poète » (p. 84) []

Un oiseau blanc dans le blizzard / Laura Kasischke

:7:

:resu:

Le quotidien banal de Katrina, 16 ans, se voit un jour ébranlé par l’arrivée de Phil, un jeune homme provenant de son école, qui emménage dans la maison à côté de la sienne. Bientôt, Phil et Katrina découvrent ensemble les joies de l’ »amour », ce dont l’adolescente, devenue outrageusement libidineuse, ne se repaît aucunement. C’est donc dans une phase égocentrique, ne songeant qu’à l’épanouissement de sa sexualité que Kat apprend la subite disparition d’Eve, sa mère.

Katrina ne s’étonne guère de cette désertion et s’en accommode vite mais, si elle prend cette nouvelle avec beaucoup de détachement, son inconscient, quant à lui, semble ne pas digérer l’absence maternelle de la même façon car, toutes les nuits, Katrina rêve de celle qui lui a donné la vie…

Progressivement, la réalité de Kat se ternit face au dépit de son père et à la négligence grandissante de Phil, qui l’encourage à rencontrer une psychologue. C’est notamment au cours de ses séances thérapeutiques que Kat va relater ses souvenirs, ébaucher le portrait de ses parents et, petit à petit, mettre au jour la situation familiale infiniment complexe dans laquelle elle a évolué…
:avis:

J’ai apprécié le rythme du roman, sa construction ; le portrait dressé par Katrina de sa vie familiale et de ses parents, puis surtout, l’emprise du bouquin : quand on y rentre, on en sort à regret !

J’ai moins aimé la focalisation de Kat sur ses fantasmes et sa sexualité dégoulinante. J’y ai, à vrai dire, vu une stratégie quasi commerciale savamment calculée par l’auteure pour obtenir l’assentiment curieux d’un plus grand nombre de lecteurs… Mais peut-être me trompé-je, dupée par ma propre pudeur ;)

En tous les cas, Un oiseau blanc dans le blizzard s’avère être un roman plaisant truffé de messages imperceptibles tant qu’on n’a pas été confronté à la fin déconcertante et inattendue qu’il nous réserve… Lorsque j’ai achevé ce livre, c’est abasourdie que j’ai pensé qu’il me fallait le recommencer immédiatement pour qu’aucune image, aucune métaphore ne m’échappe plus… Bref, ce livre fait incontestablement de l’effet !

L’écriture de Laura Kasischke est imagée, fluide et agréable. L’auteure parvient à exposer de douloureuses réalités avec une légèreté qui rend le récit délicieusement magnétique.

Je relirai sans doute Laura Kasischke à travers d’autres de ses œuvres et vous la recommande chaudement !

Edit : Bien que le thème de la disparition d’une mère soit commun à Un oiseau blanc dans le blizzard et à Déloger l’animal de Véronique Ovaldé dont j’avais fait la critique précédemment, j’ai été très étonnée de voir combien les deux livres se distinguaient l’un de l’autre tant sur le fond que sur la forme.



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