
Les Demeurées expose dans un premier temps les rapports complexes d’une mère (La Varienne) et de sa fille (Luce) – d’une mère en proie à une pathologie qui l’empêche de s’exprimer1 ; d’une fille en proie à un malaise dû à la connaissance du regard que portent les villageois sur sa mère -. Mais au-delà de ces liens rendus difficiles à cause du monde extérieur, ce roman exprime surtout la force d’un amour qui se suffit à lui-même, d’une osmose qui se passe de mots pour transcender.
Quand l’école obligatoire arrache Luce à la Varienne, c’est alors que leur souffrance éclate et que l’une et l’autre se débattent respectivement pour préserver ce qu’elles possèdent…
Alors que Luce s’obstine gravement à enterrer tous les savoirs que Mademoiselle Solange, son institutrice, s’échine à lui inculquer, c’est un village entier qui catalogue l’enfant comme étant la digne fille de sa mère… Pourtant convaincue des aptitudes de son élève, Mademoiselle Solange va choisir de lutter contre les préjugés des villageois et de combattre avec ferveur la résistance au Savoir à laquelle se force Luce. Seulement, le constat de son échec ne va avoir d’autre effet que de l’abattre radicalement…
J’avais eu l’occasion de découvrir Jeanne Benameur avec son roman jeunesse intitulé Même si les arbres meurent.
De par le souvenir positif que j’en avais gardé, le nom de l’écrivaine m’était resté dans un coin de la tête. Lorsque j’ai découvert qu’elle avait également écrit des fictions dédiées aux adultes, l’envie de la relire m’a prise. C’est avec un immense plaisir que j’ai goûté à nouveau à son écriture.
Jeanne Benameur ne décrit rien : elle suggère… Son écriture, détachée, est singulière et innovante. Au départ, son rythme saccadé et ses phrases courtes demandent un apprivoisement, mais aussitôt que cela est fait, la prose de l’auteure se révèle être extrêmement poétique et émouvante.
Ce que l’éditeur annonce sur la quatrième est d’une parfaite exactitude : L’art de l’épure, quintessence d’émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.
Je vous recommande vivement de partir à la découverte de cette auteure si ça n’a déjà été fait !
- Quelle tristesse qu’il n’existe pas de mot plus mélioratif que « crétinisme », je ne me résous pas à l’employer pour ce personnage attachant… [↩]


Reka, documentaliste, lectrice grognon, geekette fragmentaire. 
![reka [at] marecages .be](http://marecages.be/upload/out/mailreka.png)
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