
« Il manque des temps au verbe « mourir ». Des temps pour conjuguer toutes les étapes de l’agonie, des temps que les enfants rétablissent à juste titre : « maman a mouru longuement… Maintenant elle est morte : situation stable. »
Katia, Véra, Sonia et Lisa Le Guellec, filles d’Olga, possèdent chacune leur histoire, leurs vérités, leurs secrets. Les quatre filles se relayent au chevet de leur mère mourante et font face à l’agonie de leur mère. Elles l’accompagnent et la soignent, tandis qu’Olga l’inflexible se mure dans un silence austère, difficile à vivre. Confrontées à cette situation délicate, les Le Guellec revivent leur enfance, leur adolescence ; expriment leurs souvenirs, exorcisent les blessures du passé et petit à petit, mettent au jour les maux des temps présents.
C’est à travers son roman La Chambre que j’ai eu l’occasion de découvrir Françoise Chandernagor. Ce livre m’avait ravie sur le plan stylistique.
Bien que l’auteure soit reconnaissable de par sa plume et son genre dans La voyageuse de nuit, ce roman me fut difficile à « ingérer ». En effet, celui-ci demeure considérablement long dans la narration de la souffrance et de l’agonie. Le récit se veut lourd, tragique, oppressant. Tellement oppressant que l’on ne sort pas de cette lecture indemne… Malgré tout, Chandernagor excelle toujours de la même manière à décrire la noirceur et la souffrance. Elle sculpte le ressenti de ses personnages avec précision, à l’aide de phrases percutantes et magnifiques.
Ses histoires assomment, sa plume ressuscite. C’était long, oui… Mais ce n’est pas par masochisme qu’en arrivant à la fin de ce livre, j’ai éprouvé la frustration de l’avoir terminé… C’est que le cocktail est étrange, subtil, et que des plumes qui m’ébranlent comme la sienne, j’en connais relativement peu…
Chandernagor m’envoûte.
« Ce n’était pas pour mourir qu’elle s’affamait, c’était pour régner : nous réunir toutes autour d’elle : nous enrôler, nous enfermer. Son champ d’action se réduisait ; son empire rétrécissait ; il restait son corps, ce corps qui avait été bon vivant, ce corps qui aimait la table et le lit, ce corps qui avait de l’appétit, lui… Inflexible, elle le contraignit.
Coup double : à travers ce corps qu’elle contrôlait, elle nous contrôlait aussi. Certains jours, il me semblait que si elle avait pu faire rentrer dans son ventre souffrant tous ceux – enfants et petits-enfants – qui en étaient sortis, elle nous aurait emportés dans son voyage… Voilà ce que, « sans le vouloir », elle voulait. » (p. 116-117)

Reka, documentaliste, lectrice grognon, geekette fragmentaire. 
![reka [at] marecages .be](http://marecages.be/upload/out/mailreka.png)
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